‹ Odes funambulesques (volume 2)Chapitre 7 sur 63 · LA CORDE ROIDE · texte numérisé non relu

LA CORDE ROIDE

Du temps que j'en étais épris, Les lauriers valaient bien leur prix A coup sûr on n'est pas un rustre Le jour où Ton voit imprimés Les poëmes qu'on a rimes :

Heureux qui peut se dire illustre !

Moi-même un instant je le fus.

J'ai comme un souvenir confus D'avoir embrassé la Chimère . ' J'ai mangé du sucre candi

Dans les feuilletons du lundi :

Ma bouche en est encor amère.

Quittons nos lyres, Erato !

On n'entend plus que le râteau De la roulette et de la banque ; Viens devant ce peuple qui bout Jouer du Yiûlon debout Sur Téchelle du saltimbanque !

Car, si jamais ses yeux vermeils Ne sont las de voir les soleils Sans baisser leurs fauves paupières.

Le poëte n'est pas toujours En train de réjouir les oyrs Et de civiliser les pierres.

En vain les accords de sa voix Ont charmé les- monstres; parfois Loin des flots sacrés il émigré.

Las, sinon guéri de prêcher '

L'amour mx fcôtés du roûhêr Et la douceur aux dmU du tigre.

Il se demandé s'il fi'est plus, Sous les vieux arbreà cherelus De cette France que nous sommes, De l'Océan au pont de Kehl, Un déguisement sous lequel On puisse parler à des hommes $

Et, voulant protester du moins Devant les immortels témoins En faveur des dîcuî qu'on renie, Quoique son âme soit ailleurs, Il te prend tes masques railleurs Et ton rire, ô ssdnte Ironie !

Alors, sur son triste haillon [1 coud des morceaux de paillon, Pour que dans ce siècle profane.

Fût-ce en manière de jouet.

On lui permette encor le fouet De son aïeul Aristophane.

Et d'une lieue on Taperçoit En souliers rouges I Mais qu'il soit Un héros sublime ou grotesque ; Muse I qu'il chasse aux vautours, Pu qu'il daigne faire des tours Sur la corde funambulesque.

Tribun, prophète ou baladin, Toujours fuyant avec dédain Ces pavés que le passant foule, Il marche sur les fiers sommets Ou sur la corde ignoble, mais .

Au-dessus des fronts de la foule.

Septembre 1856.

'•Vi*

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