‹ Odes funambulesques (volume 4)Chapitre 17 sur 66 · PREMIER GOU · texte numérisé non relu

PREMIER GOU

Ça!

l'avoué.

J'ai dit à Ducluzeau Ce que e'est que l'affaire ,

M. ARNOUX SUR LE THÉÂTRE

Houthou!

CHOEUR DE FEMMES SUR LA SCÈNE

« Toi que V oiseau L.. »

ma blonde Évohé, ma muse au chant de cygne, Regarde ce qu'ils font de ce théâtre insigne. pudeur f autrefois, dans ces dééors vivants Où l'œil voyait courir le souffle ailé des vents. L'eau coulait en ruisseaux dans les conques de marbre, Et le doigt du zéphyr pliait les feuilles d'arbre. L'orchestre frémissant envoyait à la fois Son harmonie à l'air comme une seule voix ; Tout le corps de ballet marchait comme une armée : Les déesses du chant, troupe jeune et charmée. Belles comme Ophélie et comme Alaciel, Avaient dans le gosier tous les oiseaux du ciel ; La danse laissait voir tous les trésors de Flore Sous les plis des maillots, vermeils comme l'aurore; C'était la vive Elssler, ce volcan adouci, Lucile et Carlotta, celle qui marche aussi Avec ses pieds charmants, armés d'ailes hautaines. Sur la cime des blés et l'azur des fontaines.

L'audace d'une femme, arrêtant ce concours, A remis une bande au bas des jupons courts Et plongé les ténors au sein de la banlieue.

Cruelle Éris, déesse à chevelure bleue.

Déesse au dard sanglant, déesse au fouet vaiqueur, Change mon encre en fiel ; mets autour de mon cœur L'armure adamantine, et dans mon front évoque. Mètre de clous arihé, l'ïambe d'Archiloque I L'ïambe est de saison, l'ïambe et sa fureur.

Pour peindre dignement ces spectacles d'horreur Et les sombres détails de ce cloaque immense. Vous, mesdames, prenez vos flacons, je commence.

Un fantôme d'Habneck, honteux de son déchet.

Agite tristement un fantôme d'archet; L'haqponieux vieillard est quinteux et morose : Il est devenu gai comme Louis Monrose.

Ses violons fameijx que l'on voyait^ dit-on, Pleins d'une ardeur si noble, obéir au bâton, L'archet morne à présent et la corde lâchée, Semblent se conformer à sa mine fâchée ; Et tout l'orchestre, avec ses cuivres en chaudrons. Ainsi qu'un vieux banquier poursuivant les tendrons,

Ou qu'un vers enjambant 4e césure ea césure, Lui-même se poursuit de mesure en mesure.

La musique sauvage et le 4rôle d^ cor Qui guide au premier mai la famille Boutbor ; Chez notre Deburau, les trois vieillards épiques Qui font grincer des airs pointus comme des piques; Le concert souterrain des aveugles; enfin L'antique piano qui grogne à Séraphin Et l'orchestre des chiens qu'on montre dans les foires, Auprès de celui-là charment leurs auditoires. Mais si rempli qu'il soit de grincements de dents, Quels que soient les canards qui barbotent dedans, Si féroce qu'il semble à toute oreille tendre. Il vaut mieux que le chant qu'il ^pêche d'entendre.

Les choristes, rangés en affreux bataillons.

Marchent ad libitum en traînant des haillons ; Les femmes, effrayant le dandy qu'elles visent, Chantent faux des vers faux; môme, elles improvisent! ruines î leur dents croulent comme un vieux mur, Et ces divinités, toutes d'uh âge mûr, Dont la plus séduisante est horriblement laide. Font rêver par leurs os aux dagues de Tolède.

ODES FUNAMBULp:8QUES. 10|

Leurs jupons éyidés marchent k grands frousrfrpiis^ Et leur visag^ bleUi p^cé ^ pifle ^rpus, S'étale avec orgueil çomiu^ ^i^ YieiU# cib)^. ^

Les hommes ^9^t piji^s laidi^ P^f^àf, »i p'esjt poi^jl^t^. Triste fin I si Yon songe, ep voyant ces of)jets. Que ce chq^ur end|iirci ?jiut l&s pramierç sjiijet^I

Plus de ténors f I^ur 4 demande un catap}asipic. Et Yuty le f^T^mn ut, tombe d;^n$ le marasme. En vain Pilliel tr^I^()lant epvoya sq^ iLùlès

Parcourir l'Italie avec leprs pieds ailés;

En ya^a ils ont fouillé Borne, yfU^ papale,

Naple, où soi^s Tpranger de$ (mme^ au front pâle

Donnent des rendez- vous an^ jeçpe§ çay^lier^^

Et, courtisane avec di8s palais ^n pol|içr^,

Venise, où lord Pt^PP* ^e}X\ ft)is yjaipgufmr ^9^ opdiss,

Poussait son poir courtier le (opg des vagins l^)pt}des,'

Et Florence, où TArno, parmi ses flots'trej»blants.

Mêle l'azur du cie| ayeç les mar))rQs ])^anc§;

Jusqu'au gol;fe ei^cj^anteur qu'un paradis limita,

Vut ne veut plus lutter, le téupr (B^t uj mpf^

Seul, ô Puprejf | toujoçr^ pju^ jjfrand, toujpiurs vainqueur, Toujours Ippçaut au ciel \oi^ cbaut qu| jsprt du eppjir.

Fièrement appuyé sur ta large méthode

Qui reste, comme Tart, au-dessus de la mode,

J)uprez 1 6 Robert I Arnold I Éléazar !

En voyant les cailloux qu'on met devant ton char,

Et les rivaux honteux que la haine te donne

Lorsque ta voix sublime à la fin t'abandonne,

Toujours maître de toi, tu luttes en héros,

Toujours roi, toujours fort, tandis que tes bourreaux

Inventent vingt ténors devant qui l'on s'incline, >

Et qui durent un an, comme la crinoline.

Âh ! du moins nous avons la Danse, un art divin ! Et l'homme le plus fait pour être un écrivain, Célébrât-il Louis et portât-ii perruque.

Fût-il Caton, fut-il Boileau, fût-il eunuque, Ne pourrait découvrir l'ombre d'un iota Pour défendre à ses vers d'admirer Carlotta.

Son corps souple et nerveux a de suaves lignes ; Vive comme le vent, douce comme les cygnes.

L'aile d'un jeune oiseau soutient ses pieds charmants, Ses yeux ont des reflets comme des diamants, Ses lèvres à l'Éden auraient servi de portes; Le jardin de Ronsard, de Belleau, de Desportes,

ODES FONAMBULESQUE& 105

Devant Cypre et Ghloris toujours extasiés, A, pour les embellir, donné tous ses rosiers. Elle va dans l'azur, laissant flotter ses voiles, Conduire en souriant la danse des étoiles.

Poursuivre les oiseaux et prendre les rayons ; Et, par les belles nuits, d'en bas nous la voyons. Dans les plaines du ciel d'ombre diminuées.

Jouer entrelacée à ses sœurs les nuées.

Ouvrir son éventail et se mirer dans l'eau.

Qu'auriez-vous pu trouver à redire, ô Boileau? Une chose bien simple, hélas t La jalousie Nous cache tout ce luxe et cette poésie, De même qu'autrefois, par un crime impuni.

Les mêmes envieux cachaient taglioni. Cet autre ange charmant des deux imaginaires. ' Sombre Junon ! Les Dieux ont-ils donc des colères?

Aimez-vous les décors? On n'en met nulle part. Les vieux servent toujours, percés de part en part, Et, par la main du Temps noircis comme des forges, Ils pendent en lambeaux comme de vieilles gorges. Les arbres sont orange, et dans Guillaume Tell, La montagne est percée à jour comme un tunnel.

Le temple de Robert» ses colonnes en loquâs, S'agite aux quatre vents comme des pendiloquesi Et le couvent a Tair de s'être bien battu, Dans La Muette enfin, mirabile dictu I L'éruption se fait avec du papier rouge Derrière lequel brille un lampion qui bouge.

Le machiniste, un sage, ennemi des succès, Imite à tour de bras le Théâtre-Français.

Les travestissements, les changenieqts à vue, Les transformations sont comme une revue De la garde civique : on lès manque toujours. Les Français, TOdéon, sont les seules amours Du machiniste en chef; il a cette coutume D'étrangler les acteurs en tirant leur costume. Quelques-uns sont vivants; s'ils en ont réchappé. C'est que le machiniste une fois s'est trompé. Et rêvait à*Abufar^ qu'il voit chaque dimanche. C'est un homme d'esprit qui prendra sa revanche.

Enfin on voit maigrir, comme corps de ballet. Des marcheuses, des rats, peuple jeune et fort laid, Qui n'ont jamais dansé qu'à la Grande- Cbartr^Qse» Et qui, réjouissant de leur maigreur affreuse

Les lions esfèmpés au cosmétique noir, Prennent des rendéS'-vous pour le souper du soir.

Nous qui ne sonunes pas danseurs, prenons la fuite. Allons souper^ aussi, mon cœur, mais tout de suite, Et tâchons d'oublier en buvant de bons .tins, Cet hospice fameux, rival des Quinze-Vingts.

Décembre 1845.

SATIRE CINQUIÈKE

Page 1