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UNE FÉE

Elle apparaît... comme ces figures dont le poëte voit les yeux étinceler à travers le feuillage sombre, quand, dans sa promenade du soir, il rêve de l'amour et du ciel. ^^^ Mogre. Amours des Anges.

... La reine Mab m'a visité. C'est elle Qui fait dans le sommeil veiller l'âme immortelle. Emile Deschamps. Roméo et Juliette i.

Que ce soit Urgèle ou Morgane, J'aime, en un rêve sans effroi.

Qu'une fée, au corps diaphane.

Ainsi qu'une fleur qui se fane.

Vienne pencher son front sur moi.

C'est elle dont le luth d'ivoire Me redit, sur un mâle accord.

Vos contes, qu'on n'oserait croire.

Bons paladins, si votre histoire N'était plus merveilleuse en cor.

C'est elle, aux choses qu'on révère Qui m'ordonne de m'allier.

Et qui veut que ma main sévère Joigne la harpe du trouvère Au gantelet du chevalier.

1 En 1828, cette épigraphe a remplacé celle de l'éditioa originale, Nouvelles Odes, 1824.

3i6 ODES ET BALLADES

Dans le désert qui me réclame, Cachée en tout ce que je vois, C'est elle qui fait, pour mon âme.

De chaque rayon une flamme, Et de chaque bruit une voix ;

Elle, — qui dans l'onde agitée Murmure en sortant du rocher.

Et, de me plaire tourmentée.

Suspend la cigogne argentée Au faite aigu du noir clocher ;

Quand, l'hiver, mon foyer pétille.

C'est elle qui vient s'y tapir.

Et me montre, au ciel qui scintille.

L'étoile qui s'éteint et brille.

Comme un œil prêt à s'assoupir ;

Qui, lorsqu'en des manoirs sauvages J'erre, cherchant nos vieux berceaux, M'environnant de mille images.

Comme un biiiit du torrent des âges Fait mugir l'air sous les arceaux ;

Elle, — qui, la nuit, quand je veille. M'apporte de confus abois.

Et, pour endormir mon oreille.

Dans le calme du soir, éveille Un cor lointain au fond des bois.

Que ce soit Urgèle ou Morgane, J'aime, en un rêve sans effroi.

Qu'une fée, au corps diaphane.

Ainsi qu'une fleur qui se fane.

Vienne pencher son front sur moi !

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