‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 42 sur 142 · LES FUNÉRAILLES DE LOL1S XVIII · texte numérisé non relu

LES FUNÉRAILLES DE LOL1S XVIII

Oh! qu'il s'endorme eu paix dans la nuit funéraire! N'a*»il pas oublié ses maux pour nos malheurs? Ne nous lègue-t-il pas à son généreux frère ,

Qui pleure en essuyant nos pleurs?

N'a-t-il pas, dissipant nos rêves politiques,

De notre Âge et des temps antiques ,

Proclamé l'auguste traité?

Loi sage qui , domptant la fougue populaire , Donne aux sujets égaux un maître tutélaire ,

Esclave de leur liberté !

Sur nous un Roi Chevalier veille.

Qu'il conserve l'aspect des cieux !

Que nul bruit de long-temps n'éveille

Ce sépulcre silencieux !

Hélas ! le démon régicide ,

Qui , du sang des Courbons avide ,

Paya de meurtres leurs bienfaits,

A comblé d'assez de victimes

Ces murs, dépeuplés par des crimes,

Et repeuplés par des forfaits !

Qu'il sache que jamais la couronne ne tombe !

Ce haut sommet échappe à son fatal niveau.

Le supplice , où des rois le corps mortel succombe ,

N'est pour eux qu'un sacre nouveau.

Louis, charge de fers par des mains déloyales,

Dépouillé des pompes royales ,

Sans cour, sans guerriers, sans hérauts; Gardant ta royauté devant la hache même , Jusque sur l'échafaud prouva son droit suprême ,

En faisant grâce à ses bourreaux !

De Saint-Denis, de Sainte-Hélène, Ainsi je méditais 1e sort ;

Sondant d'une vue incertaine Ces grands mystères de la mort.

Qui donc êtes- vous , Dieu superbe?

Quel bras jette les tours sous l'herbe , Change la pourpre en vil lambeau ?

D'où vient votre souffle terrible, Et quelle est la main invisible Qui garde les clefs du tombeau ?

Septembre 1824.

Os superbum conlicescat,

Simple* fides acquiesçai

Dei magislerio.

Que l'orgueil se luise, que la simple foi contemple l'exercice du pouvoir de Dieu.

Prosk. — Prières du sacre.

L'orgueil depuis trente ans est l'erreur de la terre. C'est lui qui sous les droits étouffa le devoir; C'est lui qui dépouilla de son divin mystère

Le sanctuaire du pouvoir.

L'orgueil enfanta seul nos fureurs téméraires ,

Et ces lois dont tant de nos frères

Ont subi l'arrêt criminel , Et ces règnes sanglants , et ces hideuses fêtes , Où , sur un éebafaud se proclamant prophètes ,

Des bourreaux créaient l'Éternel !

En \aiM, pour dissiper cette ingrate folie, Les leçons du Seigneur sur nous ont éclaté; Dans les faits merveilleux que notre siècle oublie ,

En vain Dieu s'est manifesté !

En vain un Conquérant, aux ailes enflammées,

A rempli du bruit des armées

Le monde en ses fers engourdi ; Des peuples obstinés l'aveuglement vulgaire >"a point vu quelle main poussait ses chars de guerre

Du Septentrion au Midi !

Qui jamais de CJo\is surpassa l'insolence, Peuples? dans son orgueil il plaçait son appui. Se mettant que le monde et lui dans la balance ,

H crut qu'elle penchait sous lui.

11 bravait de vingt rois les armes épuisées;

Des nations s'étaient brisées

Sur ce Sicambre audacieux; Sur la terre à ses yeux rien n'était redoutable : 11 fallut, pour courber cette tête indomptable,

Qu'une colombe vint des deux !

Peuples! au même autel elle est redescendue!

Elle vient , échappée aux profanations , Comme elle a de Clovis fléchi l'àme éperdue ,

Vaincre l'orgueil des nations.

Que le siècle à son tour comme un Roi s'humilie.

De la voix qui réconcilie

L'oracle est enfin entendu ; La Royauté, long-temps veuve de ses couronnes, De la chaîne d'airain qui lie au ciel les trônes,

A retrouvé l'anneau perdu.

Naguère on avait vu les tyrans populaires, Attaquant le passé comme un vieil enneati,

Poursuivre, sons l'abri des marbres séculaires,

Le trésor gardé par Remy.

Ou pontife endormi profanant le front pâle ,

De sa tunique épiscopale

Ils déchirèrent les lambeaux ; Car ils bravaient la Mort dans sa majesté sainte ; Et les vieillards souvent s'écriaient pleins de crainte :

« Que leur ont donc fait les tombeaux ? »>

Mais, trompant des vautours la fureur criminelle , Dieu garda sa colombe au lis abandonné.

Klle va sur un Roi po§er encor son aile :

Ce bonheur à Charle est donné !

Charles sera sacré suivant l'ancien usage,

Comme Salomon , le roi sage ,

Qui goûta les célestes mets , Quand Sadoch et Nathan d'un baume l'arrosèrent , Et , s'approchant de lui, sur le front le baisèrent ,

En disant : « Qu'il vive à jamais ! »

Le vieux pays des Francs , parmi ses métropoles , Compte une église illustre, où venaient tous nos rois, De ce pas triomphant dont tremblent les deux pôles ,

S'humilier devant la Croix.

Le peuple en racontait cent prodiges antiques :

Ce temple a des voûtes gothiques ,

Dont les saints aimaient les détours ; Un % séraphin veillait à ses portes fermées ; Et les anges du citâ, quand passaient leurs armées,

Plantaient leurs drapeaux sur ses tours !

C'est là que pour la fête on dresse des trophées. L'or, la moire et l'azur parent les noirs piliers Comme un de ces palais où voltigeaient les fées,

Dans les rêves des chevaliers.

D'un trône et d'un autel les splendeurs s'y répondent;

Des festons de flambeaux confondent

Leurs rayons purs dans le saint lieu ; Le lis royal s'enlace aux arches tutélaircs; Le soleil , 'k travers les vitraux circulaires ,

Mêle aux fleurs des roses de feu.

Voici que le cortège à pas égaux s'avance.

Le pontife aux guerriers demande Cbarles Dix.

L'autel de Reims revoit l'Oriflamme de France ,

Retrouvée aux murs de Cadix.

Les cloches dans les airs tonnent; le canon gronde;

Devant l'Aîné des rois du monde

Tout un peuple tombe à genoux ; Mille cris de triomphe en sons confus se brisent; Puis le Roi se prosterne , et les évêques disent :

— « Seigneur, ayez pilié de nous!

» Celui qui vient en pompe à l'autel du Dieu juste , » C'est l'héritier nouveau du vieux droit de Clovis, » Le chef des Douze Pairs, que son appel auguste

» Convoque en ces sacrés parvis.

» Ses preux, quand de sa voix leur oreille est frappée,

» Touchent le pommeau de l'épée ,

» Et l'ennemi pâlit d'effroi ; » Lorsque ses légions rentrent après la guerre , » Leur marche pacifique ébranle encor la terre : —

» O Dieu 1 prenez pitié du Roi !

» Car vous êtes plus grand que la grandeur des hommes ! » Nous vous louons, Seigneur, nous vow confessons Dfcii ! » Vous nous placez au faîte, et dès que nous y sommes ,

u A la vie il faut dire adieu !

» Vous êtes Sabaoth, le Dieu de la victoire!

» Les Chérubins , remplis de gloire ,

» Vous ont proclamé Saint trois fois ; » Dans votre éternité le temps se précipite ; » Vous tenez dans vos mains le monde qui palpite

» Comme un passereau sous nos doigts ! »

Le Roi dit : « Nous jurons , comme ont juré nos pères ,

>» De rendre à nos sujets paix, amour, équité ;

» D'à imer aux mau vais jou rs, comme en des temps prospères,

» La Charte de leur liberté.

» Nous vivrons dans la foi par nos aïeux chérie.

» Des ordres de chevalerie

» Nous suivrons le chemin étroit.

» Pour sauver l'opprimé nos pas seront agiles. » Ainsi nous le jurons sur les saints Évangiles :

» Que Dieu soit en aide au bon droit ! »

Montjoye et Saint-Denis! — Voilà que Clovis m^me Se lève pour l'entendre, et les deux saints guerriers, Charlemagne et Louis, portant pour diadème

Une auréole de lauriers ; Et Charles Sept, guidé par Jeanne encor ravie;

Et François Premier, dont Pavie

Trouva l'armure sans défaut; Et du dernier Martyr l'héroïque fantôme , Ce Roi , deux fois sacré pour un double royaume,

A l'autel et sur l'échafaud!

Devant ces grands témoins de la grandeur française , Le Saint-Chrême de Charle a rajeuni les droits. 11 reçoit, sans faiblir, cette Couronne où pèse

La gloire de soixante rois.

L'Archevêque bénit l'Épée héréditaire,

Et le Sceptre , et la main austère

Dont nul signe n'est démenti ; Puis il plonge à leur tour dans le divin calice Ces gants , qu'un roi jamais n'a jetés dans la lice,

Sans qu'un monde en ait retenti !

Entre, ô peuple! — Sonne/, clairons, tambours, fanfare! Le prince est sur le trône; il est grand et sacré !

Sur la foule ondoyante il brille comme un phare

Des flots d'une mer entouré.

Mille chantres des airs , du peuple heureuse image ,

Mêlant leur voix et leur plumage.

Croisent leur vol sous les arceaux ; Car les Francs, nos aïeux, croyaient voir dans la nue Planer la Liberté, leur mère bien connue,

Sur l'aile errante des oiseaux.

Le voilà Prêtre et Roiï — De ce titre sublime Puisque le double éclat sur sa couronne a lui , - Il faut qu'il sacrifie : où donc est la Victime? —

La Victime , c'est encor lui !

Ali! pour les Rois français qu'un sceptre est formiclaWe!

Ils guident ce peuple indomptable,

Qui des peuples règle l'essor ; Le monde entier gravite et penche sur leur trône ; Mais aussi l'indigent que cherche leur aumône

Compte leurs jours comme un trésor !

PR1KRK.

O Dieu ! garde à jamais ce roi qu'un peuple adore !

Romps de ses ennemis les flèches et les dards ,

Qu ils viennent du couchant, qu'ils viennent de l'aurore,

Sur des coursiers ou sur des chars !

Charles, comme au Sina, t'a pu voir face à face!

Du moins qu'un long bonheur efface

Ses bien longues adversités.

Qu'ici-bas des élus il ait l'habit de fête.

Prête à son front royal deux rayons de ta tête ;

Mets deux anges à ses côtés !

Reims, mai — ju'n 1825.

ODE CINQIIÈME. 103

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