‹ Odes et balladesChapitre 63 sur 152 · PAYSAGE · texte numérisé non relu

PAYSAGE

Ces magiques palais qui naissent sous le chaume, Dans les beaux contes de l'aïeul.

« Qu 'une tour en ruine au flanc de la montagne Pende, et jette son ombre aux flots d'un lac d'azur. Le soir, qu'un feu de pâtre, au fond de la campagne, Comme un ami dont l'œil de loin nous accompagne. Perce le crépuscule obscur.

« Quand, guidant sur le lac deux rames vagabondes. Le ciel, dans ce miroir, t'offrira ses tableaux. Qu'une molle nuée, en déroulant ses ondes. Montre à tes ^œux, baissés sur les vagues profondes. Des flots se jouant dans les flots.

« Que, visitant parfois une île solitaire Et des bords ombragés de feuillages mouvants. Tu puisses, savourant ton exil volontaire, En silence épier s'il est quelque m^ystère

Dans le bruit des eaux et des vents.

« Qu'à ton réveil joyeux, les chants des jeunes mères T'annoncent et l'enfance, et la vie, et le jour. Qu'un ruisseau passe auprès de tes fleurs éphémères. Comme entre les doux soins et les tendres chimères Passent l'espérance et l'amour.

« Qu'il soit dans la contrée un souvenir fidèle De quelque bon seigneur, de hauteur dépourvu. Ami de l'indigence et toujours aimé d'elle ; Et que chaque vieillard le citant pour modèle. Dise : Vous ne l'avez pas vu !

« Loin du monde surtout mon culte te réclame.

Sois le prophète ardent, qui vit le ciel ouvert.

Dont l'œil, au sein des nuits, brillait comme ime flamme.

Et qui, de l'esprit saint ayant rempli son âme. Allait, parlant dans le désert ! t>

Tu le disais, ô Muse ! Et la cité bruyante Autour de moi pourtant mêle ses mille voix, Muse ! et je ne fuis pas la sphère tournoyante Où le sort, agitant la foule imprévoyante, Meut tant de destins à la fois !

C'est que, pour m' amener au terme où tout aspire. Il m'est venu du ciel un guide au front joyeux ; Pour moi, l'air le plus pur est l'air qu'elle respire ; Je vois tous mes bonheurs, Muse, dans son sourire, Et tous mes rêves dans ses yeux !

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