ACTIONS DE GRACES
L'œil tourné vers le ciel, je marchais dans l'abîme; Bien souvent, de mon sort bravant l'injuste affront, Les flammes ont jailli de ma pensée intime , Et la langue de feu descendit sur mon front.
Mon esprit de Pathmos connut le saint délire , L'effroi qui le précède et l'effroi qui le suit ; Et mon âme était triste, et les chants de ma lyre Étaient comme ces voix qui pleurent dans la nuit.
J'ai vu sans murmurer la fuite de ma joie, Seigneur; à l'abandon voifs m'aviez condamné. J'ai sans plainte au désert tenté la triple voie; Et je n'ai pas maudit le jour où je suis né.
Voici la vérité qu'au monde je révèle :
Du ciel dans mon néant je me suis souvenu.
Louez Dieu! la brebis vient quand l'agneau l'appelle; J'appelais le Seigneur, le Seigneur est venu.
Il m'a dit : « Va, mon fils, ma loi n'est pas pesante ! » Toi qui dans la nuit même as suivi mes chemins, » Tu ceindras des heureux la robe éblouissante ; » Parmi les innocents tu laveras tes mains. »
Je ne veux plus de loin t'offrir ma vie obscure, Gloire, immortel reflet de l'éternel flambeau , Du génie en son cours trace éclatante et pure, Ou rayon merveilleux , émané d'un tombeau !
Un ange sur mon cœur ploie aujourd'hui ses ailes. Pour Elle un orphelin n'est pas un étranger; Les heures de mes jours à ses côtés sont belles : Car son joug est aimable et son fardeau léger.
Vous avez dans le port poussé ma voile errante; Ma tige a refleuri de sève et de verdeur ; Seigneur, je vous bénis ! de ma lampe mourante Votre souffle vivant rallume la splendeur.
Août 1823.