‹ Odes et balladesChapitre 21 sur 152 · A MES ODES · texte numérisé non relu

A MES ODES

... Tentanda via est quâ me quoque possîm Tollere humo victorque virum volitare per ora.

Virgile.

Mes odes, c'est Tinstant de déployer vos ailes. Cherchez d'un môme essor les voûtes immortelles ;

Le moment est propice... Allons !

La foudre en grondant vous éclaire.

Et la tempête populaire

Se livre au vol des aquilons.

Pour qui rêva longtemps le jour du sacrifice,

Oui, l'heure où vient l'orage est une heure propice ;

Mais moi, sous un ciel calme et pur,

Si j'avais, fortuné génie,

Dans la lumière et l'harmonie

Vu flotter vos robes d'azur ;

Si nul profanateur n'eût touché vos offrandes ; Si nul reptile impiu* sur vos chastes guirLuides

N'eût traîné ses nœuds flétrissants ;

Si la terre, à \'otre passage.

N'eût exhalé d'autre nuage

Que la vapeur d'un doux encens ;

io8 ODES ET BALLADES

J'aurais béni la muse et chanté ma victoire.

J'aurais dit au poëte, élancé vers la gloire : « O ruisseau ! qui cherches les mers, Coule vers l'océan du monde Sans craindre d'y mêler ton onde ; Car ses flots ne sont pas amers. »

Heureux qui de l'oubli ne fuit point les ténèbres ! Heureux qui ne sait pas combien d'échos funèbres

Le bruit d'un nom fait retentir !

Et si la gloire est inquiète.

Et si la palme du poëte

Est rme palme de martyr !

Sans craindre le chasseur, l'orage ou le vertige. Heureux l'oiseau qui plane et l'oiseau qui voltige !

Heureux qui ne veut rien tenter !

Heureux qui suit ce qu'il doit suivre !

Heureux qui ne vit que pour vivre.

Qui ne chante que pour chanter !

Vous, ô mes chants, adieu ! cherchez votre fumée !

Bientôt, sollicitant ma porte refermée.

Vous pleurerez, au sein du bruit.

Ce temps où, cachés sous des voiles.

Vous étiez pareils aux étoiles Qui ne brillent que pour la nuit ;

Page 1