‹ Odes et balladesChapitre 38 sur 152 · LE POETE · texte numérisé non relu

LE POETE

Laissez-le dans son ombre où descend la lumière. — Savez-vous qu'une Muse, épurant sa poussière,

Y charme en secret ses ennuis ?

Et que, laissant pour lui les étemelles fêtes, La colombe du Christ et l'aigle des Prophètes

Souvent y visitent ses nuits ?

Sa veille redoutable, en ses visions saintes. Voit les soleils naissants et les sphères éteintes

Passer en foule au fond du ciel ; Et, suivant dans l'espace un chœur brûlant d'archanges, Cherche, aux mondes lointains, quelles formes étranges

Y revêt l'Être universel.

Savez-vous que ses yeux ont des regards de flamme ? Savez-vous que le voile, étendu sur son âme.

Ne se lève jamais en vain ?

De lumière dorée et de flammes rougie, Son aile, en un instant, de l'infernale orgie

Peut monter au banquet divin.

Laissez donc loin de vous, ô mortels téméraires. Celui que le Seigneur marqua, parmi ses frères.

De ce signe funeste et beau, Et dont l'œil entrevoit plus de mystères sombres Que. les morts effrayés n'en lisent, dans les ombres.

Sous la. pierre de leur tombeau !

Un jour vient dans sa vie, où la Muse elle-même, D'un sacerdoce auguste armant son luth suprême.

igô ODES ET BALLADES

L'envoie au monde ivre de sang, Afin que, nous sauvant de notre propre audace. Il apporte d'en haut à l'homme qui menace

La prière du Tout-Puissant.

Un formidable esprit descend dans sa pensée. Il paraît ; et soudain, en éclairs élancée,

Sa parole luit comme un feu.

Les peuples prosternés en foule l'environnent ; Sina mystérieux, les foudres le couronnent.

Et son front porte tout un Dieu !

Août 1823.

A M. ALPH. DE La.tytOy't.tcyL*^

ODE DEUXIÈME

Alternis dicetis, amant alterna Camoenaî.

Virgile.

Et cœpit loqui, prout Spiritus sanctus dabat eloqui. Acx. Apost.

LA LYRE

Dors, ô fils d'Apollon ! ses lauriers te couronnent. Dors en paix ! Les neuf Sœurs t'adorent comme un roi De leurs chœurs nébuleux les Songes t'environnent ; La lyre chante auprès de toi !

LA HARPE

Éveille-toi, jeune homme, enfant de la misère ! Un rêve ferme au jour tes regards obscurcis, Et pendant ton sommeil, un indigent, ton frère, A ta porte en vain s'est assis !

LA LYRE

Ton jeune âge est cher à la Gloire.

Enfant, la Muse ouvrit tes yeux.

Et d'une immortelle mémoire Couronna ton nom radieux.

En vain Satmne te menace ; Va, l'Olympe est né du Parnasse, Les poètes ont fait les dieux !

LA HARPE

Homme, une femme fut ta mère ; Elle a pleuré sur ton berceau ; Souffre donc. Ta vie éphémère Brille et tremble, ainsi qu'un flambeau. Dieu, ton maître, a d'un signe austère Tracé ton chemin sur la terre, * Et marqué ta place au tombeau.

LA LYRE

Chante ! Jupiter règne et l'univers Tim.plore ;

Vénus embrase Mars d'un souris gracieux ; Iris brille dans l'air, dans les champs brille Flore ; Chante ! Les immortels, du couchant à l'aurore.

En trois pas parcourent les cieux.

LA HARPE

Prie ! H n'est qu'un vrai Dieu, juste dans sa clémence, Par la fuite des temps sans cesse rajeuni ; Tout s'achève dans lui, par lui tout recommence ; Son être emplit le monde ainsi qu'une âme immense ; L'Éternel vit dans l'Infini.

LA LYRE

Ta douce Muse à fuir t'invite.

Cherche un abri calme et serein ; Les mortels, que le sage évite.

Subissent le siècle d'airain.

Viens ; près de tes lares tranquilles, Tu verras de loin dans les viUes Mugir la Discorde aux cent voix.

Qu'importe à l'heureux solitaire Que l'autan dévaste la terre, S'il ne fait qu'agiter ses bois I

LA HARPE

Dieu, par qui tout forfait s'expie,

Marche avec celui qui le sert.

Apparais dans la foule impie,

Tel que Jean, qui vint du désert.

Va donc, parle aux peuples du monde ;

Dis-lear la tempête qui gronde,

Révèle le juge irrité ;

Et, pour mieux frapper leur oreille.

Que ta voix s'élève, pareille

A la rumeur d'une cité !

LA LYRE

L'aigle est l'oiseau du Dieu qu'avant tous on adore. Du Caucase à l'Atlios l'aigle planant dans l'air, Roi du feu qui féconde et du feu qui dévore, Contemple le soleil et vole sur l'éclair !

LA HARPE

La colombe descend du ciel qui la salue. Et, voilant l'Esprit-Saint sous son regard de feu. Chère au vieillard choisi comme à la vierge élue, Porte un rameau dans l'arche, annonce au monde un Dieu !

LA LYRE

Aime ! Éros règne à Gnide, à l'Olympe, au Tartare ;

Son flambeau de Sestos allume le doux phare.

Il consume Ilion par la main de Paris.

Toi, fuis de belle en belle, et change avec leurs charmes

L'amour n'enfante que des larmes ;

Les Amours sont frères des Ris !

LA HARPE

L'amour divin défend de la haine infernale. Cherche pour ton cœur pur ime âme virginale ;

Chéris-la, Jéhovah chérissait Israël.

Deux êtres que dans l'ombre unit un saint mystère

Passent en s'aimant sur la terre.

Comme deux exilés du ciel !

LA LYRE

Jouis ! c'est au fleuve des ombres Que va le fleuve des vivants.

Le sage, s'il a des jours sombres, Les laisse aux dieux, les jette aux vents. Enfin, comme un pâle convive.

Quand la mort imprévue arrive.

De sa couche il lui tend la main ; Et, riant de ce qu'il ignore.

S'endort dans la nuit sans aurore.

En rêvant un doux lendemain !

LA HARPE

Soutiens ton frère qui chancelle.

Pleure si tu le vois souffrir ; Veille avec soin, prie avec zèle.

Vis en songeant qu'il faut mourir.

Le pécheur croit, lorsqu'il succombe.

Que le néant est dans la tombe.

Comme il est dans la volupté ; Mais quand l'ange impur le réclame, Il s'épouvante d'être une âme.

Et frémit de l'éternité !

Le poëte écoutait, à peine à son aurore. Ces deux lointaines voix qui descendaient du ciel ; Et plus tard il osa parfois, bien faible encore, Dire à l'écho du Pinde un hymne du Carmel.

Avril 1822.

ODE TROISIÈME

En ce même temps, la fille de Pharaon vint au fleuve pour se baigner, accompagnée de ses filles, qui marchaient le long du bord de l'eau.

Exode.

« Mes sœurs, l'onde est plus fraîche aux premiers feux du jour. Venez : le moissonneur repose en son séjour ;

La rive est solitaire encore ; Memphis élève à peine un munnure confus ; Et nos chastes plaisirs, sous ces bosquets touffus,

N'ont d'autre témoin que l'aurore.

« Au palais de mon père on voit briller les arts ;

Mais ces bords pleins de fleurs charment plus mes regards

Qu'un bassin d'or ou de porphyre ; Ces chants aériens sont mes concerts chéris ; Je préfère aux parfums^qu'on brûle en nos lambris

Le souffle embaumé du zéphire.

a Venez : l'onde est si calme et le ciel est si pur ! Laissez sur ces buissons flotter les plis d'azur

De vos ceintures transparentes ; Détachez ma couronne et ces voiles jaloux ; Car je veux aujourd'hui folâtrer avec vous.

Au sein des vagues murmurantes.

« Hâtons-nous... Mais parmi les brouillards du matin, Que vois-je ? — Regardez à l'horizon lointain...

Ne craignez rien, filles timides !

C'est sans doute, par l'onde entraîné vers les mers,

ya

Le tronc d'un \àeux palmier qui, du fond des déserts, Vient visiter les Pyramides.

« Que dis-je ? si j'en crois mes regards indécis. C'est la barque d'Hermès ou la conque dlsis,

Que pousse une brise légère.

Mais non ; c'est un esquif où, dans un doux repos. J'aperçois un enfant qui dbrt au sein des flots,

Comme on dort au sein de sa mère.

« Il sommeille ; et, de loin, à voir son lit flottant, On croirait voir voguer sur le fleuve inconstant

Le nid d'une blanche colombe.

Dans sa couche enfantine il erre au gré du vent ; L'eau le balance, il dort, et le gouffre mouvant

Semble le bercer dans sa tombe.

« Il s'éveille : accourez, ô vierges de Memphis ! Il crie... Ah ! quelle mère a pu livrer son fils

Au caprice des flots mobiles ?

Il tend les bras ; les eaux grondent de toute part. Hélas ! contre la mort il n'a d'autre rempart

Qu'un berceau de roseaux fragiles.

« Sauvons-le... — C'est peut-être un enfant d'Israël. Mon père les proscrit ; mon père est bien cruel

De proscrire ainsi l'innocence !

Faible enfant ! ses malheurs ont ému mon amour. Je veux être sa mère : il me devra le jour.

S'il ne me doit pas la naissance. *

Ainsi parlait Iphis, l'espoir d'un roi puissant. Alors qu'aux bords du Nil son cortège innccent

Suivait sa course vagabonde ; Et ces jeunes beautés qu'elle effaçait encor.

Quand la fille des rois quittait ses voiles d'or. Croyaient voir la fille de Tonde.

Sous ses pieds délicats déjà le flot frémit. Tremblante, la pitié vers l'enfant qui gémit

La guide en sa marche craintive ; Elle a saisi l'esquif ! Fière de ce doux poids, L'orgueil sur son beau front, pour la première fois,

Se mêle à la pudeur naïve.

Bientôt, divisant Tonde et brisant les roseaux. Elle apporte à pas lents l'enfant sauvé des eaux

Sur le bord de Tarène humide ; Et ses sœurs tour à tour, au front du nouveau-né, Offrant leur doux sourire à son œil étonné.

Déposaient un baiser timide.

Accours, toi qui, de loin, dans un doute cruel. Suivais des yeux ton fils sur qui veillait le ciel ;

Viens ici comme une étrangère ; Ne crains rien : en pressant Moïse entre tes bras. Tes pleurs et tes -transports ne te trahiront pas.

Car Iphis n'est pas encor mère !

Alors, tandis qu'heureuse et d'un pas triomphant, La vierge au roi farouche amenait l'humble enfant.

Baigné des larmes maternelles, On entendait en chœur, dans les cieux étoiles. Des anges, devant Dieu de leurs ailes voilés.

Chanter les lyres étemelles.

« Ne gémis plus, Jacob, sur la terre d'exil ;

Ne mêle plus tes pleurs aux flots impurs du Nil :

Le JourdaÎQ va t'ou^Tir ses rives.

Le jour enfin approche où vers les champs promis

Gessen verra s'enfuir, malgré leurs ennemis. Les tribus si longtemps captives.

« Sous les traits d'un, enfant délaissé sur les flots, C'est l'élu du Sina, c'est le roi des fléaux,

Qu'mie vierge sauve de l'onde.

Mortels, vous dont l'orgueil méconnaît l'Éternel, Fléchissez : un berceau va sauver Israël,

Un berceau doit sauver le monde 1 »

Février 1820.

LE DÉVOUEIMENT 205

ODE QUATRIÈME

In urbe omne mortalium genus vis pestilentioe depopulabatur, niilla cœli intempéries quœ occurreret oculis. Sed domus corporibus exanimis, itinera funeribus complebantur ; non sexus, non aetas periculo vacua.

Tacite.

Dans la ville, la peste dévorait tout ce qui meurt ; aucun nuage dans le ciel ne s'offrait aux yeux ; mais les maisons étaient pleines de corps sans vie, les voies de funérailles. Ni le sexe ni l'âge n'étaient exempts du péril.

Je rends grâce au Seigneur : il m*a donné la vie ! La vie est chère à l'homme, entre les dons du ciel ; Nous bénissons toujours le Dieu qui nous convie

Au banquet d'absinthe et de miel.

Un nœud de fleurs se mêle aux fers qui nous enlacent ;

Pour vieillir parmi ceux qui passent.

Tout homme est content de souffrir ; L'éclat du jour nous plaît ; l'air des cieux nous enivre. Je rends grâce au Seigneur : — c'est le bonheur de vivre

Qui fait la gloire de mourir !

Malheureux le mortel qui meurt, triste \nctime, Sans qu'un frère sauvé vive par son trépas, Sans refermer sur lui, comme un romain sublime.

Le gouffre où se perdent ses pas !

Infortuné le peuple, en proie à l'anathème,

Qui voit, se consumant lui-même,

2o6 ODES ET BALLADES

Périr son nom et son orgueil, Sans que toute la terre à sa chute s'incline, Sans qu'un beau souvenir reste sur sa ruine,

Comme un lambeau sur im cercueil !

Quand Dieu, las de forfaits, se lève en sa colère. Il suscite un fléau fonmidable aux cités. Qui laisse après sa fuite un effroi séculaire

Aux murs, longtemps inhabités.

D'un vil germe, ignoré des peuples en démence,

On géant pâle, un spectre immense

Sort et grandit au milieu d'eux ; Et la ville veut fuir, mais le monstre fidèle. Comme un horrible époux, la couvre de son aile,

Et l'étreint de ses bras hideux !

Le peuple en foule alors sous le mal qui fermente Tombe, ainsi qu'en nos champs la neige aux blancs flocons; Tout succombe, et partout la mort qui s'alimente

Renaît des cadavres féconds.

Le monstre l'une à l'autre enchaîne ses victimes ;

Il les traîne aux mêmes abîmes ;

Il se repaît de leurs lambeaux ; Et, parmi les bûchers, le deuil et les décombres, Les vivants sans abris, tels que d'impures ombres.

Errent loin des morts sans tombeaux.

Quand le cirque s'ouvrait, aux jours des funérailles, Tous les romains en paix, par leurs licteurs couverts. Voyaient de loin lutter les captifs des batailles,

Livrés aux tigres des déserts.

Ainsi dans leur effroi les nations s'assemblent ;

' Un long cri monte aux cieux qui tremblent.

Au loin de mers en mers porté.

Le monde armé, craignant l'hydre aux ailes rapides, Garde sous leur fléau ces mourants homicides.

Et les menace, épouvanté I

Alors n*est-il pas vrai, sybarites des villes,

Que les jeux sont plus doux, et les plaisirs meilleurs.

Lorsqu'un mal plus affreux que les haines civiles.

Sème en d'autres murs les douleurs ?

Loin des couches de feu qu'infecte un geniie immonde.

Qu'avec charme l'enfant du monde

Sur un lit parfumé s'endort !

Et qu'on savoure mieux l'air natal de la vie, Quand tout un peuple en deuil, qui pleure et nous envie.

Respire ailleui's un vent de mort !

Chacun reste absorbé dans un cercle éphémère. La mère embrasse en paix l'enfant qui lui sourit. Sans s'informer des lieux où le sein d'une mère

Est mortel au fils qu'il nourrit !

Quelque pitié vulgaire au fond des cœurs s'éveille,

Entre les fêtes de la veille

Et les fêtes du lendemain ; Car tels sont les humains, plaindre les importune. Ils passent à côté d'une grande infortune.

Sans s'aiTêter sur le chemin.

Quelques hommes pourtant, qu'un feu secret anime, Se lèvent de la foule, et chacun dans leurs yeux

2o8 ODES ET BALLADES

Cherche quel beau destm, quel avenir sublime

Rayonne sur leurs fronts joyeux. — Un triomphe éclatant peut-être les réclame ?

Quel espoir enivre leur âme ?

Quel bien ? quel trésor ? quel honneur ?... — Ainsi toujours, hélas ! dans ce monde stérile. Si la vertu paraît, à son aspect tranquille

Nous la prenons pour le bonheur !

O peuples ! ces mortels, qu'un Dieu guide et seconde, Vont d'un pas assuré, d'un regard radieux, Combattre le fléau devant qui fuit le monde :

Adressez-leur vos longs adieux.

Et vous, ô leurs parents, leurs épouses, leurs mères !

Contenez vos larmes amères ;

Laissez les victimes s'offrir ; Ne les poursuivez pas de plaintes téméraires ; Devaient-ils préférer aucun d'entre leurs frères

A ceux pour qui l'on peut mourir ?

Bientôt s'ouvre pour eux la cité solitaire. Mille spectres vivants les appellent en pleurs. Surpris qu'il soit encore im mortel sur la terre

Qui vienne au cri de leurs douleurs.

Ils parlent ; et déjà leur voix rassure et guide

Ces peuples qu'un fléau livide

Pousse au tombeau d'un bras de fer.

Et le monstre, attaqué dans les murs qu'il opprime. Frémit comme Satan, quand, sauveur et victime.

Un Dieu parut dans son enfer !

Ils contemplent de près l'hydre non assouvie. Pour ravir ses secrets résignés à leur sort, Leur art audacieux lai dispute la vie, Ou l'interroge dans la mort.

Quand leurs secours sont vains, leur prière console.

Le mourant croit à leur parole ^ Que le ciel ne peut démentir ; Et si le trépas même, enfin, frappe leur tête. De 1 apôtre serem l'humble voix ne s'arrête

Qu'au dernier souffle du martyr.

O mortels trop heureux ! qui pourrait vous atteindre Vous qui domptez la mort en affrontant ses coups ^ ' Lorsqu en vous admirant la foule ose vous plairdre

Je vous suis de mes pleurs jaloux.

Infortuné ! jamais, victime volontaire.

Je n'irai, pour sauver la terre.

Braver un fléau dévorant, Ni calmant par mes' soins ses douleurs meurtrières, Mêler ma plainte amie et mes saintes prières

Aux soupirs impurs d'un mourant !

Hélas ! ne puis-je aussi m'immoler pour mes frères ^ A est-Il plus d opprimés ? n'est-il plus de bourreaux ? bur quel noble echafaud, dans quels murs funéraire^

Chercher le trépas des héros ?

Oui, que brisant mon corps, la torture sanglante

Sur la croix, à ma soif brûlante

Offre le breuvage de fiel, i;ier et content. Seigneur, je dirai vos louantes • Car 1 ange du martyre est le plus beau des anges

Qm portent les âmes au ciel 1

Décembre 1821.

ODE CINQUIÈME

A L'ACADÉME DES JEUX FLORi\UX

At mihi jam puero cœlestia sacra placebant, Inque suum furtim musa trahebat opus.

Ovide.

Vous dont le poétique empire S'étend des bords du Rhône aux rives de l'Adour, Vous dont l'art tout-puissant n'est qu'un joyeux délire. Rois des combats du chant, rois des jeux de la lyre,

O maîtres du savoir d'amour !

Aussi belle qu'à sa naissance, Votre muse se rit des ans et des douleurs ; Le temps semble en passant respecter son enfance ; Et la gloire, à ses yeux se voilant d'innocence.

Cache ses lauriers sous des fleurs.

Salut ! — Enfant, j 'ai pour ma mère Cueilli quelques rameaux dans vos sacrés bosquets ; Yotre main s'est offerte à ma main téméraire ; Étranger, vous m'avez accueilli comme un frère.

Et fait asseoir dans vos banquets.

Parmi les juges de l'arène L'athlète fut admis, vainqueur bien faible encor. Jamais pourtant, errant sur les monts de Pyrène, Il n'avait réveillé de belle suzeraine

Aux sons hospitahers du cor.

D'une fée, aux lointaines sphères.

Jamais il n'avait dit les magiques jardins ;

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