LE POËTE
Muse ! contemple ta victime !
Lamartine. L'enthousiasme.
Ah ! ceux que ravissent ses chants sont loin de croire à l'amertume qui ronge son cœur !
Th. Moore. Mélodies irlandaises.
Qu'il passe en paix, au sein d'un monde qui l'ignore. L'auguste infortuné que son âme dévore !
Respectez ses nobles malheurs ; Fuyez, ô plaisirs vains, son existence austère ; Sa palme qui grandit, jalouse et solitaire,
Ne peut croître parmi vos fleurs.
Il souffre assez de maux, sans y joindre vos joies ! Chaque pas qui l'enfonce en de sulplimes voies.
Par une douleur est compté.
Il pleure sa jeunesse avant l'âge envolée. Sa vie, humble roseau, qui se courbe accablée
Du poids de l'immortalité.
Il pleure, ô belle enfance, et ta grâce et tes charmes, Et ton rire innocent et tes naïves larmes, Ton bonheur doux et turbulent.
Et, loin des vastes cieux, l'aile que tu reposes,
Et, dans les jeux bruyants, ta couronne de roses Que flétrirait son front brûlant !
Il accuse et son siècle, et ses chants, et sa lyre. Et la coupe enivrante où, trompant son délire,
La gloire verse tant de fiel.
Et ses vœux, poursuivant des promesses funestes. Et son cœur, et la Muse, et tous ces dons célestes.
Hélas 1 qui ne sont pas le ciel !
Ah ! si du moins, couché sur le char de la vie, L'itymne de son triomphe et les cris de l'envie
Passaient sans troubler son sommeil !
S'il pouvait dans l'oubli préparer sa mémoire ! Ou, voilé de rayons, se cacher dans sa gloire,
Comme un ange dans le soleil !
Mais sans cesse il faut suivre, en la commune arène. Le flot qui le repousse et le flot qui l'entraîne !
Les hommes troublent son chemin !
Sa voix grave se perd dans leurs vaines paroles. Et leur fol orgueil mêle à leurs jouets frivoles
Le sceptre qui pèse à sa main 1
Pourquoi traîner ce roi si loin de ses royaumes ? Qu'importe à ce géant un cortège d'atomes !
Fils du monde, c'est vous qu'il fuit.
Qne fait à l'immortel votre éphémère empire ? Sans les chants de sa voix, sans les sons de sa lyre.
N'avez- vous point assez de bruit ?