ODES F VN AM BVLESQ^VES
Tel, je polissais, cher Henri, Des vers que vous aimez à lire, Depuis le jour oii m'a souri Le chœur des joueuses de lyre.
J'ai voulu des amours constants Et, sans me ranger à la mode, J'ai chéri les cris éclatants Et les belles fureurs de l'Ode.
Quand, tout jeune, j'allais rêvant Avec ma libre et fière allure.
Ce fut le caprice du vent Qui me peignait la chevelure.
C'est au fond du détroit d'Hellé Que j'ai voulu chercher mes rentes. Et je n'ai jamais plus filé Qu'un lys au bord des eaux courantes.
ODES FVNAMBVLESQ^VES. 23 J
Mais parfois, lorsque, triomphant, J'enfourchai mes hardis Pégases, Tombaient de mes lèvres d'enfant Les diamants et les topazes.
J'ai touché les crins des soleils Dans les infinis grandioses, Et j'ai trouvé des mots vermeils Qui peignent la couleur des roses.
Je vins, chanteur mélodieux, Et j'ouvris ma lèvre enchantée.
Et sur les épaules des Dieux J'ai remis la pourpre insultée.
Un instant, le long du chemin Où des fous m'en ont fait un crime, J'ai tenu bien haut dans ma main Le glaive éclatant de la Rime.
2 3+ ODES FVN AM B VLF, SQ V ES.
Sans repos je me suis voué Au destin d'embraser lésâmes :
Peut-être ai-je encore secoué Trop peu de rayons et de flammes ,
Qu'un plus grand fasse encore un pas.
Chercheur de la lumière blonde!
Ami, je ne suis même pas La plus belle fille du monde.
Juin i8s8.
ODES FVN AMBVIESÇJ^VES. £35
A un ami
pour lui reclamer le prix d'un travail littéraire.
JVlon ami, n'allez pas surtout vous soucier De la lettre qu'on vous apporte ;
Ce n'est qu'une facture, et c'est un créancier Qui vient de sonner à la porte.
Parcourant sans repos, dernier des voyageurs,
Les Hélicons et les Permesses, Pour payer mes wagons, j'ai dû chez les changeurs
Escompter l'or de vos promesses.
23<5 ODES FVN AMBVLESQVES.
Vérité sans envers, que l'on nierait en vain, Car elle est des plus apparentes.
L'artiste ne peut guère, avec son luth divin. Réaliser assez de rentes.
Ainsi que la marmotte, il se sent mal au doigt A force de porter sa chaîne :
Toujours il a mangé le matin ce qu'il doit Toucher la semaine prochaine.
A moins qu'il soit chasseur de dots, et fait au tour, Dieu sait quelle intrigue il étale
Pour ne pas déjeuner, plus souvent qu'à son tour. Au restaurant de feu Tantale !
Moi qui n'ai pas les traits de Bacchos, je ne puis Compter sur ma beauté physique.
Je suis comme la Nymphe auguste dans son puits ; Je n'ai que ma boîte à musique !
ODES FVN AMB VLESQ^VES. 237
Ainsi, )'ai beau nommer l'Amour « my dear child», Etre un Cjtus en nos escrimes,
Et taire encor pâlir le luxe de Rothschild Par la richesse de mes rimes,
Je ne saurais avec tous ces vers que paiera Buloz, s'il survit aux bagarres,
D'avance entretenir des filles d'Opéra, Ni même acheter des cigares.
Oui, moi que l'univers prendrait pour un richard, Tant Je prodigue les tons roses,
Je suis, pour parler net, semblable à Cabochard, Je manque de diverses choses.
Le cabaret prétend que Crédit est noyé, Et, si ce n'est chez les Osages,
Je m'aperçois enfin que l'argent monnoy^i S'applique à différents usages.
Je sais bien que toujours les cygnes aux doux chants.
Près des Lédas archiduchesses, Ont fait de jolis mots sur les filles des champs
Et sur le mépris des richesses ;
Monsieur Scribe lui-même enseigne qu'un trésor Cause mille angoisses amères ;
Mais je suis intrépide : envo)'ez-moi de l'or. Je n'ai souci que des chimères !
Mars 1856.
ODES FVNAMBVLESQ VES. 239
Villanelle de Buloz,
J'ai perdu mon Limayrac; Ce coup-là me bouleverse.
Je veux me vêtir d'un sac.
Il va mener, en cornac, La Galette du Commerce.
J'ai perdu mon Limayrac.
Mon Limayrac sur Balzac Savait seul pleuvoir à verse.
Je veux me vêtir d'un sac.
Pour ses bons mots d'almanach On tombait à la renverse.
J'ai perdu mon Limayrac.
24O ODES FVNAMBVLESQ^VES.
Sans son habile micmac, Sainte-Beuve tergiverse.
Je veux me vêtir d'un sac.
Il a pris son havresac, Et j'ai pris la fièvre tierce.
J'ai perdu mon Limayrac.
Depuis ce jour je m'exerce.
Je veux me vêtir d'un sac.
Pleurons, et vous de cognac Mettez une pièce en perce !
J'ai perdu mon Limayrac, Je veux me vêtir d'un sac!
Octobre 1845.
ODES FVNAMBVLESQ^VES, 24I
Écrit
SUR Ur; EXEMPLAIRE DES ODELETTES
V^and j'ai fait ceci, Moi que nul souci
Ne ronge, La fièvre de l'or Nous tenait encor :
J'y songe !
Comme les romans
Que fonde Le joyeux About, Elle avait pris tout Le monde !
2+2 ODES FVNAMBVLESQ^VES.
Vous rappelez-vous Les efforts jaloux,
Les brigues, Les peurs, les succès ?
Le combat eut ses
Rodrigues !
Oh ! qu'il fut ardent, Hélas ! Moi pendant
La lutte Et son bruit d'enfer.
J'essayais un air
De flûte !
Juin 1858.
ODES FVN AMBVLESQ^VES. 24J
Couplet
«UR l'air des hirondelles, de FÉLICIEN DAVID
Acteurs chez qui Mérope Hurle comme un beffroi, Pour enchanter l'Europe, Jouez Le Misanthrope Sans Geffroy !
Août 1847.
sfjÇ
!4+ ODES FVNAMBVLESCLVES.
Villanelle