CHOEUR DE FEMMES SUR LA SCENE
« Toi que V oiseau t.. .
Et
ma blonde Évohé, ma muse au chant de cygne, Regarde ce qu'ils font de ce théâtre insigne. pudeur! autrefois, dans ces décors vivants Où l'œil voyait courir le souffle ailé des vents, L'eau coulait en ruisseaux dans les conques de marbre, Et le doigt du zéphyr pliait les feuilles d'arbre. L'orchestre frémissant envoyait à la fois Son harmonie à Tair comme une seule voi]^ ; Tout le corps de ballet marchait comme une armée : Les déesses du chant, troupe jeûna et charmée. Belles comme Ophélie et comme Alaciel, Avaient dans le gosier tous les oiseaux du ciel ; La danse laissait voir tous les trésors de Flore Sohs les plis des maillots, vermeils comme l'aurore; C'était la vive Elssler, ce volcan adouci,
Lucile et Garlotta, celle qui marche aussi
Avec ses pieds charmants, armés d'ailes hautaines.
Sur la cime des blés et l'azur des fontaines.
L'audace d'une femme, arrêtant ce concours, Â remis une bande au bas des jupons courts Et plongé les ténors au sein de la banlieue.
Cruelle Ëris, déesse à chevelure bleue, Déesse au dard sanglant, déesse au fouet vaiqueur. Change mon encre en fiel ; mets autour de mon cœur | L'armure adamantine, et dans mon front évoque, Mètre de clous armé, riambe d'Archiloque !
l'ïambe est de saison, l'ïambe et sa fureur, JPour peindre dignement ces spectacles d'horreur M les sombres détails de ce cloaque immense.
Vous, mesdames, prenez vos flacons, je commence.
Un fantOme d'Habneck, honteux de son déchet.
Agite tristement un fantôme d'archet; L'harmonieux vieillard est quinteux et morose : II est devenu gai comme Louis Monrose.
Ses violons fameux que l'on voyait, dit-on, I^leîns d'une ardeur si noble, obéir au bâton, I-*a.rehet morne à présent et la corde lâchée, Sexnblent se conformer à sa mine fâchée ; ^^ tout l'orchestre, avec ses cuivres en chaudrons, -^iiisi qu'un vieu}ç banquier poursuivant les tendrons,
Ou qu'un vers enjaiobant de césure en césure, Lui-même se poursuit de mesure en mesure.
La musique sauvage et le drôle de cor Qui guide au premier mai la famille Boufliôr; Chez notre Deburau, les trois vieillards épiques Qui font grincer des airs pointus comme des piques; Le concert souterrain des aveugles; enfin L'antique piano qui grogne à Séraphin Et l'orchestre des chiens qu'on montre dans les foires, ' Auprès de celui-là charment leurs auditoires. Mais si rempli qu'il soit de grincements de dents, Quels que soient les canards qui barbotent dedans. Si féroce qu'il semble à toute oreijile tetidre^ Il vaut mieux que le chant qu'il empêche d'entendre.
Les choristes, rangés en affreux bataillons, Marchent ad libitum en traînant des haillons ; Les femmes, effrayant le dandy qu'elles visent. Chantent faux dès vers faux; même, elles improvisent I ruines ! leur dents croulent oonmie un vieux mor, Et ces divinités, toutes d'un âge mûr.
Dont la plus séduisante est horriblement laide. Font rêver par leurs os aux dagues de Tolède.
ODES ti'bNAMBULËèQtJËS. lél
Lenrs jupons étidëè màrëhëilt 9 pâiids Mâé^ffSti^^ Et leur yisà^ê blèti, pereé âë i&illé irbûis^ 3'étale avec orgiiâil èdnnàë tltlè vieille dble. Les homities 6otit plias laldè étiôof ^ di ô'ëst po^àiSIè . rriste fin t si l'on sdtigé^ eti tôjr&iit ôés dbjëts, 3ue ce chcëUr endiirci tàut lés j^rëmiérs sujets! Plus de ténbfè I hètxt éi deliiandë tin ^dàtàplà^më, Strtit, lë fônieut ut, tombe dàfa^ le marasiiië. In Yàin Pillëi trëmblaût envoya âés 2èlës Parcourir riWUë àVéë leurs pieds àilêà; ^n train ilà 6nt fetiilfê Rome, tlllë pâpalè,
faple, où sôHS rorà&ger des fêmmës atl frotit pftle
tonnent des rendez-tëtis aux JëUiiêô càtàliéf s^
\ courtisane àVëô des Jpâlais en ëoliiét*s,
enise, où lord B^fëti^ d«d* feîs VainQ^ëùr des ondês^
oussait scm noir ëdtir^iër lë lon|f des vâgùéô btbildës^
t Florence^ où VÂfnb^ parMi ses flots trëMbUnts,
êle Tazur du ciil âvee les marbrés blancs;
isqù'att ifblfë éfichântenr qn'un paradis limité^
nt ne veut plus lutter^ le ténor est M niifthé^
Seul, 6 Dùpref:t toujours plus grftnd^ toâjbUrs VAlâquéur,
mjours Iflnsaât au ci^l toâ ehadt (|Ul #i| .du èndir,
m ODES FUNAMBULESQUES.
Fièrement appuyé snr ta large méthode
Qui reste, comme l'art, au-dessus de la mode,
Duprez ! ô Robert i Arnold I Éléazar !
En voyant les cailloux qu'on met devant ton char,
Et les rivaux honteux que la haine te donne
Lorsque ta voix sublime à la fin t'abandonne.
Toujours maître de toi, tu luttes en héros.
Toujours roi, toujours fort, tandis que tes bourreaux
Inventent vingt ténors devant qui l'on s'incline,
Et qui durent un an, comme la crinoline.
Ah t du moins nous avons la Danse, un art divin I Et l'homme le plus fait pour être un écrivain. Célébrât-il Louis et portât-il perruque, ' Fût-il Caton, fut-il Boileau, fût-il eunuque. Ne pourrait découvrir l'ombre d'un iota
Pour défendre à ses vers d'admirer Carlotta. Son corps souple et nerveux a de suaves lignes ; Vive comme le vent, douce comme les cygnes.
L'aile d'un jeune oiseau soutient ses pjieds channants, Ses yeux ont des reflets comme des diamants.
Ses lèvres à l'Éden auraient sçrvi de portes; Le jardin de Ronsard, de Belleau, de Desportes,
ODES FlINAMBULESQUES. 105
vant Gypre et Ghloris toujours extasiés,
pour les embellir, donné tous ses rosiers.
le va dans l'azur, laissant flotter ses voiles,
induire en souriant la danse des étoiles, \
>ursuivre les oiseaux et prendre les rayons ; j
, par les belles nuits, d'en bas nous la voyons, -i
ms les plaines du ciel d'ombre diminuées, ^
uer entrelacée à «es sœurs les nuées, ^
ivrir son éventail et se mirer dans l'eau.
Qu'auriez-vous pu trouver à retire, ô Boileau?
le chose bien simple, hélas! La jalousie
us cache tout jce luxe et cette poésie,
môme qu'autrefois, par un crime impuni, s mômes envieux cachaient Taglioni, t autre ange éharmant iêÉ cieux imaginaires, mbre JunonI Les Dieux ont-ils donc des colères? \imez-vous les décors? On n'en met nulle part, s vieux servent toujours, percés de part en part, 5 par la main du Temps noircis comme des forges,
pendent en lambeaux comme de vieilles gorges, s arbres sont orange, et dans Guillaume Tell,
montagne est percée à jour comme un tunnel.
Le temple de Robert, ses colonnes en loques, S'agite aux quatre vents comme des pendeloques, Et le couvent a Tair de s'être biefn battu.
Dans La Muette enfin, mirabile dictu !
L'éruption se fait avec du papier rouge Derrière lequel, brille un lampion qui bouge. Le machiniste, un sage, ennemi des succès, Imite à tour de bras le Théâtre-Français.
Les travestissements, les chang^oients à vue^ Les transformations sont comme une revue De la garde civique : on les tnanque toujours. Les Français, l'Odéon, sont les seules amours Du machiniste en chef; il a cette coutume
D'étrangler les acteurs en tirant leur costume. Quelques-uns sont vivants ; s'ils en ont réchappé* C'est que le machiniste une fois s'est trompé. Et rêvait à'Abufar, qu'il voit chaque dimanche. C'est un homme d'esprit qui prendra sa revanche. Enfin on voit maigrir, comme corps de ballet, Des marcheuses, des rats^ peuple jeune et fort laid^ Qui n'ont jamais dansé qu'à la Grande-Chartrease, Et qui, réjouissant de leur maigreur afi-euse
Les lions estompés au cosmétique noir,
Prennent des rendez- vous pour le souper du soir.
Nous qui ne sommes pas danseurs, prenons la fuite. Allons souper, aussi, mon cœur, mais tout de suite, £t tâcboQs d'ou])Uer en buvant de bons vins, Cet hospice famaux, rival des Quinze-^ Vingts.
t>écembre 1845.