‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 9 sur 142 · LOUIS XVII · texte numérisé non relu

LOUIS XVII

CttpH, éreillc-toi.

En ces temps-là, du ciel les portes d'or s'ouvrirent; Du Saint des Saints ému les feux se découvrirent : Tous les cieux un moment brillèrent dévoilés ; Et les élus voyaient , lumineuses phalanges , Venir une jeune âme entre de jeunes anges

Sous les portiques étoiles.

C'était un bel enfant qui fuyait de la terre ; Son œil bleu du malheur portait le signe austère : Ses blonds cheveux flottaient sur ses traits pâlissants Et les vierges du ciel , avec des chants de fête , Aux palmes du martyre unissaient sur sa tète

La couronne des innocents.

On entendit des voix qui disaient, dans la nue : — « Jeune ange, Dieu sourit à ta gloire ingénue;

» Viens, rentre dans ses bras pour ne plus en sortir; » Et vous, qui du Très-Haut racontez les louanges,

>» Séraphins , prophètes , archanges , » Courbez-vous , c'est un Roi; chantez, c'est un Martyr î »

— « Où donc ai-je régné? demandait la jeune ombre. » Je suis un prisonnier, je ne suis point un roi. » Hier je m'endormis au fond d'une tour sombre. » Où donc ai-je régné ? Seigneur, dites-le-moi. » Hélas ! mon père est mort d'une mort bien amère ; » Ses bourreaux, 6 mon Dieu, m'ont abreuvé de iiel; » Je suis un orphelin ; je Tiens chercher ma mère , » Qu'en mes rêves j'ai vue au ciel. »

Les anges répondaient : — « Ton Sauveur te réclame. >» Ton Dieu d'un monde impie a rappelé ton âme. » Fuis la terre insensée où l'on brise la Croix , » Où jusque dans la mort descend le Régicide,

» Où le Meurtre , d'horreur avide , » Fouille dans les tombeaux pour y chercher des rois! »

— « Quoi ! de ma longue vie ai-je achevé le reste? » Disait-il; « tous mes maux, les ai-je enfin soufferts? » Est-il vrai qu'un geôlier, de ce rêve céleste , » Ne viendra pas demain m'e veiller dans mes fers? » Captif, de mes tourments cherchant la fin prochain*.», » J'ai prié, Dieu veut-il enfin me secourir?

» Oh ! n'est-ce pas un songe? a-t-il brisé ma chaîne? » Ai-je eu le bonheur de mourir?

» Car vous ne savez point quelle était ma misère l » Chaque jour dans ma vie amenait des malheurs; » Et lorsque je pleurais , je n'avais pas de mère , » Pour chanter à mes cris , pour sourire à mes pleurs. » D'un châtiment sans fin languissante victime, » De ma tige arraché comme un tendre arbrisseau , » J'étais proscrit bien jeune, et j'ignorais quel crime » J'avais commis dans mou berceau.

m) Loris xvn.

>• Et pourtant , écoutez : bien loin dans nia mémoire, » J'ai d'heureux souvenirs avec ces temps d'effroi; » J'entendais en dormant des bruits confus de gloire, » Et des peuples joyeux veillaient autour de moi. » Un jour tout disparut dans un sombre mystère ; » Je vis fuir l'avenir à mes destins promis; » Je n'étais qu'un enfant , faible et seul sur la terre , » Hélas ! et j'eus des ennemis !

»• Ils m'ont jeté vivant sous des murs funéraires; >• Mes yeux voués aux pleurs n'ont plus vu le soleil , » Mais vous que je retrouve, anges du ciel, mes frères, » Vous m'avez visité souvent dans mon sommeil. » Mes jours se sont flétris dans leurs mains meurtrières , « Seigneur, mais les méchants sont toujours malheureux ; » Oh! ne soyez pas sourd comme eux à mes prières, » Car je viens vous prier pour eux. »

Et les anges chantaient : — « L'arche à toi se dévoile, » Suis-nous : sur ton beau front nous mettrons une étoile. » Prends les ailes d'azur des chérubins vermeils. >. Tu viendras avec nous bercer l'enfant qui pleure,

» Ou, dans leur brûlante demeure, » D'un souffle lumineux rajeunir les soleils! » '

Soudain le chœur cessa, les élus écoutèrent : Il baissa son regard par les larmes terni ; Au fond des deux muets les mondes s'arrêtèrent , Et l'éternelle voix parla dans l'infini.

« O roi ! je t'ai gardé loin des grandeurs humaine*. » Tu t'es réfugié du trône dans les chaînes.

» Va, mon fils, bénis tes revers.

>• Tu n'as point su des rois l'esclavage suprême , » Ton front du moins n'est pas meurtri du diadème ,

» Si tes bras sont meurtris de fers.

ODi: SIXIEME. 21^

Enfant , tu t'es courbé sous le poids de la vie. Kt la terre, pourtant, d'espérance et d'emie

» Avait entouré ton berceau !

Viens , ton Seigneur lui-même eut ses douleurs dûmes, » Et mon fils , comme toi , Roi couronné d'épines , » Porta le sceptre de roseau! »

Décembre 182*2.

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