DE LA PREMIÈRE ÉDITION
£h quoi ! s'écria-t-il, ce pont n'était-îl donc pas assez beaa lorsqu'il paraissait avoir été construit en jaspe? Ne doiton pas craindre d'y poser les pieds, maintenant qu'il nous apparaît comme nn charmant et précieox assemblage d'émeraudes , de chrysoprases et de chxysolithes ?
GOETHK , L^ Homme à la Lampe,
Les Éditeurs des Odes funambulesques ont-ils eu
raison de rassembler en un volume ces feuilles volantes
?Qe le poëte avait abandonnées comme un jouet pour la
^création des premières brises? Voilà assurément des
^'^ntaisies plus que frivoles; elles ne changeront en rien
^^ face de la société, et elles ne se font même pas excu-
ser^ comme d'autres poëmes de ce temps ^ par le génie. \, Bien plus^ la borne idéale qui marque les limites du bon goût y est à chaque instant franchie^ et^ comme le remarque judicieusement M. Pônsard dans un vers qui survivrait à ses œuvres, si ses œuvres elles-mêmes ne devaient demeurer immortelles :
Quand la borne est franchie, il n'est plus de limite.
Plus de limites, en effet, c'est le pays des fleuves aurifères, des neiges éternelles, des forêts de fleurs. Voici rhéliante, l'asclépias, la mauve écarlate, la mousse blanche d'Espagne , les oiseaux-mouches , les troupeaux de buffalos et d'antilopes. Dans ces prairies ondulées, dans ces océans de verdure , habités aussi par des dindons, parcourus en tous sens par des Indiens coloriés d'une manière bizarre, notre homme, vêtu d'une bonne blouse de peau de daim et chaussé de mocassins aux semelles épaisses, chasse aux chevelures. Pourquoi la prairie parisienne n'aurait-elle pas son IJenri Haller et son capitaine Mayne-Reid? îl y a bipn la question du sang humain; rassurez- vous, ^oqtefois : 4^ns le grand désert dont la Banque dp France et 1^ I^ionnaie spqt les
086i$> tout le monde est ch^uye, et oe seront des perruqueç geplement que Tennepi de Navajoes en frac suspendra h ^ ceinture. La balle de son rifle ne tuera que des mannequins à épouvanter }es ojseaux. S'il reste mime de ces mannequins-là! car les oiseaux sont devepus très-malins. Ils ont li^ les chasses de M. Elzéar Çl^ze et celles de M. Viardot. Us ont lu par la même occasion d'autres ehassep et aussi quelques recueils d'ana; si par has^d on les en priait bien fort, ils feraient leurs Échos de Paris et leur Courrier d^ Paris tout comme M. Edmond Texier ou IVf . Villemot.
((D'autres temps, d'autres oiseaux! d'autres oiseaux^ fl d'autres chansons! » murmure le divin Henri HeîQe^ et il ajoute :
« Quel piaillement! on dirait des oies qui ont sauvé le « Gapitole !
« Quel ramag0 ! Ce sont des moineaux avec des allu- « mettes chimiques dans les serres qui se donnent des < airs d'aigles portant la foudre de Jupiter, d
Eh bien, que ferez-vous^ Argiens aux cnénaides élégaates? Âttaque^rez-vous ces moiueau:ii: et ces oies k m^^ coupil de lance? N'est-ce pas »sspz d'une sarba-
tO PRÉFACE.
cane pour mettre en fuite une couvée de pierrots^ et, quant aux Volatiles plus graves, à ceux qui servent de point de comparaison pour exprimer la msy'esté de Junon aux bras de neige^ il suffit sans doute de leur arracher de y aile une plume j)cur écrire un mot. Un mot! n*est-ce pas beaucoup déjà , lorsque tant de messieurs affairés font un métier de cheval, et, les yeux cjevés , tournent du matin au soir la roue d'un pressoir qui n'écrase rien? Assurément ce temps-ci est un autre temps; ce qu'il appelle à grands cris, ce sont les oiseaux joyeux et libres ; c'est la chanson bouffonne et la chanson lyrique. Lyrique, parce qu'on mourra de dégoût si Fon ne prend pas, de ci de là, un grand bain d'azur, et si l'on ne peut quelquefois pour se consoler de tant de médiocrités a rouler échevelés dans les étoiles, n bouffonne... tout simplement, mon Dieu! parce qu'il se passe autour de nous des choses très-drôles. De temps en temps Aristophane refait bien sa comédie de Plutus^ qu'il intitule Mercadet^ oil une autre de ses comédies, qu'il intitule Vautrin^ o Les SaltimbanqiLes y ou autrement; mais toutes sorte d'obstacles arrêtent le cours des représentations, car enfi l'art dramatique est dans le marasme. Et puis, à c
PRÉFACE. îl
satires refaites après coup^ il manque toujours la parabase des Oiseaux; il manque les chœurs , ces Odes vivantes qui font passer, des personnages aux spectateurs du drame la même coupe remplie jusqu^àux bords d'un Tin réparateur. En quelle langue peut-on s'écrier aujourd'hui sur un théâtre : a Faibles humains , semblables à «la feuille légère, impuissantes créatures pétries de « limon et privées d'ailes, pauvres mortels condamnés à « une vie éphémère et fugitive comme Tombre ou comme a un songe léger, écoutez les oiseaux, êtres immortels , «aériens, exempts de vieillesse, occupés d'éternelles « pensées! ^ » En quelle langue pourribns-nous dire aux boursiers qui lisent daûs leur stalle le cours de la Bourse : « L'Amour s'unissant aux ténèbres du Chaos ailé, engen- Qdra notre race au sein du vaste Tartare, et la mit au «jour la prepaière. Avant que l'Amour eût tout mêlé, la «race des immortels n'existait pas encore; mais quand «le mélange de toutes choses fut accompli, alors parut ^ le ciel, l'océan, la terre et la race ijpmortelle des dieux. <K Ainsi nous sommes beau^toup plus anciens que tous les
!• Parabase des Oiseaux, traduction de M. Artaud.
22 f>REFAGË.
t< dieux. Nous sommes fils de rAm()ur> mille preûYes « ^attestent * ? »
J'entre dans un théâtre de genre à Tinstant précis où la salle croule sous les bravos. En effet le rideau s'est levé sur un décor aussi hideux qu'un véritable saloil bourgeois. Aux fenêtres, de vrais rideaux en damas laine et soie, attachés avec de vrais torsadés de passeraenterie à de vraies patères en cuivre estampé. Sur la cheminée ; une vraie pendule de Richond. Puis de vrais meubles et une vraie lampe avec un vrai abat-joùr rose en papier gaufré* Voici un vrai comédien qui met ses vraies mains dans ses vraies poches; il fume un vrai cigare : il dit qu'est-ce que Vas, comme un vrai commis ^ de nouveautés; lés applaudissements roulent comme un^ tonnerre^ et la foule ne se sent pas d'aise. — « Avez-Tou& j « vu? Il fume un vrai cigare! Il a un^ vraie culotte; re ^3^ « gardez comme il prend bien son chapeau ! Il a dit j'ai a Adèle y tout à fait comme M. Edouard que nous coi (1 naissons^ lorsqu'il allait épouser Adèle 1 » Tu as raiso^^^ bon public. Tout cela est réel comme le papier timbré^ Je