‹ Odes et balladesChapitre 81 sur 152 · A TRILBY, LE LUTIN D'ARGAIL · texte numérisé non relu

A TRILBY, LE LUTIN D'ARGAIL

A vous, ombre légère, Qui d'aile passagère Par le monde volez, Et d'un sifflant murmure L'ombrageuse verdure Doucement esbranlez,

J'oSre ces violettes, Ces lys et ces fleurettes, Et ces roses ici, Ces vermeillettes roses, Tout fraischement escloses Et ces œillets aussi.

Vieille chanson.

C'est toi, lutin ! — Qui t'amène ?

Sur ce rayon du couchant

Es-tu venu ? Ton haleine

Me caresse en me touchant !

A mes yeux tu te révèles.

Tu m'inondes d'étincelles î

Et tes frémissantes ailes

Ont un bruit doux comme un chant !

Ta voix, de soupirs mêlée, M'apporte un accent connu.

Dans ma cellule isolée.

Beau Trilby, sois bienvenu !

Ma demeure hospitalière N'a point d'humble batelière Dont ta bouche familière Baise le sein demi-nu !

Viens-tu, dans l'âtre perfide, Chercher mon Follet qui fuit.

Et ma Fée, et ma Sylphide, Qui me visitent sans bruit.

Et m'apportent, empressées.

Sur leurs ailes nuancées.

Le jour de douces pensées.

Et de doux rêves la nuit ?

Viens-tu pas voir mes Ondines Ceintes d'algue et de glaïeul ? Mes Nains, dont les voix badines N'osent parler qu'à moi seul ?

Viens- tu réveiller mes Gnomes ?

Poursuivre en l'air les atomes.

Et lutiner mes Fantômes En jouant dans leur linceul ?

Hélas ! fuis !... Ces lieux que j'aime N'ont plus ces hôtes chéris !

Des cruels à l'anathème Ont livré tous mes Esprits !

Mon Ondine est étouffée ; Et, comme un double trophée, Leurs mains ont cloué ma Fée Près de ma Chauve-Souris !

Mes spectres, mes Nains si frêles.

Quand leur courroux gronde encor, N'osent plus sur les tourelles S'appeler au son du cor ; Ma cour magique, en alarmes, A fui leurs pesantes armes ; Ils ont de mon Sylphe en larmes Arraché les ailes d'or !

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