‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 80 sur 142 · AU VALLON DE CHERJZY · texte numérisé non relu

AU VALLON DE CHERJZY

11 cherche un cœur fidèle , ami de ses douleurs ; Mais en Tain : nuls secours n'aplaniront sa voie, Nul parmi les mortels ne rira de sa joie , Nul ne pleurera de ses pleurs !

Son sort est l'abandon; et sa vie isolée Ressemble au noir cyprès qui croit dans la vallée. Loin de lui, le lis vierge ouvre au jour son bouton; Et jamais, égayant son ombre malheureuse,

Une jeune vigne amoureuse A ses sombres rameaux n'enlace un vert feston.

Avant de gravir la montagne , Un moment au vallon Je voyageur a fui :

Le silence du moins répond à son ennui.

Jl est seul dans la foule : ici , douce compagne ,

La solitude est avec lui !

Isolés comme lui , mais plus que lui tranquilles ,

Arbres, gazons, riants asiles, Sauvez ce malheureux du regard des humains!

Ruisseaux, livrez vos bords, ouvrez vos Ilots dociles A ses pieds qu'a souillés la fange de leurs villes,

Et la poudre de leurs chemins !

Ah ! laissez-lui chanter, consolé sous vos ombres , Ce long songe idéal de nos jours les plus sombres , La vierge au front si pur, au sourire si beau ! Si pour l'hymen d'un jour c'est en vain qu'il l'appelle , Laissez du moins rêver à son âme immortelle L'éternel hymen du tombeau !

La terre ne tient point sa pensée asservie ; Le bel espoir l'enlève au triste souvenir; Deux ombres désormais dominent sur sa vie :

L'une est dans le passé, l'autre dans l'avenir.

Oh ! dis , quand viendras-tu ? quel Dieu va te conduire , Être charmant et doux , vers celui que tu plains?

Astre ami , quand viendras-tu luire , Gomme un soleil nouveau , sur ses jours orphelins ?

11 ne t'obtiendra point, chère et noble conquête, Au prix de ces vertus qu'il ne peut oublier ; II laisse au gré du vent le jonc courber sa tête; 11 sera le grand chêne, et devant la tempête 11 saura rompre et non plier.

Elle approche , il la voit; mais il la voit sans crainte.

Adieu , flots purs , berceaux épais , Beau vallon où Ton trouve un écho pour sa plainte ,

Bois heureux où Ton souffre en paix !

Heureux qui peut , au sein du vallon solitaire , Naître , vivre et mourir dans le champ paternel !

11 ne connaît rien de la terre,

Et ne voit jamais que le ciel!

Juillet 1821.

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