LETTRE DE M. VICTOR HUGO
HauteYÎlle house^ 15 mars 1857.
Cher poëte.
Je viens de lire vos Odes. Donnez-leur Tépithète que vous voudrez, (celle que vous avez choisie est charmante,) mais sachez-bien que vous avez construit là un des monuments lyriques du siècle. J'ai lu votre ravissant livre d'un bout à l'autre, d'un trait, sans m'arrêter. J'en ai l'ivresse en ce moment, et je me dirais presque que j'ai trop bu; mais non, on ne boit jamais trop à cette coupe d'or de l'idéal. Oui, vous avez fait un livre exquis. Que de sagesse dans ce rire, que de raison dans cette démence, et sous ces grimaces, quel masque douloureux et sévère de l'art et de la pensée indignée! Je vous aime, poëte, je vous remercie d'avoir sculpté mon nom dans ce marbre et dans ce bronze, et je vous embrasse.
Victor Hugo.
APRÈS LÀ LECTURE DE S^ ODE$ FUNAMBVJf.E^VES.
Ton volume éclate de rire.
Mais le beau rayonne à travers.
J'aime ce carnaval du vers Où rode se masque en satire.
C'est méchant et c'est excellent!
C'est la ruade et l'étincelle. Le coup de poing et le coup d'aile; Ça fredonne, même en ronflant.
C'est le babil de toutes choses.
De l'éteignoir et du flambeau; C'est le laid qui devient le beau; C'est le fumier frère des roses!
C'est l'idéal dans le réel C'est là vérité qui s'insurge;