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Sur la plus haute colline Il monte, et, sa javeline Soutenant ses membres lourds, Il voit son armée en fuite Et de sa tente détruite Pendre en lambeaux le velours.
Ém. Deschamps. Rodrigue pendant la bataille.
« Allah ! qui me rendra ma formidable armée. Émirs, cavalerie au carnage animée.
Et ma tente, et mon camp, éblouissant à voir, Qui la nuit allumait tant de feux, qu'à leur nombre On eût dit que le ciel sm" la colline sombre Laissait ses étoiles pleuvoir ?
« Qui me rendra mes beys aux flottantes pelisses ?
Mes fiers timariots, turbulentes milices ?
Mes khans bariolés ? mes rapides spahis ?
Et mes bédouins hâlés, venus des Pyramides,
Qui riaient d'effrayer les laboureius timides,
Et poussaient leurs chevaux par les champs de maïs ?
« Tous ces chevaux, à l'œil de flamme, aux jambes grêlesj Qui volaient dans les blés comme des sauterelles, Quoi, je ne verrai plus, franchissant les sillons. Leurs troupes, par la mort en vain diminuées. Sur les carrés pesants s'abattant par nuées. Couvrir d'éclairs les bataillons !
« Ils sont morts ; dans le sang traînent leurs belles housses Le sang souille et noircit leur croupe aux taches rousses
L'éperon s'userait sur leur flanc arrondi Avant de réveiller leurs pas jadis rapides. Et près d eux sont couchés leurs maîtres intrépides Qui dormaient à leur ombre aux haltes de midi !
« Allah ! qui me rendra ma redoutable armée ' La voila par les champs tout entière semée tomme 1 or d un prodigue épars sur le pavé «uoi ! chevaux, cavaliers, arabes et tartares' Leurs turbans, leur galop, leurs drapeaux, leu^s fanfarea- <- est comme s: j'avais rêvé !
(. O mes vaillants soldats et leurs coursiers fidèles 1 Leur VOIX n'a plus de bruit et leurs pieds n'ont plus d'ailes Ils ont oublié tout, et le sabre et le mors "'^""• IJe leurs corps entassés cette vallée est pleine. Voila pour bien longtemps une sinistre plaine te soir, 1 odeur du sang : demain, l'odeii- des morts.
« Quoi ! c'était une armée, et ce n'est plus qu'une ombre ' ns se sont bien battus, de l'aube à la nuit sombr" ' Dans le cercle fatal ardents à se presser Les noirs linceuls des nuits sur l'horizon se posent Les braves ont fini. Maintenant ils reposent Et les corbeaux vont commencer. '
Durni'Hrf * '""^ ^f '""^'^ '^"'■^ plumes noires. Du fond des bois, du haut des chauves promontoires Ils accourent; des morts ils rongent les lambem x ' Et cette armée, hier formidable et suprême Cette puissante armée, hélas ! ne peut plus même Effaioucher un aigle et chasser les corbeaux !
«Oh ! si j'avais encor cette armée immortelle Je voudrais conquérir des mondes avec eUe •
Je la ferais régner sur les rois ennemis ; Elle serait ma sœm-, ma dame et mon épouse. Mais que fera la mort, inféconde et jalouse, De tant de braves endormis ?
« Que n'ai- je été frappé ! que n'a sur la poussière Roulé mon vert turban avec ma tête altière ! Hier j 'étais puissant ; hier trois officiers. Immobiles et fiers sur leur selle tigrée. Portaient, devant le seuil de ma tente dorée. Trois panaches ravis aux croupes des coursiers.
« Hier j 'avais cent tambours tonnant à mon passage ; J'avais quarante agas contemplant mon visage, i
Et d'un sourcil froncé tremblant dans leurs palais. | Au lieu des lourds pierriers qui dorment sm* les proues J'avais de beaux canons roulant sur quatre roues. Avec leurs canonniers anglais.
« Hier j'avais des châteaux, j'avais de belles villes. Des grecques par milliers à vendre aux juifs serviles ; J'avais de gi'ands harems et de grands arsenaux. Aujourd'hui, dépouillé, vaincu, proscrit, funeste. Je fuis... De mon empire, hélas ! rien ne me reste. Allah ! je n'ai plus même une tour à créneaux !
« Il faut fuir, moi, pacha, moi, vizir à trois queues ! Franchir l'horizon vaste et les collines bleues, Furtif, baissant les yeux, presque tendant la main. Comme un voleur qui fuit troublé dans les ténèbres. Et croit voir des gibets dressant lem^s bras funèbres Dans tous les arbres du chemin 1 »
Ainsi parlait Reschid, le soir de sa défaite
Nous eûmes mille grecs tués à cette fête
Mais le vizir fuyait, seul, ces champs meurtriers.
Keveur, il essuyait son rouge cimeterre *
Deux chevaux près de lui du pied battaient la terre,
iit, vides, sur leurs flancs sonnaient les étriers.