‹ Odes et balladesChapitre 124 sur 152 · LE CHÂTEAU-FORT · texte numérisé non relu

LE CHÂTEAU-FORT

Eppwcro.

A QUOI pensent ces flots, qui baisent sans murmure Les flancs de ce rocher luisant comme une armure ? Ouoi donc ! n'ont-ils pas vu dans leur propre miroir. Que ce roc, dont le pied déchire leurs entrailles, A sur sa tête un fort, ceint de blanches murailles, Roulé comme un turban autour de son front non- ?

Oue font-ils ? à qui donc gardent-ils leur colère ?

Allons ! acharne-toi sur ce cap séculaire,

O mer ! Trêve un moment aux pauvres matelots !

Ronge, ronge ce roc ! qu'il chancelle, qu'il penche,

Et tombe enfin, avec sa forteresse blanche,

La tête la première, enfoncé dans les flots !

Dis, combien te faut-il de temps, ô mer fidèle.

Pour jeter bas ce roc avec sa citadelle ?

Un jour ? un an ? un siècle ?... Au nid da criminel

Précipite toujours ton eau jaune de sable !

Que t'importe le temps, ô mer intarissable ?

Un siècle est comme un flot dans ton gouffre éternel

Engloutis cet écueil ! que ta vague l'efface Et sm- son front perdu toujours passe et repasse l Oue l'algue aux verts cheveux dégrade ses contours ! Que, sur son flanc couché, dans ton lit sombre il dorme 1 Qu'on n'y distingue plus sa forteresse informe ! Que chaque flot emporte une pierre à ses tours 1

Afin que rien n'en reste au monde, et q^u'on respire De ne plus' voir la tour d'Ali, pacha d'Epire ; Et qu'un jour, côtoyant les bords qu'Ali souilla, Si le marin de Cos dans la mer ténébreuse Voit un grand tourbillon dont le centre se creuse. Aux passagers muets il dise : C'était là !

26 novembre 1828.

Là — Allah — Ellàllah !

Koran.

Il n'y a d'autre dieu que Dieu.

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle, Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

J'aime le vrai soldat, effroi de Bélial. Son turban évasé rend son front plus sévère. Il baise avec respect la barbe de son père, 11 voue à son vieux sabre un amour filial, Et porte un doliman, percé dans les mêlées De plus de coups, que n'a de taches étoilées La peau du tigi'e impérial.

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle, Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

Un bouclier de cuivre à son bras sonne et luit. Rouge comme la lune au milieu d'une brume. Son cheval hennissant mâche un frein blanc d'écume Un long sillon de poudre en sa course le suit. Quand il passe au galop sur le pavé sonore. On fait silence, on dit : C'est im cavalier maure ! Et chacun se retourne au bruit.

Ma dague d'un sang noir à mon côté niisselle, Et ma hache est pendue à l'ai'çon de ma selle.

Quand dix mille giaours viennent au son du cor, Il leur répond ; il vole, et d'un souffle farouche Fait jaillir la terreur du clairon qu'il embouche. Tue, et parmi les morts sent croître son essor. Rafraîchit dans leur sang son caftan écarlate. Et pousse son coursier qui se lasse, et le flatte Pour en égorger plus encor !

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle. Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

J'aime, s'il est vainqueur, quand s'est tû le tambour. Qu'il ait sa belle esclave aux paupières arquées, Et, laissant les imans qui prêchent aux mosquées Boire du vin la nuit, qu'il en boive au grand jour ; J'aime, après le combat, que sa voix enjouée Rie, et des cris de guerre encor tout enrouée. Chante les houris et l'amour !

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle. Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

Qu'il soit grave, et rapide à venger un affront ; Qu'il aime mieux savoir le jeu du cimeterre Que tout ce qu'à vieillir on apprend sur la terre ; Qu'il ignore quel jour les soleils s'éteindront ; Quand rouleront les mers sur les sables arides ; Mais qu'il soit brave et jeune, et préfère à des rides Des cicatrices sur son front.

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle. Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

Tel est, comparadgis, spahis, timariots,

Le vrai guerrier croyant I ]Mais celui qui se vante,

Et qui tremble au moment de semer l'épouvante. Qui le dernier arrive aux camps impériaux, Qui, lorsque d'une ville on a forcé la porte. Ne fait pas, sous le poids du butin qu'il rapporte, Plier l'essieu des chariots ;

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle. Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

Celui qui d'une femme aime les entretiens ; Celui qui ne sait pas dire dans une orgie Quelle est d'un beau cheval la généalogie ; Qui cherche ailleurs qu'en soi force, amis et soutiens. Sur de soyeux divans se couche avec mollesse, Craint le soleil, sait lire, et par scrupule laisse Tout le vin de Chypre aux chrétiens ;

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle, Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

Celui-là, c'est un lâche, et non pas un guerrier. Ce n'est pas lui qu'on voit dans la bataille ardente Pousser un fier cheval à la housse pendante, Le sabre en main, debout sur le large étrier ; Il n'est bon qu'à presser des talons ime mule, En murmurant tout bas quelque vaine formule. Comme un prêtre qui va prier !

Ma dague d'im sang noir à mon côté ruisselle. Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle,

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