BUONAPARTE
Les peuples sommeillaient : un sanglant incendie Fut l'aurore du grand réveil.
Il tomba roi ; — puis, dans sa route.
Il voulut, fantôme ennemi.
Se relever, afin sans doute
De ne plus tomber à demi.
Alors, loin de sa tyrannie,
Pour qu'une effrayante harmonie
Frappât l'orgueil anéanti.
On jeta ce captif suprême
Sur im rocher, débris lui-même
De quelque ancien monde englouti.
Là, se refroidissant comme un torrent de lave. Gardé par ses vaincus, chassé de l'univers. Ce reste d'un tyran, en s'é veillant esclave,
N'avait fait que changer de fers.
Des trônes restaurés écoutant la fanfare.
Il brillait de loin comme un phare.
Montrant l'écueil au nautomer.
Il mourut. — Quand ce bniit éclata dans nos villes. Le monde respira dans les fureurs civiles.
Délivré de son prisonnier.
Ainsi l'orgueil s'égare en sa marche éclatante. Colosse né d'un souffle et qu'un regard abat. Il fit du glaive un sceptre, et du trône une tente.
Tout son règne fut un combat.
Du fléau qu'il portait lui-même tributaire.
Il tremblait, prince de la terre ;
Soldat, on vantait sa valeur. Retombé dans son cœur comme dcms un abîme, Il passa par la gloire, il passa par le crime.
Et n'est arrivé qu'au malheur.
Peuples, qui poursuivez d'hommages Les victimes et les bourreaux.
Laissez-le fuir seul dans les âges ; — Ce ne sont point là les héros.
Ces faux dieux, que leur siècle encense. Dont l'avenir hait la puissance.
Vous trompent dans votre sommeil ; Tels que ces nocturnes aurores Où passent de grands météores.
Mais que ne suit pas le soleil.
Mars 1822.