‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 57 sur 142 · LE GÉNIE · texte numérisé non relu

LE GÉNIE

A toi , géant , un peuple nain ?

Tout doit un tribut au génie.

Eux, ils n'ont que la calomnie :

Le serpent n'a que son venin.

Brave la haine empoisonnée!

Le nocher rit des flots mouvants , Lorsque sa poupe couronnée Entre au port à l'abri des vents.

Long-temps ignoré dans le monde , Ta nef a lutté contre l'onde Souvent prête à l'ensevelir ; Ainsi jadis le vieil Homère Errait inconnu sur la terre , Q'un jour son nom devait remplir î

Jeune encor, quand des mains du crime La France en deuil reçut des fers , Tu fuis : le souffle qui t'anime S'éveilla dans l'autre univers.

Contemplant ces vastes rivages , Ces grands fleuves , ces bois sauvages , Aux humains tu disais adieu; Car dans ces lieux que 1 homme ignore , Du moins ses pas n'ont point encore Effacé les traces de Dieu.

Tu vins, dans un temps plus tranquille,

Fouler cette terre des arts,

Où croît le laurier de Virgile ,

Où tombent les murs des Césars.

Tu vis la Grèce humble et domptée :

Hélas ! il n'est plus de Tyrtée

Chez ces peuples , jadis si grands ;

Les Grecs courbent leurs fronts serviles ,

Et le rocher des Thermopyles

Porte les tours de leurs tyran* !

Ces cités que vante l'histoire Pleurent leurs enfants aguerris; Le vieux souvenir de leur gloire K 'habite plus que leurs débris.

Les dieux ont fui : dans les prairies, Adieu les blanches théories !

Plus de jeux , plus de saints concerts !

Adieu les fêtes fraternelles !

L'airain qui gronde aux Dardanelles Trouble seul les temples déserts.

Mais si la Grèce est sans prestiges , Tu savais des lieux solennels Où sont de plus sacrés vestiges , Des monuments plus éternels, Une tombe pleine de vie , Et Jérusalem asservie Qu'un pacha foule sans remord , Et le Bédouin, fils du Numide, Et Carthage , et la Pyramide , Tente immobile de la mort !

Enfin , au foyer de tes pères Tu vins , rapportant pour trésor Tes maux aux rives étrangères , Et les hautes leçons du sort.

Tu déposas ta douce lyre :

Dès lors, la raison qui t'inspire Au sénat parla par ta voix , Et la liberté rassurée Confia sa cause sacrée A ton bras, défenseur des Rois.

Dans celte arène où Ton t'admire , Sois fier d'avoir tant combattu , Honoré du double martyre Du génie et de la >ertu.

Poursuis , remplis notre espérance j Sers ton prince, éclaire la France

lit LA FILLE D0-TA1TI.

Dont les destins vont s'accomplir.

L'Anarchie , altière et servile , Pâlit devant ton front tranquille Qu'un tyran n'a point fait pâlir.

Que l'envie, aux. pervers unie, Te poursuive de ses clameurs , Ton noble essor, fils du Génie , T'enlève à ces vaines rumeurs.

Tel l'oiseau du cap des tempêtes Voit les nuages sur nos tètes Rouler leurs flots séditieux ; Pour lui, loin des bruits de la terre, Bercé par son vol solitaire , 11 va s'endormir dans les cieux !

Juillet 1820.

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