J32 MOÏSE SUR LE NIL
Sous ses pieds délicats déjà le flot frémit.
Tremblante , la pitié vers l'enfant qui gémit
La guide en sa marche craintive ; £lle a saisi l'esquif! Hère de ce doux poids, L'orgueil sur son beau front , pour la première fois ,
Se mêle à la pudeur naïve !
Bientôt divisant l'onde et brisant les roseaux , Elle apporte à pas lents l'enfant sauvé des eaux
Sur le bord de l'arène humide; Et ses sœurs tour à tour, au front du nouveau-né , Offrant leur doux sourire à son œil étonné,
Déposaient un baiser timide !
Accours, toi qui, de loin, dans un doute cruel, Suivais des yeux ton Gis sur qui veillait le ciel ;
Viens ici comme une étrangère ; Ne crains rien : en pressant Moïse entre tes bras , Tes pleurs et tes transports ne te trahiront pas ,
Car Iphis n'est pas encor mère !
Alors, tandis qu'heureuse et d'un pas triomphant , La vierge au roi farouche amenait l'humble enfant ,
Baigné des larmes maternelles , On entendait en chœur, dans les deux étoiles , Des anges, devant Dieu de leurs ailes voilés ,
Chanter les lyres éternelles.
< Ne gémis plus, Jacob, sur la terre d'exil;
» Ne mêle plus tes pleurs aux flots impurs du Nil :
» Le Jourdain va t'ouvrir ses rives.
» Le jour enfin approche où vers les champs promis » Gessen verra s'enfuir, malgré leurs ennemis ,
» Les tribus sî long-temps captives.
» Sous les traits d'un enfant délaissé sur les flots , » C'est l'élu du Sina, c'est le roi des Fléaux, )> Qu'une werge sauve de l'onde.
» Mortels , vous dont l'orgueil méconnaît l'Éternel , » Fléchissez : un berceau va sauver Israël > » Un berceau doit sauver le monde ï »
Février 1820.