FOLIES NOUVELLES
Élite du monde élégant,
Qui fuis le boulevard de Gand,
troupe élue, Pour nous suivre sur ce tréteau Où plane Tesprit de Wateau,
Je te salue.
Te voilà î Nous pouvons encor Te dévider tout le fil d'or
De la bobine!
En un rêve matériel, Nous te montrerons Ariel
Et Colombine.
ODES FONAMBULESQUES. 129
Dans notre parc aérieù S'agite un monde qui n'a rien
Su de morose :
Bouffons que TÂmour, pour son jeu, Vêtit de satin rayé, feu,
Bleu-ci Jl et rose I
Notre poëme fanfaron, Qui dans le pays d'Obéron
Toujours s'égare, N'est pas plus compliqué vraiment Que ce que Ton songe en (umant
Un bon cigare.
Tu jugeras notre savoir
Tout à l'heure, quand tu vas voir
La pantomime.
Je suis sûr que l'Eldorado Où te conduira Durandeau
Sera sublime.
Car notre Thalie aux yeux verts, Qui ne se donne pas des airs
De pédagogue, A tout Golconde en ses écrins :
Seulement, cher public, je crains Pour son prologue I
Oui I moi qui rêve sous les cieux, Je fus sans doute audacieux
En mon délire, D'oser dire à l'ami Pierrot :
Tu seras valet de Marot,
Porte ma lyre I
Mais quoi! je suis bien accoté.
N'ai-je pas là, pour le côté
Métaphysique, Paul, Français vraiment né malin i Puis voici Kelm, et Trivelin
Fait la musique I
Berthe, Lebreton, Mélina, Avec Suzanne Senn, qui n'a
Rien de terrestre, Dansent au fond de mon jardin Parmi les fleurs, et Bernardin
Conduit l'orchestre !
Écouté Louisa Melvil f N'est-ce pas un ange en exil
Que Ton devine Sous les plis du crôpe flottant, Lorsqu'elle chante, et qu'on entend Sa voix divine?
Ravit-elle pas, front vermeil.
Avec ses cheveux de soleil
Lissés en onde, Le paysage triomphant.
Belle comme Diane enfant,
Et blanche I et blonde i
Pour €68 accords e) pour ces voix, Pour ces fiUettes que tu vois.
Foule choisie, Briller en leur verte saveur.
Daigne accueillir avec faveur
Ma poésie !
Car, sinon mes vers, peu vantés !
Du moins tous ces fronts inventés
Pour qu'Avril naisse.
Comme en un miroir vif et clair, Te feront entrevoir Téclair
De la jeunesse!
Octobre 1854.
La scène est au petit spectacle de mon ami Pierrot, .le jour d& l'ouverture. Le théâtre représente un décor : un jardin de Watean, peint par Cambon. Au lever du rideau, la scène est vide. On entend dans la coulisse le bmit d'un corps qui tombe par terre, puis des cris de détresse. Arrive un homme chiffonné, aveuglé, couvert de plâtre, avec un chapeau bossue : c'est le Bourgeois.