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PRIÈRE

Oh ! quand tu reviendras rêver sur la montagne, Bounaberdi ! regarde un peu dans la campagne

Ma tente qui blanchit dans les sables grondants ; Car je suis libre et pauvre, un arabe du Caire, Et quand j'ai dit : Allah ! mon bon cheval de guerre Vole, et sous sa paupière a deux charbons ardents .

Novembre 1828,

J'étais géant alors, et haut de cent coudées. Bonaparte.

Toujours lui ! Lui partout ! — Ou brûlante ou glacée,

Son image sans cesse ébranle ma pensée.

Il verse à mon esprit le souffle créateur.

Je tremble, et dans ma bouche abondent les paroles

Quand son nom gigantesque, entouré d'auréoles.

Se dresse dans mon vers de toute sa hauteur.

Là, je le vois, guidant l'obus aux bonds rapides. Là, massacrant le peuple au nom des régicides, Là, soldat, aux tribuns arrachant leurs pouvoirs. Là, consul jeune et fier, amaigri par des veilles Que des rêves d'empire emplissaient de merveilles, Pâle sous SCS longs cheveux noirs.

Puis, empereur puissant, dont la tête s'incline, Gouvernant un combat du haut de la colline, Promettant une étoile à ses soldats joyeux, Faisant signe aux canons qui vomissent les flanmies. De son âme à la guerre armant six cent mille âmes. Grave et serein, avec un éclair dans les yeux.

Puis, pauvre prisonnier, qu'on raille et qu'on tounnente, Croisant ses bras oisifs sur son sein qui fenuente.

En proie aux geôliers vils comme un vil criminel, Vaincu, chauve, courbant son front noir de nuages, Promenant sur un roc où passent les orages Sa pensée, orage étemel.

Qu'il est grand, là surtout ! quand, puissance brisée Des porte-clefs anglais misérable risée.

Au sacre du malheur il retrempe ses droits. Tient au bruit de ses pas deux mondes en haleine. Et, mourant de l'exil, gêné dans Sainte-Hélène, Manque d'air dans la cage où l'exposent les rois !

Qu'il est grand à cette heure où, prêt à voir Dieu même Son œil qui s'éteint roule une larme suprême ! Il évoque à sa mort sa vieille armée en deuil. Se plaint à ses guerriers d'expirer solitaire, Et, prenant pour linceul son manteau militaire, Du lit de camp passe au cercueil 1

A Rome, où du Sénat hérite le conclave,

A l'Elbe, aux monts blanchis de neige ou noirs de lav

Au menaçant Kremlin, à l'Alhambra riant.

Il est partout ! — Au Nil je le rencontre encore.

L'Egypte resplendit des feux de son aurore ;

Son astre impérial se lève à l'orient.

Vainqueur, enthousiaste, éclatant de prestiges,

Prodige, il étonna la terre des prodiges.

Les vieux scheiks vénéraient l'émir jeune et prudent

Le peuple redoutait ses armes inouïes ;

Sublime, il apparut aux tribus éblouies

Comme un Mahomet d'Occident.

Leur féerie a déjà réclamé son histoire; La tente de l'arabe est pleine de sa gloire. Tout bédouin libre était son hardi compagnon ; Les petits enfants, Tœil tourné vers nos rivages, Sur un tambour français règlent leurs pas sauvages. Et les ardents chevaux hennissent à son nom.

Parfois il vient, porté sur l'ouragan numide, Prenant pour piédestal la grande pj^amide. Contemplez: les déserts, sablonneux océans. Là, son ombre, éveillant le sépulcre sonore, Comme pour la bataille, y ressuscite encore Les quarante siècles géants.

Il dit : Debout ! Soudain chaque siècle se lève. Ceux-ci portant le sceptre et ceux-là ceints du glaive. Satrapes, pharaons, mages, peuple glacé ; Immobiles, poudreux, muets, sa voix les compte ; Tous semblent, adorant son front qui les surmonte. Faire à ce roi des temps une cour du passé.

Ainsi tout, sous les pas de l'homme ineffaçable. Tout devient monument ; il passe sur le sable. Mais qu'importe qu'Assur de ses flots soit couvert. Que l'aquilon sans cesse y fatigue son aile ! Son pied colossal laisse une trace étemelle Sur le front mouvant du désert.

Histoire, poésie, il joint du pied vos cimes. Éperdu, je ne puis dans ces mondes sublimes Remuer rien de grand sans toucher à son nom ; Oui, quand tu m 'apparais, pom- le culte ou le blâme,

Les chants volent pressés sur mes lèvres de flamme, Napoléon ! soleil dont je suis le Memnon !

Tu domines notre âge ; ange ou démon, qu'importe ? Ton aigle dans son vol, haletants, nous emporte. L'œil même qui te fuit te retrouve partout. Toujours dans nos tableaux tu jettes ta grande ombre Toujours Napoléon, éblouissant et sombre. Sur le seuil du siècle est debout.

Ainsi, quand, du Vésuve explorant le domaine, De Naple à Portici l'étranger se promène. Lorsqu'il trouble, rêveur, de ses pas importuns Ischia, de ses fleurs embaumant l'onde heureuse Dont le bruit, comme im chant de sultane amoureuse, Semble une voix qui vole au milieu des parfums ;

Qu'il hante de Paestum l'auguste colonnade, Qu'il écoute à Pouzzol la vive sérénade Chantant la tarentelle au pied d'un mur toscan ; ,

Qu'il éveille en passant cette cité momie, |

Pompéi, corps gisant d'une ville endormie. Saisie un jour par le volcan ;

Qu'il erre au Pausilippe avec la barque agile D'où le brun marinier chante Tasse à Virgile ; Toujours, sous l'arbre vert, sur les lits de gazon. Toujours il voit, du sein des mers et des prairies. Du haut des caps, du bord des presqu'îles fleuries. Toujours le noir géant qui fume à l'horizon I

Décembre 1828.

Je lui dis : La rose du jardin, comme tu sais, dure peu ; et la saison des roses est bien vite écoulée.

Sadt.

Quand l'automne, abrégeant les jours qu'elle dévore Eteint leurs soirs de ilamme et glace leur aurore, Quand novembre de bnmie inonde le ciel bleu, Que le bois tourbillonne et qu'il neige des feuilles, O ma muse ! en mon âme alors tu te recueilles. Comme un enfant transi qui s'approche du feu.

Devant le sombre hiver de Paris qui bourdonne. Ton soleil d'orient s'éclipse, et t'abandonne. Ton beau rêve d'Asie avorte, et tu ne vois Sous tes yeux que la rue au bruit accoutumée. Brouillard à ta fenêtre, et longs flots de fumée Qui baignent en fuyant l'angle noirci des toits.

Alors s'en vont en foule et sultans et sultanes. Pyramides, palmiers, galères capitanes, Et le tigre vorace et le chameau fnigal, Djinns au vol furieux, danses des bayadères, L'arabe qui se penche au cou des dromadaires. Et la fauve girafe au galop inégal.

Alors, éléphants blancs chargés de femmes bnmes, Cités aux dômes d'or où les mois sont des lunes, Imans do ^lahoinct, maires. ]->rêtros de Bel, Tout fuit, tout dispariiît. Plus de minaret maure.

Plus de sérail fleuri, plus d'ardente Gomorrhe Qui jette un reflet rouge au front noir de Babel !

C'est Paris, c'est l'hiver. — A ta chanson confuse Odalisques, émirs, pachas, tout se refuse. Dans ce vaste Paris le klephte est à l'étroit ; Le Nil déborderait ; les roses du Bengale Frissonnent dans ces champs où se tait la cigale ; A ce soleil brumeux les Péris auraient froid.

Pleurant ton Orient, alors, muse ingénue.

Tu viens à moi, honteuse, et seule, et presque nue.

— N'as-tu pas, me dis-tu, dans ton cœur jeune encor

Quelque chose à chanter, ami ? car je m'ennuie

A voir ta blanche vitre où ruisselle la pluie,

Moi qui dans mes vitraux avais un soleil d'or ! —

Puis, tu prends mes deux mains dans tesmains diaphanes Et nous nous asseyons, et, loin des yeux profanes, Entre mes souvenirs je t'offre les plus doux. Mon jeune âge, et ses jeux, et l'école mutine, Et les serments sans fin de la vierge enfantine. Aujourd'hui mère heureuse aux bras d'un autre épou

Je te raconte aussi comment, aux Feuillantines, Jadis tintaient pour moi les cloches argentines ; Comment, jeune et sauvage, errait ma liberté. Et qu'à dix ans, parfois, resté seul à la brune. Rêveur, mes yeux cherchaient les deux yeux de la lurM Comme la fleur qui s'ouvre aux tièdes nuits d'été.

Puis tu me vois du pied pressant l'escarpolette Qui d'un vieux marronnier fait crier le squelette. Et vole, de ma mère étemelle terreur ! Puis je te dis les noms de mes amis d'Espagne,

Madrid, et son collège où l'ennui t'accompagne, Et nos combats d'enfants pour le grand empereur.

Puis encor mon bon père, ou quelque jeune fille Morte à quinze ans, à l'âge où l'œil s'allume et brille. Mais surtout tu te plais aux premières amours. Frais papillons dont l'aile, en fuyant rajeunie. Sous le doigt qui la fixe est si vite ternie. Essaim doré qui n'a qu'un jour dans tous nos jours.

15 novembre 1828.

On a cru devoir réimprimer cette ode telle qu'elle a été composée et publiée en juin 1826, à l'époque du désastre de Missolonghi. Il est important de se rappeler, en la lisant, que tous les journaux d'Europe annoncèrent la mort de Canaris, tué dans son brûlot par une bombe turque, devant la \'ille qu'il venait secourir. Depuis, cette nouvelle fatale a été heureusement démentie. {Note de l'édition originale.)

Page 427. Oui, Canaris, tu vois le sérail, et ma tête Arrachée au cercueil pour orner cette fête.

Une lettre de Corfou, que nous avons sous les yeux, affijme que les turcs, vainqueurs de Missolonghi, ont ouvert le tombeau de ^larcos Botzaris, ce Léonidas moderne. C'était sans doute pour y prendre une tète de plus. {Note du Journal des Débats, 1826.)

Le tombeau de Marcos Botzaris, le Léonidas de la Grèce moderne, était à Missolonghi. On dit que les tiu-cs ^ou^Tircnt, afin d'envoyer le crâne du héros au sultan.

Au reste, ce tombeau sera réédifié par une main

française. Nous avons vu dans l'atelier de notre grand statuaire, David, une statue de marbre blanc destinée au mausolée de Marc Botzaris. C'çst une jeune fille à demi couchée sur la pierre du sépulcre et qui épèle avec son doigt cette grande épitaphe : Botzaris. Il est diffi,cile de rien voir de plus beau que cette statue. C'est tout à la fois du grandiose comme Phidias et de la chair comme Puget.

Ainsi que plusieurs autres hommes remarquables du temps, peintres, musiciens, poètes, M. David est, aussi lui, à la tête d'une révolution dans son art. De toutes parts, l'œuvre s'accomplit. {Note de Védition originale,)

Page 429. Et cet enfant des monts, notre ami, notre émule, Mayer, qui rapportait aux fils de Thrasybule La flèche de Guillaume Tell.

Volontaire suisse, rédacteur de la Chronique Hellénique, mort à Missolonghi. {Note du manuscrit.)

Page 429. O mes frères, Joseph, évêque, vous salue.

Joseph, évêque de Rogous, mort à Missolonghi comme un prêtre et comme un soldat. {Note du manuscrit.)

Page 447.

Lui font-ils voir en rêve, aux bornes de la terre. L'ange Azraël debout sur le pont de l'enfer ?

Azraël, ange turc des tombeaux. {Note du manuscrit.]

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