‹ Odes funambulesques (volume 4)Chapitre 10 sur 66 · LA VOYAGEUSE · texte numérisé non relu

LA VOYAGEUSE

Masques et visagefl..

Gavarki.

A CAROLINE LETESSIER

Au temps des pastels de Latour, Quand Tenfant-dieu régnait au monde Par la grâce de Pompadour , Au temps des beautés sans seconde;

Au temps féerique où, sans mouchoir, Sur les lys que Lancret dessine Le collier de taffetas noir Lutte avec la mouche assassine ;

Au temps où la Nymphe du vin Sourit sous la peau de panthère, Au temps où Wateau le divin Frète sa barque pour Cythère ;

En ce temps fait pour les jupons, Les plumes, les rubans, les ganses, Les falbalas et les pompons ; En ce beau temps des élégances,

Enfant blanche comme le lait.

Beauté mignarde, fleur exquise, Vous avez tout ce qu'il fallait Pour être danseuse ou marquise.

Ces bras purs et ce petit corps, Noyés dans titi froù-frôû d'êtbffefe, Eussent damné par leurs accbrdè Les abbés et les philosophes.

Vous eug)5f^|; aimé pç? bichqn?

Noirs et feu, (Jq f i|f e ifl^Bid^is^j, Que Ton porte f|aR$ les majjpj^qus Et que l'on peigne e( C[uq Toi) b§i§Q,

La neige au seip, le rqsp aux ^910^^

Boucher vous etit pein|;e ça Di^ne

Montrant sa çuiç^ ^^ fqnd ^u bois

Et pliant GoinmQ uuq liane,

Et Clodion eilt fai|; de yous

Une provoquîiiite f^upessis

Laissant mtlrir ^u soleil vpm

Les fruits pourpré^ de sa jeunesse t

Car sur les lèvres vous avez La malicieuse aiQl^pisie De tous ces paradi^ rêvés Au siècle de la fantaisie,

Et, nonct|^lantp P^lilp, Vous plaisez par 1^ moir|)idçssç.

D'une nymph^ 4e c^ fpflfjEs-r^, Moitié nonne çt iiiQitié dée$s^-

Vos cheveux aux bandeaux ondes Récitent de leur onde noire Des madrigaux dévergondés A votre visage d'ivoire, •

Et, ravis de ce front si beau, Comme de vertes demoiselles.

Tous les enfants porte-flambeau Vous suivent en battant des ailes.

Tous ces petits culs-nus d'Amours, Groupés sur vos pas, Caroline, Ont soin d'embellir vos atours Et d'enfler votre crinoline ;

Et l'essaim des Jeux et des Ris, Doux vol qui folâtre et se joue, Niche sous la poudre de riz ' Dans les roses de votre joue.

Vos sourcils touffus, noirs, épais, Ont des courbes délicieuses Qui nous fbnt songer à la paix Sous les forêts silencieuses.

• Et les écharpes de vos cils Semblent avoir volé leurs franges A la terre des alguazils, Des manolas et des oranges.

Au fait, vous avez donc été Loin de nos boulevards moroses, Pendant tout ce dernier été, Sous les buissons de lauriers roses?

Le lier soleil du Portugal Vous tendait sa lèvre obstinée Et faisait son meilleur régal Avec votre peau satinée.

Mais vous, tordant sur Téventail Vos petits doigts aux blancheurs mates, Vous découpiez Scribe en détail Pour les fois et les diplomates ;

Et, digne d'un art sans rivaux^ Pour charmer les chancelleries, Vous avez traduit Mariyaux En mignonnes espiègleries .

C'est au mieux I L'astre des deux clairs Qui fait grandir le sycomore Vous a donné de jolis airs De bohémienne et de more.

Vous avez pris, tpujpurs pi^pt, Dans cet éternel jeu d^ \>^vveh La volupté d^ rOri^nt Et le goût 4es bijQuic t)9rb9i?^«

Et vous rapporte? k P^ris, Ville de toutes les décences.

Les molles grâces dQ$ hourls Ivres de parfunis et 4'ç§^ftRf^?.

C*est bieii encor I mêmQ à Ti^rip Meoez GlairvillÇ» puisqu'on daigpf Nous d^maiider i^n {^çibourin Là-bas, chez le roi de Sardaigûe,

ODES FUN^MBUI^ESpÙE^. ;7

Mais pourtanl ije poi^ laj^sez p^^ Nous consumer 4^p§ lep ^ttefiti^^ !

Arrôtp? Rpo foU yps pii^ Chez nous, et plantpz-y yqs

Tout franc, pourquoi mettre aux abois Cet Éden, où le lion dîne Chaque jour de la biche au bois Et soupe de la musardine?

Valets de cœur et de carreau

Et boyards aux fourrures d'ourses,

Loin de vous, sachez-le, Caro,

Tout s'ennuie, au bal comme aux coursée.

Vous nous disputez les rayons Avec des haines enfantines.

Et jamais plus nous ne voyons Que les talons de vos bottines.

Songez-y f Vous cherchez pourquoi Ma muse, qui n'est pas méchante, M'ordonne de me tenir coi Et ne veut plus que je vous chante?

C'est que vos regards inhumains Ont partout des intelligences, Et tout le long des grands chemins Vont arrêter les diligences.

Février 1858.

EVOHE

NEMESIS INTERIMAIRE*

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