‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 54 sur 142 · LE DÉVOUEMENT · texte numérisé non relu

LE DÉVOUEMENT

Quel bien? quel trésor? quel honneur?... — Ainsi toujours, hélas! dans ce monde stérile, Si la vertu parait, à son aspect tranquille

Nous la prenons pour le bonheur!

O peuples! ces mortels, qu'un Dieu guide et seconde, Vont d'un pas assuré , d'un regard radieux , Combattre le Fléau devant qui fuit le monde :

Adressez-leur vos longs adieux.

Et vous , ô leurs parents , leurs épouses , leurs mères !

Contenez vo3 larmes amères ;

Laissez les victimes s'offrir :

Ne les poursuivez pas de plaintes téméraires; Devaient-ils préférer aucun d'entre leurs frères

A ceux pour qui l'on peut mourir?

Bientôt s'ouvre pour eux la cité solitaire.

Mille spectres vivants les appellent en pleurs , Surpris qu'il soit encore un mortel sur la terre

Qui vienne au cri de leurs douleurs.

lis parlent, et déjà leur voix rassure et guide

Ces peuples qu'un fléau livide

Pousse au tombeau d'un bras de fer, Et le Monstre , attaqué dans les murs qu'il opprime , Frémit comme Satan, quand, sauveur et victime,

Un Dieu parut dans son enfer !

Ils contemplent de près l'Hydre non assouvie. Pour ravir ses secrets résignés à leur sort , Leur art audacieux lui dispute la vie,

Ou l'interroge dans la mort.

Quand leurs secours sont vains, leur prière console.

Le mourant croit à leur parole

Que le ciel ne peut démentir ; Et si le trépas même , enfin , frappe leur tête , De l'apôtre serein l'humble voix ne s'arrête

Qu'au dernier souffle du martyr !

O mortels trop heureux ! qui pourrait vous atteindre , Vous qui domptez la mort en affrontant ses coups ! Lorsqu'en vous admirant la foule ose vous plaindre ,

Je vous suis de mes pleurs jaloux.

Infortuné! jamais, victime volontaire,

Je n'irai , pour sauver la terre ,

Braver un fléau dévorant , Xi , calmant par mes soins ses douleurs meurtrières , Mêler ma plainte amie et mes saintes prières

Aux soupirs impurs d'un mourant!

Hélas! ne puis-je aussi m'immoler pour mes frères? N'est-il plus d'opprimés? n'est-il plus de bourreaux? Sur quel noble échafaud, dans quels murs funéraires

Chercher le trépas des héros?

Oui , que brisant mon corps , la torture sanglante,

Sur la croix , à ma soif brûlante

Offre le breuvage de fiel ; Fier et content, Seigneur, je dirai vos louanges; Car l'ange du martyre est le plus beau des anges

Qui portent les âmes au ciel !

Décembre 1821.

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