‹ Odes funambulesques (volume 2)Chapitre 55 sur 63 · CHANT ROYAL · texte numérisé non relu

CHANT ROYAL

Roi des Crétins, qu'avec terreur on nomme,

Grand Coquardeau, non, tu ne mourra pas.

Lépidoptère en habit de Prudhomme,

Ta majesté t'affranchit du trépas.

Car tu naquis aux premiers jours du monde,

Avant les cieux et les terres et Tonde.

Quand le métal entrait en fusion.

Titan, instruit, par une vision

Que son travail durerait la semaine,

Fondit d'abord, et par provision.

Le front serein de la Bêtise humaine.

On t'a connu dans AthèHe @t dans HoBoe :

Plus tard Colamb fa vu sous les ptmpa».

Mais sur tes yeux de vautour économe

Se courbait Tare d'un sourcil plein d'appas,

Et le sommet de ta tête profonde ' ,

A resplendi sous la crinière blonde.

Que Gavarni tourne en dérision *

Tes six cheveux! Avec décision

Le démêloir çn toupet les ramène :

Un dieu scalpa, comme l'Occasion,

Le front serein de la Bêtise humaine.

Tu te rêvais député de la Somme Dans les discours que tu (développas.

Et, beau parleur grâce à ton majordome.

On te voit fier de te§ quatre rapa$.

Lorsqu'en s'ouvrant ta bouche rubiconde Verse au hasard les; trésors de Golconde, On cause ba^, à ton exclusion, Ou chacun r^ve k $ou évasion.

Tu li'as ]mm c<^fl^^ ce pfeépomèiie :

Mais Tôuvrier doubla d'illusion

Le front serein de la Bêtise humaine.

Comme Paris, tu tiens toujours la pomme.

Dans ton salon, meublé d'un fier lampas,

On boit du lait et du sirop de gomme.

Et tu n'y peux, selon toi, faire un pas

Sans, qu'à ta flamme une flamme réponde.

Dans tes miroirs tu te vois en Joconde.

Jamais pourtant, cœur plein d'efFusion,

Tu n'oublias ta chère infusion

Pour les rigueurs d'Iris ou de Climènc.

L'espoir fleurit avec profusion

Le front serein de la Bêtise humaine.

A ton café, tu te dis brave comme

Un Perceval, et toi-même écharpas

Le rude Arpin; ta chiquenaude assomme.

Lorsque tu vas, les jambes en compas,

On croirait voir un héros de la Fronde,

Ou quelque preux, vainqueur de Trébizondc.

Mais, évitant, avec précision

L'éclat fatal d'une collision,

Tu vis dodu comme un chapon du Maine,

Pour sauver mieux de toute lésion

Le front serein de la Bêtise humaine.

ENVOI

PRINCE des sols, un système qu'on fonde,

A son aurore a soif de ta faconde.

Toi, tu vivais dans la prévision

Et dans l'espoir de cette invasion : .

Le Réalisme est ton meilleur domaine,

Car il charma dès son éclosion

Le front serein de la Bêtise humaine.

Novembre 1856.

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