LES THÉÂTRES D'ENFANTS
Bonsoir, chère Évohé. Comment vous portez- vous? Vous arrivez bien tard I Comme vos yeux sont doux Ce soir ! deux lacs du ciel t et la robe est divine. Quel écrin t vous aimez Diaz, on le devine.
Vos poignets amincis sortent comme des fleurs De cette mousseline aux replis querelleurs;
Ce col simple est charmant, ce chapeau de peluche Blanche, ce tour de tète ayec son humble ruche. Vous donnent, ma déesse, un air tout virginal, Et chez TOUS Gavarni complète Juyénal.
Votre joue amoureuse a le duvet des pêches, Et si jamais Tenfant Ëros manque de flèches.
Il vous (demandera les cils de cet œil noir.
Quel dommage qu'il soit déjà samedi soir.
Et qu'il faille chanter, 6 ma Muse folâtre !
Car je vous aurais dit : t Le feu brille dans Tâtre, La verte salamandre y sautille en rêvant; Laissons tomber la pluie et soupirer le vent. Car les sophas sont doux loin des regards moroses. Et nos verres de vin sont pleins de rayons roses. » Mais Karr seul peut flâner aux grèves d'Étretat. Un dieu ne nous fit pas ces loisirs : notre état, C'est de fouetter au sang, comme Croquemitaine, Tous les petits vauriens, sans prendre de mitaine. Nous leur faisons bien peur I Heureusement je vois Que mon Croquemitaine, avec sa grosse voix.
Avale à belles dents les bonbons aux pistaches. Porte des bas à jour et n'a pas de moustaches.
7|) opE9 fVHJ^MSVI^KSQUps,
La mpiisli^e ir%\t m^\ afec s^ ^ouee peau,
Mais noHP BPrdôW OU îftpps I Jfete« 1^ c^ O^^fie^i}^ .
La robe, les jupan^ ; tirei^ a^tt# IwIfSW^i
Ce bas de cacheimFCi ayeo ^ U^nç\ke )^iaB,
Et ces boucles d'oreille et pe p^Ut Pi^Uier,
Il faut, ma obèr^ eofanl;, vaus mettra en cavalier.
Nous allons djins un liQu sauv^gp pu, sw SI§S âiM»
L'on est fort èxp9^é^ qd costuiUQ 4^ f^ipie.
Passez ce pantalon et ces bqUines, qui
Viennent de chez Renard et de Qbez Sakoski i
Cachez votre beau sein dans un gilet bien juste.
Ce frac va déguiser tous les trésors du bust^.
Bien. Maintenant, prenez, comme les plus aF4§ntS)
Le twine sur le br^s et le cigale aux dents ;
Faites mordre h propos p^r Téptngle inhumaiq^
Vos chevpux d'or. C'est tou|;. Vene^, et Dieu nçus iiièpe i
Le Tartare des Grecs, où le cruel Typhoi^ Les cent gueules en feu paratt encor bouffon ; Tobolsk, Ifi rue aux Ours, qui plaît au^ rëalfstes. L'enfer, o^ pleureront les matéiriflist^s, La Thrape ^ux vents glacés, le mont pfym^UI»^ L'hôtel d§s Haricots, Saipt-Q^Qud, Batavia,
Mourzouk, où l'qq fÇ^H rt^pmiu^ Pf^^xsud ifii^ 4ff|4i^5
Les mines 4e ^qr^ffif^ ^t les %f^u4& ^uits de l'iji^l^i
Asiles du serpent g\ du c^n^éléoi),
L'Etna, BotaflyrjS^y, l-jsjapde et rpdé9n
Sont des endrp|ts chaiwapts ef (Jfli pays 4u Tefnf pe, ,
A côté^ ^'fsndroit oji^ mj^ ajJipps nop rendre.
Nulle fsjfi, f4t-Qe jnêD^ au jtond idç la Cité,
L'Impudeur, la Débajacbe et la Ud)r|pil4,
La Luxure au front I)lanc creusé de cicatrices.
Et le î^fberjif^agp ayep ses mille yjcçs.
Ne dansèrent ep chœur ))all,ets plus tr^ojoiplii/^f J
C'est ce flu.ç l'on appejlp j^p Théàtf^ d'enfyntt.
Figîij-e-toi, lectepr, j^nç hoî)te malsaine j Des lauriers de papier cpuropiiant ravant-sc^Qi^^ Et vpfl$ ypye? se tordre avec uq air nioqueur Des camaïeus jblpu- tendre à sopl,eyer le cœjir. Quatre y|o,lons f^ux grinceij^ ayep l^ Q^te^ La clarinette beugle, et dans leiff triste lutte. Le cornet à piston si^rviept tout essoi^f^f^. Comme un cheval boiteux pris dans un champ de Jblë.
Et qui, les yeux hagards, s'epfuit avec démence. Hais le rideau se Lève et la pièce commence.
Des petits malheureux affublés d'oripeaux^
Infirmes, rabougris, et suant dans leurs peaux,
Récitent une prose à crier : c A la garde ! »
Et brament des couplets d'une voix nasillarde.
Le scrofule a détruit les ailes de leur nez ;;
Leur joue est molle, et tombe en plis désordonnés.
Les yeux tout chassieux prennent des tons d'absinthe,
Et l'épine dorsale a l'air d'un labyrinthe.
Ils sautent au hasard comme de petits faons.
Vous homme simple et bon, rien qu'à voir ces enfants
Estropiés sans doute et battus par leurs maîtres,
Vous les plaignez déjà, ces pauvres petits êtres f
Mais un monsieur bien mis, un abonné du lieu. Qui hante la coulisse et fait le Richelieu, Vous apprend que ces nains, dont la race fourmille. Ont cinquante ans et sont des pères de famille. Ils grisonnent; ils sont comme vous, chers lecteurs, Gardes nationaux, poètes, électeurs, Et portent des faux cols ; c'est le vice précoce Qui les a desséchés comme un pois dans sa cosse ; Leur femme, déjà vieille, élève un rossignol. Et l'un d'eux est orné de quelque ordre espagnol.
A ces mots, voyant clair dans ce honteux ârcanç, Honnête citadin, vous prenez votre canne, Et le sage parti, trois fois sage en effet.
De fuir en maudissant le maire et le préfet, A moins que, comme nous, aimant Tallégorie, Vous ne restiez pour voir la fantasmagorie.
C'est un spectacle heureux et d'un effet hardi. Il ne vous montre pas la lune en plein midi.
Mais il donne le droit d'éteindre les chandelles. L'amour est libre alors, et vole à tire d'ailes, Et l'on peut souhaiter un endroit écarté Où de n'être pas chaise on ait la liberté.
Serrez-vous contre moi, chère Evohé, ma muse t Voici l'heure où bientôt l'habit qui les abuse . Va devenir utile, abominablement.
Trois fois heureux encor si ce déguisement, A dessein médité pour ce moment critique.
Peut éloigner de vous ce public éclectique !
Donc, à ces cris que pousse en mourant la vertu. Honteuse de mourir sans avoir combattu.
Au bruit de ces soupirs qu'un faible écho répète. Sauvons-nous au hasard sans tambour ni trompettel
99 pOES FUflAMPULiSiiQUpS.
Allons chw nq^fk9 m mie, ma JWt^ à Tpei) bfçq t Et, la main'daiift \^ wip, Uspnç au poin du (eq. Cependant qu'au dehors 1^ yeni siflQe et ^^toQç, £^s CAan^f di^ crépuscule et l^^^ Feuilles d'automne.
Car, tandis que là-bas, Teufance, sous le fQupt, A de honteu3^ vieillards sert de l^Qpteux jouet, -Il est doui^ de revoir, dans les odes écloses, Les beaux petits enfants sourire avçc les roses, .Et la mère au beau front pour ce charmaut essaiui Répandre sanâ compter les perles de son sein \ Et d'écouter eu soi chanter ?iyep Jes heures L'harmonieux concert çjes voix intérieures I
Décembre 1845.
SÀTIBE TBOlSll:pâE