A MES AMIS
Oh ! combien est heureux celui qui, solitaire, Ne va point mendiant de ce sot populaire L'appui ni la faveur ; qui, paisible, s'étant Retiré de la cour et du monde inconstant, Ne s'entremêlant point des affaires publiques, Ne s' assujettissant aux plaisirs tyranniques D'un seigneur ignorant, et ne vivant qu'à soi, Est lui-même sa cour, son seigneur et son roi: Jean de la Taille.
Sans monter au char de victoire, Meurt le poète créateur; Son siècle est trop près de sa gloire Pour en mesurer la hauteur.
C'est Bélisaire au Capitole :
La foule court à quelque idole , Et jette en passant une obole Au mendiant triomphateur.
Amis , dans ma douce retraite A tous vos maux je dis adieu.
Là ma vie est molle et secrète :
J'ai des autels pour chaque dieu.
Le myrte, qu'au laurier j'enchaine, Y croît sous l'ombrage du chêne ; J'y mets Horace avec Mécène , Et Corneille sans Richelieu.
Là, dans l'ombre descend ma muse, A l'œil fier, aux traits ingénus ,