‹ Odes et balladesChapitre 122 sur 152 · LA SULTANE FAVORITE · texte numérisé non relu

LA SULTANE FAVORITE

Que cent femmes qu'un feu transporte Consument en vain à ma porte Leur souffle en soupirs enflammés ?

Dans leur solitude profonde.

Laisse-les t 'envier toujours ; Vois-les passer comme fuit Tonde ; Laisse-les vivre : à toi le monde !

A toi mon trône, à toi mes jours !

A toi tout mon peuple — qui tremble ! A toi Stamboul qui, sur ce bord Dressant mille flèches ensemble, Se berce dans la mer, et semble Une flotte à l'ancre qui dort !

A toi, jamais à tes rivales.

Mes spahis aux rouges turbans.

Qui, se suivant sans intervalles.

Volent courbés sur leurs cavales Comme des rameurs sur leurs bancs !

A toi Bassora, Trébizonde, Chypre où de vieux noms sont gravés.

Fez où la poudre d'or abonde, Mosul où trafique le monde, Erzeroum aux chemins pavés !

A toi Smyrne et ses maisons neuves Où vient blancliir le flot amer !

Le Gange redouté des veuves !

Le Danube qui par cinq fleuves Tombe échevelé dans la mer !

Dis, crains-tu les filles de Grèce ?

Les lys pâles de Damanhour ?

46o LES ORIENTALES

Ou rœil ardent de la négresse Qui, comme une jeune tigresse.

Bondit rugissante d'amour ?

Que m'importe, juive adorée, Un sein d'ébène, un front vermeil !

Tu n'es point blanche ni cuivrée, Mais il semble qu'on t'a dorée Avec un rayon de soleil.

N'appelle donc plus la tempête.

Princesse, sur ces humbles fleurs.

Jouis en paix de ta conquête, Et n'exige pas qu'une tête Tombe avec chacun de tes pleurs !

Ne songe plus qu'aux frais platanes.

Au bain mêlé d'ambre et de nard.

Au golfe où glissent les tartanes...

Il faut au sultan des sultanes ; Il faut des perles au poignard !

22 octobre 1828.

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