‹ Odes funambulesques (volume 2)Chapitre 54 sur 63 · A MES EDITEURS · texte numérisé non relu

A MES EDITEURS

Barbanchu nargue la rime !

Je défends que l'on mlmprime !

La gloire n'était que frime ; Vainement pour elle on trime.

Car ce point est résolu.

Il faut bien qu'on nous supprime :

Barbanchu nargue la rime \

Le cas enfin s'envenime.

Le prosateur chevelu

Trop longtemps fut magnanime.

Contre la lyre il s'anime.

El traite d'hurluberlu Ou d'un terme synonyme Quiconcjue ne Ta pas lu.

Je défends que Ton m'imprime.

Fou, tremble qu'on ne t'abîme !

Rimer, ce temps révolu.

C'est courir vers un abîme, Barbanchu nargue la rime î

Tu ne vaux plus un décime !.

Car l'ennemi nous déchue,

Sur nous pose un doigt velu.

Et, dans son chenil intime,

Rit en vrai patte-pelu

De nous voir pris à sa glu.

Malgré le monde unanime.

Tout p^rodige est superflu .

Le vulgaire dissolu

Tient les mètres en estime : - *

Il y mord en vrai goulu !

Bah I pour mériter la prime,

Tu lui diras : Lanturlu !

Je défends que Ton m'imprime.

Molière au hasard s'escrime, C'est un bouffon qui se grime ; Dante vieilli se périme, Et Shakspere nous opprime !

Que leur art jadis ait plu, Sur la récolte il a plu.

Et la foudre pour victime Choisit leur toit vermoulu.

C'était un régal minime Que Juliette ou Monime !

Descends de ta double cime.

Et, sous quelque pseudonyme, Fabrique une pantomime ; Il le faut, il l'a fallu.

Mais plus de retour sublime Vers Corinthe ou vers Solvme !

Ciseleur, brise ta lime, Barbanchu nargue la rime !

Seul un réaliste exprime Le Beau rèche et mamelu :

En douter serait un crime.

Barbanch'u nargue la rime I Je défends que Ton mimprime.

NoTerabre 1856.

BALLADE

DES tRAVËRS DE CE TEMPS

Prudhomme, fler de montrer son bon goût,

Quand il écrit iûê lettres, lés cacliëte

D'un casque d'or ou flotte un marabout;

Camellia prend des airs de Nichette,

Et le docteur arbore une brochette.

Dès Tan passé, Montjoye eut ce travers .

D'aller au bal en botter à revers ;

Sur votre front Courbet met des verrues,

Nymphe aux yeux d'or, Sirène aux cheveux verts

Yoici le temps pour les coquecigrues.

Anges bouffis et vermeils que partout L'humble passant peut appeler : c Bichette, > Dès que Plutus dresse quelque ragoût, Cent Dalilas apportent leur fourchette.

Amour les guide au bruit de sa pochette.

Par le marteau forgé tout de travers.

C'est un jupon d'acier qui sert d'envers Aux fiers appas de ces femmes ventrues.

Et ce rempart terrasse les pervers :

Voici le temps pour les coquecigrues.

On n'a plus d'or que pour Edmond About Au Moniteur ainsi que chez Hachette; C'est pour lui seul que la marmite bout Chez Désiré comme au Café Vachette; C'est lui qu'on prise et c'est lui qu'on achète. Pourtant Venet écrit à LVnivers; Machin (du Tarn) dans des recueils divers Offre au public des lignes incongrues, Et Champfleury veut supprimer les vers :

Voici le temps pour les coquecigrues. .

ENVOI

Mon cher François, vers la Touraine et vers Vos lys, mes chants volent aux bosquets verls* Je sais qu'ils ont des rimes un peu crues :

C'est que depuis ces dix ou douze hivers, Voici le temps pour les coquecigrues.

Juillet 1856.

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