‹ Odes funambulesques (volume 4)Chapitre 23 sur 66 · LE^BOURGEOIS, PIERROT, LE LUTIN · texte numérisé non relu

LE^BOURGEOIS, PIERROT, LE LUTIN

LE LUTIN

Moi? Je suis le Lutin des nouvelles Folies!

Chantons, rions, dansons, tâchons de vivre encor f Voyez mes grands cheveux faits de lumière et d'or! Et mes yeux ! des tisons d'enfer ! Voyez mes lèvres Où l'amour et la lyre ont mis toutes leurs fièvres ! Mes joyaux! mes habits où ruissellent des fleurs! Pleurez-vous,cher monsieur? Je vienssécherlespleurs ! Écoutez mes chansons de danseuse bohème !

Et surtout, aimez-moi d'abord : je veux qu'on m'aime I Laissez-moi folâtrer, bacchante, avec mes sœurs. Et je vous verserai ce vin, cher aux penseurs Saintement couronnés de raisins et de lierre. Dont s'enivrait Lesage et que goûtait Molière !

434 ' OtoESlirUNÀMBULESQUES.

G'xsT UNI rùtt, dit Pierrot. Et il va chercher an fond <ia théAtre nne table •ur laquelle sont placée un broo et des Terres.

LS BOURGEOIS

Buvons-en f buvons-en beaucoup f

LE LUTIN, éleyant son Terre plein de vin.

 ta santé, bourgeois, cher public, d'un sourire enchanté ! Toi qui de me comprendre es encore seul digne t Toi qui rêves, poète, accoudé sous ma vigne ! Préfère mes rosiers à la blancheur des lys f J'ai réjoui ton père et je berce ton fils!

Aime-moi chancelante, et pourtant sérieuse I Je suis la Fai\^ antique, immortelle et joyeuse. Et tous mes serviteurs furent tes échansons.

Trinquons I Au vin de France !

LE BOURGEOIS

Au franc rire f

LE LUTIN

Aux chansons !

Elle chante, en tendant son Terre à Pierrot qni loi Terse da Tin.

ODES FUNAMBULP^qupS, }>JS

CHANSOIî.

Au fond du vin se cache une âmei Pierrot, dans le cristal vermeil Verse-moi la liqueur de flamme :

C'est le printemps, c'est le soleil I Elle enivre notre souffrance Sur cette terre où nous' passons f Amis t vivent les vins de France Et le délire des chansons)

Avec leur parure choisie, Avec leurs beaux fronts empourprés, La Musique et la Poésie Sortiront de ces flots sacrés.

La Joie et la blonde Espérance Les versent à leurs nourrissons I Amis ! vivent les vins de France Et le délire des chansons !

Après le premier couplet, le Bourgeois transporté a tenda son Terre i Pierrot, mais celni-ci, trop occnpé à écoater, a oublié d'y rien verser. Après le second conplet, le Bourgeois tend encore son Terre. Cette fois Pierrot le remplit de Tin avec empressement ; mais, dans son enthousiasmai U le Tide luimême an grand désappointement du Bourgeois.

LE BOURGEOIS, au LuUn.

Lutin, je vous adore f

A Pierrot.

Allons, je suis fou d'elle!

Cherchant à rassembler ses souTenirs, an Lutin.

Pourtant si ma mémoire est encore fidèle,

Vous n'aviez pas jadis cet habit provoquant!

Je vous voyais, c'était... non, je ne sais plus quand.

Dans de grands corridors, mais longs de plusieurs aunes !

Votre robe était verte, avec des rubans jaunes!

Et puis, vos matelas n'étaient pas bien cardés!

LE LUTIN, souriant.

Ah! ma mère! la salle ancienne! Regardez.

On Toit entrer une grande femme, dont le costume de Folie, Tert et jaunei rappelle l'ancienne décoration des Folies Concertantes.

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