‹ Odes et balladesChapitre 137 sur 152 · LE POËTE AU CALIFE · texte numérisé non relu

LE POËTE AU CALIFE

Tous les habitants de la terre sont devant lui comme un néant ; il fait tout ce qui lui plaît ; et nul ne peut résister à sa main puissante, ni lui dire : Pourquoi avez-vous fait ainsi ?

Daniel.

O SULTAN NouREDDiN, califc aimé de Dieu ! Tu gouvernes, seigneur, l'empire du milieu,

De la mer rouge au fleuve jaune.

Les rois des nations, vers ta face tournes, Pavent, silencieux, de leurs fronts prosternés

Le chemin qui mène à ton trône.

Ton sérail est très grand, tes jardins sont très beaux. Tes femmes ont des yeux vifs comme des flambeaux

Qui pour toi seul percent leurs voiles. Lorsque, astre impérial, aux peuples pleins d'effroi Tu luis, tes trois cents flls brillent autour de toi

Comme ton cortège d'étoiles.

Ton front porte une aigrette et ceint le turban vert. Tu peux voir folâtrer dans leur bain, entr'ouvert

Sous la fenêtre où tu te penches, Les femmes de Madras plus douces qu'un parfum. Et les filles d'Alop qui sur leur beau sein brun

Ont des colliers de perles blanches.

Ton sabre large et nu semble en ta main grandir. Toujours dans la bataille on le voit resplendir.

Sans trouver turban qui le rompe, Au point où la mêlée a de plus noirs détours, Où les grands éléphants, entre-choquant leurs tours.

Prennent des chevaux dans leur trompe.

Une fée est cachée en tout ce que tu vois. Quand tu parles, cahfe, on dirait que ta voix

Descend d'un autre monde au nôtre ; Dieu lui-même t'admire, et de félicités Emplit la coupe d'or que tes jours enchantés,

Jo3^eux. se passent l'un à l'autre.

Mais souvent dans ton cœur, radieux Noureddin, Une triste pensée apparaît, et soudain

Glace ta grandeur taciturne ; Telle en plein jour parfois, sous un soleil de feu, La lune, astre des morts, blanche au fond d'un ciel bleu

Montre à demi son front nocturne.

Octobre 1828.

BOUNABERDI 535

BOUNABERDI

Grand comme le monde.

Souvent Bounaberdi, sultan des francs d'Europe, Que comme un noir manteau le semoun enveloppe, Monte, géant lui-même, au front d'un mont géant, D'où son regard, errant sur le sable et sur l'onde, Embrasse d'un coup d'œil les deux moitiés du monde Gisantes à ses pieds dans l'abîme béant.

Il est seul et debout sur ce sublime faîte.

A sa droite couché, le désert qui le fête

D'un nuage de poudre importune ses yeux ;

A sa gauche la mer, dont jadis il fut l'hôte,

Elève jusqu'à lui sa voix profonde et haute.

Comme aux pieds de son maître aboie un chien joyeux.

Et le vieil empereur, que tour à tour réveille Ce nuage à ses yeux, ce bruit à son oreille. Rêve, et, comme à l'amante on voit songer l'amant, Croit que c'est une année, invisible et sans nombre. Qui fait cette poussière et ce bruit pour son ombre. Et sous l'horizon gris passe éternellement !

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