‹ Odes funambulesques (volume 2)Chapitre 17 sur 63 · L'AMOUR A PARIS · texte numérisé non relu

L'AMOUR A PARIS

Fille du grand Daumier ou du sublime Cham, oi qui portes du reps et du madapolam,

^ Muse de Paris I toi par qui Ton admire •es peignoirs érudits qui naissent chez Palmyre, oi pour qui notre siècle inventa les corsets ^ la minute^ amour du puff et du succès I oi qui chez la comtesse et chez la chambrière

iOé . ODES FUNAMBULESQUES.

Colportes Marivaux retouché par Barrière,

Précieuse Évohé I chante, après Gavarni,

L'amour et la constance en brodequin verni.

Dans ces pays lointains situés à dix lieues,

Où l'Oise dans la Seine épanche ses eaux bleues,

Parmi ces Saharas récemment découverts,

Quand l'indigène ému voit passer dans nos vers Ces mots déjà caducs : rat^ grisette ou lorette. Il se sent vivre, un charme impérieux l'arrête, Et, l'œil dans le ciel bleu, ce naturel naïf Évacue un sonnet imité de Baïf .

Il voit dans le verger qu'il eut en patrimoine Tourbillonner en chœur les cauchemars d'Antoine; ^

Le voilà frémissant et rouge comme un coq ; ^ Il rêve, il doute, il songQ, et tout son Paul de Kock Lui revient en mémoire, et, pendant trois semaines, ^-^^^ Fait partir à ses yeux des chandelles romaines Et dans son cœur troublé met tout en désarroi, Comme un feu d'artifice à la fête du roi.

i;^ grisette! Il revoit la petite fenêtre.

Les rayons souriants du jour qui vient de naître, A leur premier réveil, comme un cadre enchanteur

ODES FUNAMBULES(HJES. 109

Dorent les liserons et les pois de senteur.

Une tête charmante, un ange, une vignette De ce gai reposoir agace la lorgnette.

En voyant de la rue un rire triomphant Ouvrir des dents de perle, on dirait qu'un enfant Ou quelque sylphe, épris de leurs touffes écloses, A fait choir, en jouant, du lait parmi les roses.

Elle va se lacer en chantant sa chanson, Lisette ou LAndalouse ou bien Mimi Pinson, Puis tendre son bas blanc sur sa jambe plus blanche; Les plis du frais jupon vont embrasser sa hanche Et cacher cent trésors, et du cachot de grès La naïade aux yeux bleus glissera sans regrets Sur sa folle poitrine et sur son col, que baigne Un doux or délivré des morsures du peigne.

Ce poème fini, dans un grossier réseau Elle va becqueter son déjeuner d'oiseau, Puis, son ouvrage en main, sur sa chaise de paille, La folle va laisser, tandis qu'elle travaille, L'aiguille aux dents d'acier mordre ses petits doigts; Et, comme un frais méandre égaré dans les bois, Elle entrelacera, modeste poésie,

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