‹ Odes funambulesques, suivies d'un commentaireChapitre 14 sur 40 · Scène III · texte numérisé non relu

Scène III

LE 'BOVTIGEOIS, TIETlTiOT, LE LVTIt^C'

Le Lutin.

Moi? Je suis le Lutin des Folies

Nouvelles! me voilà ! tâchons de vivre encor !

Voj'ez mes grands cheveux faits de lumière et d'or !

Et mes yeux ! des tisons d'enfer ! Voyez mes lèvres

Où l'amour et la lyre ont mis toutes leurs fièvres !

Mes joyaux! mes habits où ruissellent des fleurs !

Pleurez-vous, cher monsieur? je viens sécher les pleurs !

Ecoutez mes chansons de danseuse bohème !

Et, surtout, aimez-moi d'abord : je veux qu'on m'aime !

Laissez-moi folâtrer, bacchante, avec mes sœurs,

Et je vous verserai ce vin, cher aux penseurs

Saintement couronnés de raisins et de lierre.

Dont s'enivrait Lesage et que goûtait Molière !

C'est une idée, dit Pierrot, Et il va chercher au fond du théâtre une table sur laquelle sont placés un broc et des verres.

ODES FVNAMBVLESQ.VE!

Le Bourgeois.

Buvons-en! buvons-en beaucoup!

Le Lutitlj élevant son verre plein de vin.

A ta santé, O bourgeois, cher public, d'un sourire enchanté ! Toi qui de me comprendre es encore seul digne! Toi qui rêves, poète, accoudé sous ma vigne ! Préfère mes rosiers à la blancheur des lys ! J'ai réjoui ton père et je berce ton fils ! Aime-moi chancelante, et pourtant sérieuse ! Je suis la Farce antique, immortelle et joyeuse! Et tous mes serviteurs furent tes échansons. Trinquons! Au vin de France!

Le Bourgeois.

Au franc rire !

Le Lutin.

Aux chansons

Elle chante, en ten 'ant son verre à Pierrot, qui lui verse du vin.

ODES FVNAMBVLESQ^VES.

CHANSON

Au fond du vin se cache une âme !

Pierrot, dans le cristal vermeil Verse-moi la liqueur de flamme :

C'est le printemps, c'est le soleil !

Elle enivre notre souffrance Sur cette terre oii nous passons !

Amis ! vivent les vins de France Et le délire des chansons !

Avec leur parure choisie, Avec leurs beaux fronts empourprés, La Musique et la Poésie Sortiront de ces flots sacrés.

La Joie et la blonde Espérance Les versent à leurs nourrissons !

Amis ! vivent les vins de France Et le délire des chansons !

ODES FVNAMBVtESQ.VES. IZj

Après le premier covplet ; le Bourgeois transporté a tendu son verre à Pierrot; mais celui-ci, trop occupé à écouter, a oublié d'y rien verser. Après le second couplet, le Bourgeois tend encore son verre. Cette fois Pierrot le remplit de vin avec empressement ; mais, dans son enthousiasme, il le vide lui-même, au grand désappointement du Bourgeois.

Le Bourgeois, au Lutin.

Lutin, je vous adore !

A Pierrot.

Allons, je suis fou d'elle !

Cherchant à rassembler ses souvenirs, au Lutin.

Pourtant, si ma mémoire est encore fidèle.

Vous n'aviez pas jadis cet habit provocant !

le vous voyais, c'était... non, je ne sais plus quand.

Dans de grands corridors, mais longs de plusieurs aunes !

Votre robe était verte, avec des rubans jaunes !

Et puis vos matelas n'étaient pas bien cardés! ^

Le Lutin j souriant.

Ah! ma mère! la salle ancienne! Regardez.

On voit entrer une grande femme, dont le costume de Folie, vert et jaune, rappelle l'ancienne décoration des Fokes-Conccrtantes.

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