A TOI
Je te disais alors : « O toi , mon espérance , v Viens , partage un bonheur qui ne doit pas finir. » Car de ma vie encor, dans ces jours d'ignorance * Le passé n'avait point obscurci l'avenir.
Ce doux penchant devint une indomptable flamme , Et je pleurai ce temps, écoulé sans rétour,
Où la vie était pour mon àme Le songe d'un enfant que berce un vague amour.
Aujourd'hui , réveillant sa victime endormie, Sombre, au lieu du bonheur que j'avais tant rêvé , Devant mes yeux , troublés par l'espérance amie , Avec un rire affreux le malheur s'est levé !
Quand seul dans cette vie , hélas ! d'écueils semée , Il faut boire le fiel dont le calice est plein;
Sans les pleurs de sa bien-aimée
Que reste-t-il à l'orphelin ?
Si les heureux d'un jour parent de fleurs leurs têtes , Il fuit, souillé de cendre et vêtu de lambeaux ; Et pour lut la coupe des fêtes Ressemble à l'urne des tombeaux !
Il est chez les vivants comme une lampe éteinte» Le monde en ses douleurs se plaît à l'exiler; Seulement vers le ciel il élève sans crainte Ses yeux chargés de pleurs qui ne peuvent couler.
Mais toi , console-moi , viens , consens à me suivre , Arrache de mon 6ein le trait envenimé ; Daigne vivre pour moi , pour toi laisse-moi vivre : J'ai bien assez souffert, Vierge, pour être aimé!
Oh ! de ton doux sourire embellis-moi la vie !
Le plus grand des bonheurs est encor dans l'amour.
La lumière à jamais ne me fut point raNie :
Viens , je suis dans 4a nnit, mais je puis voir le jour J
Mes chants ne cherchent pas une illustre mémoire; Et s'il faut me courber sous ce fatal honneur, Ne crains rien , ton époux ne veut pas que sa gloire Retentisse dans son bonheur.
Goûtons du chaste hymen le charme solitaire. Que la félicité nous cache à tous les yeux.
Le serpent couché sur la terre N'entend pas deux oiseaux qui volent dans les deux !
Mais si ma jeune vie , à tant de flots livrée , Si mon destin douteux t'inspire un juste effroi , Alors fuis, toi qui fus mon épouse adorée; Toi qui fus ma mère, attends-moi.
Bientôt j'irai dormir d'un sommeil sans «larmes , Heureux sj, dans la nuit dont je serai couvert, Un œil indifférent donne en passant des larmes A mon luth oublié sur mon tombeau désert !
Toi, que d'aucun revers les coups n'osent t'atteindre , Et puisses-tu jamais, gémissant à ton tour, Ne regretter celui qui mourut sans se plaindre, Et qui t'aimait de tant d'amour !
Décembre 1821.