‹ Odes et balladesChapitre 5 sur 152 · LE POËTE DANS LES RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

LE POËTE DANS LES RÉVOLUTIONS

Dictus ob hoc lenire tigres, rabidosque leones. HoRAT. Ad Pisofies.

Mourir sans vider mon carquois !

Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange Ces bourreaux barbouilleurs de lois !

André Chéxier, lanibes.

« Le vent chasse loin des campagnes

Le gland tombé des rameaux verts ;

Chêne, il le bat sur les montagnes ;

Esquif, il le bat sur les mers.

Jeune homme, ainsi le sort nous presse.

Ne joins pas, dans ta folle ivresse,

Les maux du monde à tes malheurs ;

Gardons, coupables et victimes,

Nos remords pour nos propres crimes,

Nos pleurs pour nos propres douleurs. »>

Quoi ! mes chants sont-ils téméraires ? Faut-il donc, en ces jours d'effroi, Rester sourd aux cris de ses frères !

Ne souffrir jamais que pour soi 1

Non, le poëte sur la terre

Console, exilé volontaire,

Les tristes humains dans leurs fers ;

Parmi les peuples en délire.

Il s'élance, armé de sa lyre.

Comme Orphée au sein des enfers.

« Orphée aux peines étemelles Vint un moment ravir les morts ; Toi, sur les têtes criminelles, Tu chantes l'hymne du remords.

Insensé ! quel orgueil t'entraîne ?

De quel droit viens-tu dans l'arène Juger sans avoir combattu ?

Censeur échappé de l'enfance.

Laisse vieillir ton innocence, Avant de croire à ta vertu. »

Quand le crime, Python perfide.

Brave, im^puni, le frein des lois, La Muse devient l'Euménide, Apollon saisit son carquois.

Je cède au Dieu qui me rassure ; J'ignore à ma vie encor pure Quels maux le sort veut attacher ; Je suis sans orgueil mon étoile ; L'orage déchire la voile :

La voile sauve le nocher.

<« Les hommes vont aux précipices.

Tes chants ne les sauveront pas.

Avec eux, loin des cieux propices, Pourquoi donc égarer tes pas ?

Peux-tu, dès tes jeunes années.

Sans briser d'autres destinées.

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