‹ Odes funambulesques (volume 4)Chapitre 20 sur 66 · FOLIES NOUVELLES · texte numérisé non relu

FOLIES NOUVELLES

Élite du monde élégant,

Qui fuis le boulevard de Gand,

troupe élue.

Pour nou§ suivre sur ce tréteau Où plane l'esprit de Wateau,

Je tQ salue.

Te voilà ! Nous pouvons encor Te dévider tout le fil d'or

De la bobine! • En un rêve matériel, Nous te montrerons Ariel

Et Colombine. ..<-

Dans notre parc aérien S'agite un inonde qui n'a riep

Su de morose :

Bouffons que TAmour, pour $Qn jeu, Vêtit de satin rayé, feu.

Bleu-ciel et rose I

Notre poème fanfaron.

Qui dans le pays d'Obéron

Toujours s'égare, N'est pas plus compliqué vraiment Que ce que l'on songe ^n fumant

Un bon cigare.

Tu jugersts notre savoir

Tout à l'heure, quand tu vas voir

La pantomime.

Je suis sûr que l'Eldorado Où te conduirai Durandeau

Sera sublime.

m ODES FUNAMBULESQUES.

Car notre Thalie aux yeux verts, Qui ne se donne pas des airs

De pédagogue, A tout Golconde en ses écrins :

Seulement, cher public, je crains Pour son prologue I

Oui I moi qui rêve sous les cieux.

Je fus sans doute audacieux.

En mon délire, D'oser dire à Tami Pierrot :

Tu seras valet de Marot,

Porte ma lyre I

Mais quoi t je suis bien accoté.

N'ai-je pas là, pour le côté

Métaphysique, Paul, Français vraiment pé malin f Puis voici Kelm, et Trivelin

Fait la musique !

Berthe, Lebreton, Mélina, Avec Suzanne Senn, qui n'a

Rien de terrestre, Dansent au fond de mon jardin Parmi les fleurs, et Bernardin

Conduit l'orchestre I

Écoute Louisa Melvil !

N'est-ce pas un ange en exil

Que Ton devine Sous les plis du crêpe flottant, Lorsqu'elle chante, et qu'on entend Sa voix divine?

Ravit-elle pas, front vermeil, Avec ses cheveux de soleil

Lissés en onde.

Le paysage triomphant.

Belle comme Diane enfant,

Et blanche ! et blonde !

126 ODES FUriÀM.BUlEISQUES.

Pour ces accords et pour ces voix, Pour ces fillettes que tu vois,

Foule choisie, Briller en leur verte savçur.

Daigne accueillir avec fayçur

Ma poésie i

Car, sinon mes vers, peu vainté^ I Du moins tous ces fronts inventés

Pour qu'Avril naisse, Comme en un miroir vif et clair.

Te feront entrevoir l'éclair

De la jeunesse)

Octobre 1854.

La scène est an petit spectacle de mon ami Pierrot, le jour de l'ouTertare. Le théâtre représente un décor : un jardin de Watean, peint par Cambon. An lever da rideaç, la seèpe est vide. On entend dans U coulisse le bruit d'un corps qui tombe par terre, puis des cris de détresse. Arrive un homme chiffonné, aveuglé, couvert de plâtre, avec un chapeau bossue : c'est le Bourgeois.

Page 1