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A L'ACADÉMIE DES JEUX FLORAUX

Ni le soir pour cliarmer des dames peu sévères Conte, près du foyer, les exploits des^rouvères iit les amours des paladins.

. D'autres, d'une voix immortelle Vous pemdront d'heureux jours en de joyeux accords

be souvient de ceux qui sont morts !

Avril 1822.

A M. DE CHATEAUBRIAND

ODE SIXIÈME

Va d'un pas ferme au Capitole !

Le Tasse. Ode.

Les circonstances ne forment pas les hommes ; elles les montrent : elles dévoilent, pour ainsi dire, la royauté du génie, dernière ressource des peuples éteints. Ces rois qui n'en ont pas le nom, mais qui régnent véritablement par la force du caractère et la grandeur des pensées, sont élus par les événements auxquels ils doivent commander. Sans ancêtres et sans postérité, seuls de leur race, leur mission remplie, ils disparaissent en laissant à l'avenir des ordres qu'il exécutera fidèlement.

F. DE La Mennais.

Malheur à l'enfant de la terre, Qui, dans ce monde injuste et vain, Porte en son âme solitaire Un rayon de l'esprit divin !

Malheur à lui ! l'impure envie S'acharne sur sa noble vie, Semblable au vautour éternel ; Et, de son triomphe irritée, Punit ce nouveau Prométhée D'avoir ravi le feu du ciel.

La gloire, fantôme céleste, Apparaît de loin à ses yeux ;

Il subit le pouvoir funeste De son sourire impérieux !

Ainsi l'oiseau, faible et timide, Veut en vain fuir l'hydre perfide Dont l'œil le charme et le poursuit ; Il voltige de cime en cime.

Puis il accourt, et meurt victime Du doux regard qui l'a séduit.

Ou, s'il voit luire enfin l'aurore Du jour, promis à ses efforts ; Vivant, si son front se décore Du laurier, qui croît pour les morts ; L'erreur, l'ignorance hautaine.

L'injure impunie et la haine Usent les jours de l'immortel.

Du malheur imposant exemple, La gloire l'admet dans son temple.

Pour l'immoler sur son autel.

Pourtant, fallût-il être en proie A l'injustice, à la douleur.

Qui n'accepterait avec joie Le génie, au prix du malheur ?

Quel mortel, sentant dans son âme S'éveiller la céleste flamme Que le temps ne saurait ternir.

Voudrait, redoutant sa victoire, Au sein d'un bonheur sans mémoire.

Fuir son triste et noble avenir ?

Chateaubriand, je t'en atteste, Toi qui, déplacé parmi nous.

Reçus du ciel le don funeste Qui blesse notre orgueil jaloux :

Quand ton nom doit survivre aux âges, Que t'importe, avec ses outrages, Â toi, géant, un peuple nain ?

Tout doit un tribut au génie.

Eux, ils n'ont que la calomnie ; Le serpent n'a que son venin.

Brave la haine empoisonnée ; Le nocher rit des flots mouvants.

Lorsque sa poupe couronnée Entre au port, à l'abri des vents.

Longtemps ignoré dans le m.onde, Ta nef a lutté contre l'onde Souvent prête à l'ensevelir ; Ainsi jadis le vieil Homère Errait inconnu sur la terre.

Qu'un jour son nom devait remplir.

Jeune encor, quand des mains du crime

La France en deuil reçut des fers.

Tu fuis ; le souffle qui t'anime

S'éveilla dans l'autre univers.

Contemplant ces vastes rivages,

Ces grands fleuves, ces bois sauvages,

Aux humains tu disais adieu ;

Car dans ces lieux que l'homme ignore

Du moins ses pas n'ont point encore

Elïacé les traces de Dieu.

Tu vins, dans un temps plus tranquille. Fouler cette terre des arts

Où croît le laurier de Virgile, Où tombent les murs des Césars.

Tu vis la Grèce humble et domptée :

Hélas ! il n'est plus de Tyrtée Chez ces peuples, jadis si grands ; Les grecs courbent leurs fronts ser\dles. Et le rocher des Thermopyles Porte les tours de leurs tyrans.

Ces cités, que vante l'histoire.

Pleurent leurs enfants aguerris ; Le vieux souvenir de leur gloire N'habite plus que leurs débris.

Les dieux ont fui : dans les prairies. Adieu les blajnches théories !

Plus de jeux, plus de saints concerts ! Adieu les fêtes fraternelles !

L'airain, qui gronde aux Dardanelles, Trouble seul les temples déserts.

Mais si la Grèce est sans prestiges, Tu savais des lieux solennels Où sont de plus sacrés vestiges.

Des monuments plus étemels, Une tombe pleine de vie, Et Jérusalem asservie Qu'un pacha foule sans remord.

Et le Bédouin, fils du Numide, Et Carthage, et la Pyramide, Tente immobile de la mort !

Enfin, au foyer de tes pères, Tu vins, rapportant pour trésor Tes maux aux rives étrangères.

Et les hautes leçons du sort.

2i6 ODES ET BALLADES

Tu déposas ta douce lyre :

Dès lors, la raison qui t'inspire Au sénat parla par ta voix ; Et la Liberté rassurée Confia sa cause sacrée A ton bras, défenseur des rois.

Dans cette arène où l'on t'admire.

Sois fier d'avoir tant combattu.

Honoré du double martyre Du génie et de la vertu.

Poursuis : remplis notre espérance ; Sers ton prince, éclaire la France, Dont les destins vont s'accomplir.

L'Anarchie, altière et servile.

Pâlit devant ton front tranquille Qu'un tyran n'a point fait pâlir.

Que l'envie, aux pervers unie.

Te poursuive de ses clameurs, Ton noble essor, fils du génie.

T'enlève à ces vaines rumeurs ; Tel l'oiseau du Cap des Tempêtes Voit les nuages sur nos têtes Rouler leurs flots séditieux ; Pour lui, loin des bruits de la terre. Bercé par son vol solitaire, Il va s'endormir dans les cieux.

Juillet 1820.

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