‹ Odes funambulesques (volume 4)Chapitre 11 sur 66 · ÉVEIL · texte numérisé non relu

ÉVEIL

Puisque la Némésis, cette vieille portière, Court en poste et regarde à travers la portière Des arbres fabuleux faits comme ceux de Cham, Laissons Chandernagor, Pékin, Bagdad ou Siam

1. Rien de plus difficile que de faire comprendre^ après dix ans^ uoe plaisanterie parisienne. Autant vouloir transvaser cette essence * de roses que Smyme enferme dans des flacons bariolés d*or. Ici, ce sont les virants qui vont le plus vite ! On ne Ta point oublié, en

Posséder ses appas, vieux comme sainte Thècle, Et désabonnons-nous le plus possible au Siècle. Ne pleure pas, public qui lis encordes vers.

Je ne te dirai pas : Les raisins sont trop verts; Et, quant à s'en passer, ja sais œ qu'on y risque ; J'ai fait pour toi l'achat d'une jeune odalisque. Celle qui part était infirma à force d'ans :

Elle boitait; la mienne a ses trente-deux dents, L'œil vif, le jarret souple : elle est blanche, elle est nue, Charmante, bonne fille, et de plus inconnue.

Elle a le col de cygne et les trente beautés Que la Grèce exigeait de ses divinités.

Et ce i\fi sont partout, sous sa robe qui pouffe, Que cheveux d'or, que lys et que roses en touffe. La voilà présentée, et, mon bras sous le sieQ,

1846 nilustre collaborateur de notre Méry donnait au public une nouvelle Némêsis ^ accueillie par Le Siècle, qui publiait régulièrement chaque diipanche une de ces belles satires. Après avoir accompli pendant longtemps son travail surhumain^ M. Barthélémy, fatigué et souffrant, obtint un congé de quelques semaines. C'est alors qu'un petit journal de ce temps-là, La Silhouette (il est allé où va la feuille d6 laurier,) inventa cette ironique et frivole Ëvohé pour remplir, prétendait-il, l'intérim de Némésis. Mais tout cela seiûble aujourd'hui s'être passé avant la guerre de Troie. neiges d'aotan! [Sote de la première édition,)

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Nous allons tous les deux, pareils au groupe ancien D'une jeune bacchante agaçant un satyre^ Du mieux que nous pourrons jouer à là satire; Nous savons^ aussi bien que feu Barthélémy, Sur la lyre à dix voix trouver Y ut et le mi. Allons ! parmi les chants, les cris et la tempête, ma folle, ô ma Muse^ embouche ta trbihpette Qui fouette les carreaux comme un clait*oii de Sax ; Sur ton front chevelu mets le casque d'Ajax, Galope et fais claquer sur les peaux les plus chères Ton fouet et son pommeau ciselé par FèUchôrès I Lesbienne rôveuse^ éprise de Phyllis^

Tu n*as pas, il est vrai, célébré S^ ^

Ni fait de Giraudeau ton souteneur en titre ;

Ni dans des vers ga2és, qui fonl rougir un pitre,

Fait écldre, en prenant la flûte et le tambour.

Un édit paternel pour les filles d'aniclur ;

Ni, comme l'Amphion de ces pignons godiches.

Fait surgir à ta voix les colonnes-affiches.

Mais enfin, c'est par toi qu'un jour le Triolet

Ressuscita des morts et resta ce qu'il est,

Et pour mieux mettre à vif nos modernes LinièrÉ,

^ Devint une épi gramme aiguisée en lanière; On a su par toi seule, en ce Paris élu, Ce que valent Néraut, Tassin et Gredelu ; Sur ton Rondeau tel barde, imprimé vif chez Claye, S'est vu traîner vivant comme sur une claie.

Et par toi ce bel âge apprit, en môme temps, . Qu'un nouvel Archiloque est âgé de huit ans.

Vois, le siècle est superbe et s'offre au satirique :

Géronte dans le sac attend les coups de trique, Et sera trop heureux, Muse aux regards sereins. Si tu lui fais l'honneur de lui casser les reins. Regarde autour de toi ces mille nids d'insectes Qui fourmillent en paix dans des fanges suspecteâ4 Et que tu vas fouler aux pieds de ton coursier! Messaline, ta sœur, l'amante aux bras d'acier. De qui trois cents Romains composaient l'ordinaire. Ne serait aujourd'hui qu'une pensionnaire, Et pourrait concourir pour le prix de vertu.

Les nôtres ont un Claude imbécille et tortu.

Qui, toujours généreux au degré nécessaire.

Pour les faire oublier donne tant par ulcère. Quelle est la Cléopâlrc à trois cents francs par mois,'

Dont rAntoine en gants blancs, venu de rAngoutnois, N'ait pas tous les huit jours quelques perles à fondre? Lorsque Antoine est mangé, Glëopâtre vers Londre Yole conune un oiseau, sur Taile du steamer.

Et, de Waterloo-Road affrontant la rumeur, Puise à ces fonds secrets que, pour ses amourettes, La perfide Albion avance à nos lorettes.

Demande au soleil d'or, qui mûrit les cotons, Combien notre Opéra, refuge de gothons, En dévore en un soir pour un ballet féerique* Et demande à Sappho, la Lélia lyrique, Dont la lèvre du vent rougit les froids appas, Si, par quelque hasard, elle ne saurait pas Quels timides aveux et quelles confidences, Au mépris de l'archet enragé pour les danses, Nos petites Laïa, dans les coins hasardeux^ Au bal Valentino chuchotent deux à deux?

Alcippe a le renom d'un homme littéraire.

Il gagne peu d'argent. Est-il pau\re? Au contraire. • Sa femme, une poupée aux petits airs souffrants, En cailloux de princesse a deux cent mille francs, Et, dès le grand matin, porte pour ses sorties

74 ottÈ HHÈttitsQvi^.

Bvs bottiaes de sofe en couleurs âàsdrtiës A ht robe du jour. Alcippe à deux landatré 4 ^'*' Et dé petits habits qai plisscfit sur !e dos ; Madame a son lundi; c'est un grooiii éù^ lifrée Qui porte à la R«tuô, à bon droit enitréé, Les tartines d'AIcippe, et ces époiix pi*ofon(B Ont leur loge au Gymnase et leùt loge àui fionffijiijr. Alcippe^ homme de goût, poSte et draniati^^ Est un original extrêmement artiste; Il croit sincèrement devoir à son travail Les dollars que madame a frouvës en détail Sous les petits couf^ins d'une amie un peu mûre, Dont pour aucun de nous le boudoir ne se muré. Si pourtant le mari, que favorise un dieU^ Veut s'étonner, madame, en souriant un peu.

Répond qu'elle a gagné cet argent à la Bourse. En peut-on à ce point méconnaître la sôtircé i L'ange de$ actions, que chacun invoquait, Manque à présent de tout, ainsi que Bilboquet ; Et la bburse où madame a gagné, c'est la nôtre : C'est la maigreur des uns qui fait un vendre k l'autre. Damon... Mais à quoi bon fatiguer votre voix f

bbÉë FUNXiliôtJLESQÙËé. 7&

Muse, n'essayons pas dé péihdté en uûe fois

Les immoralités de ce siècle bi:i;àiTe.

Nous en ayons flè fèstè âU qtiàrtiéi* Sàlht-Làzaiiè,

Pour remplir làr^enàèht ttiots mille fedtlletdns.

Tant de tâbrèàiix dé Crète fel dé &èrt)ents Pylhohs

Se dressent à Tenvi dans ce èrattd marécage,

Que nous demanderons dû temps pout mettre éh bage

Ces monstres de féerie, et pour bien copier

Leurs langues de drap rouge et leurs yénx de papier.

Voyez les Auvergnats, les pairs, les gens de lettres,

Les TomrPouce^ âgés de quatre centimètres,

Le lézard-violon, le hanneton-verrier.

Le café de maïs, l'annonce Duveyrier,

Le journal vertueux, Aymé, dentiste équestre.

Et là-bas Mirliton qui à'érigè en Orchestre !

Hilbey f Carolina I Toussenel t le guano !

EtMiàhgin! et Clairvillef et maître Ghicoi^neau!

Et là Éout^e I et Madrid 1 et rodéoû ! et Relie)

Et le nÈi de Guttière) à Bulôz! et l'Écelé

Du Bon-Sen« f et le Bal des Cfaieiis ! et ié JbufneA

Des Chêèêèurs 1 lanin méMe^ aidé âé J&vénàl,

Y perdrait son latin. Voyéz^ inad^moiselle.

Ce qui vous reste à faire, et déployez du zèle. Quand, rouge de plaisir et les yeux étoiles, Ton cheval et' ton casque au vent échevelés, On te verra courir, ô Muse jeune et folle I Les critiques eux-même, et les plus vieux, et Rolle, Te suivront d'un regard lascif, ô mes amours f Oubliant qu'ils sont vieux et le furent toujours!

Novembre 1845.

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