ODE II. LA VENDÉE
Page 53.
Autour du froid tombeau d'une épouse ou d'un frère. Qui de nous n'a mené le deuil ?
« Quel français ignore aujourd'hui les cantiques funèbres ? Qui de nous n'a mené le deuil autour d'un tombeau, n'a fait retentir le cri des funérailles ? »
Chateaubriand. Les Martyrs.
{Le Conservateur littéraire, 1820.)
Page 53.
Elle a dit : < En ces temps la France eut des victimes ; Mais la Vendée eut des mart>Ts ! »
Allusion à la belle Notice sur la Vendée, publiée dans le Conservateur^ , en 1819, par M. de Chateaubriand. C'est dans l'émotion de cette lecture que l'ode fut composée, et pubhée d'abord^ sous ce titre emphatique et vague : les Destins de la Vendée. {Édition de 1828.)
1 Le Conservateur (politique) de Chateaubriand. " Dans le Conservateur littéraire.
Page 55. Ceux-là promèneront des os sans sépulture,
Et cacheront leurs morts sous une terre obscure. Pour les dérober aux vivants.
La noble veuve de Lescure emporta le corps de son mari dans sa voiture, et on l'enterra dans un coin obscur, pour le soustraire aux outrages et à l'exhumation. {Éditiofî originale. Plaquette, 1819.)
Page 56.
Grand Dieu ! Si toutefois, après ces jours d'ivresse...
Cette strophe et la suivante renferment, sur des actes du ministère d'alors envers les vendéens, des allusions devenues obscures aujourd'hui, et qui, en 18 19, n'étaient peut-être que trop claires pour le repos de l'auteur. Au reste, s'il ne les explique pas ici, c'est qu'il n'y a plus de danger à le faire, et que d'ailleurs ces passages sont trop empreints de colère de parti. {Édition de 1828.)
ODE III. — LES VIERGES DE VERDUN Page 58.
Henriette, Hélène et Agathe Watrin, filles d'un officier supérieur. Barbe Henri, Sophie Tabouillot, et plusieurs autres jeunes filles de Verdun, furent traduites dev'ant le tribunal révolutionnaire, comme coupables d'avoir présenté des fleurs aux prussiens, lors de leur entrée en cette ville. Les trois premières, qui seules font le sujet de cette ode, étaient accusées, en outre, d'avoir distribué de l'argent et des secours aux émigrés. Une loi punissait de mort ce singulier genre de délit. Fouquicr- Tinville, charmé de la beauté des trois jeunes filles, leur fit insinuer qu'il tairait cette dernière partie de l'accusation, si elles voulaient écouter des propositions injurieuses à leur honneur. Elles refusèrent, furent condamnées, et traînées à la mort, avec \ingt-neuf habitants de Verdun. La plus âgée de ces trois sœurs avait dix-sept ans.
Barbe Henri, Sophie Tabouillot et leurs compagnes, parmi lesquelles se trouvaient des enfants de treize à quatorze ans, furent condamnées au carcan et à vingt
ans de détention à la Salpêtrière. Le Directoire leur rendit la liberté. [Edition originale, 1822.)
Page 59. C'est Tinville : on le voit, au nom de la patrie, Convier aux forfaits cette horde flétrie D'assassins, juges à leur tour ; Le besoin du sang le tourmente ; Et sa voix homicide à la hache fumante Désigne les têtes du jour.
Fouquier-Tin ville, accusateur public, réunissait à cette horrible fonction le privilège non moins horrible de marquer les soixante ou quatre\'ingts têtes qui devaient tomber chaque jour à Paris. [Édition originale, 1822.)
Page 60.
Que faisaient nos guerriers?... Leiu: vaillance trompée Prêtait au vil couteau le secours de l'épée ; Ils sauvaient ces bourreaux qui souillaient leurs combats. Hélas ! un même jour, jour d'opprobre et de gloire, Voyait Moreau monter au char de la victoire, Et son père au char du trépas !
Moreau enlevait à des ennemis supérieurs en nombre l'île Cazan et le fort de l'Écluse le jour où son vieux père marchait à l'échafaud. [Édition originale, 1822.)
Page 60. Verdun se revêtit de sa robe de fête,
Et, libre de ses fers, vint offrir sa conquête Au monarque vengeur des rois,
Verdun brûlait d'ou\Tir ses portes au roi de Prusse. L'intrépide commandant résista durant trois jours aux instances des habitants et aux menaces de Frédéric- Guillaume. Forcé enfin de capituler, il se brûla la cervelle. Ce brave se nommait Beaurepaire. L'honneur français ne s'est jamais démenti dans les camps. [Éditior originale, 1822.)
Page 62. Charlotte, autre Judith, qui vous vengea d'avance.
L'année précédente, Charlotte Corday avait tué Marat, l'un des représentants qui contribuèrent le plus puissamment à faire adopter la loi contre ceux qui secouraient les émigrés. [Edition originale, 1822.)
Page 62.
Et Sombreuil, qui trahit par ses pâleurs soudaines Le sang glacé des morts circulant dans ses veines.
M"^ de Sombreuil acheta le bonheur de sau\ier son père en buvant un verre de sang. Longtemps après encore, on l'a vue pâlir et tressaillir au seul souvenir de cet horrible et sublime effort, qui détruisit sa santé et la laissa,^ pour sa vie, sujette à de douloureuses convulsions . {Édition originale , 1822.)