‹ Odes funambulesques (volume 5)Chapitre 22 sur 75 · FOLIES NOUVELLES · texte numérisé non relu

FOLIES NOUVELLES

Élite du monde élégant,

Qui fuis le boulevard de Gand,

troupe élue, Pour nous suivre sur ce tréteau Où plane Tesprit de Wateau,

Je te salue.

Te voilà î Nous pouvons encor Te dévider tout le fil d'or

De la bobine!

En un rêve matériel, Nous te montrerons Ariel

Et Colombine.

ODES FONAMBULESQUES. 129

Dans notre parc aérieù S'agite un monde qui n'a rien

Su de morose :

Bouffons que TÂmour, pour son jeu, Vêtit de satin rayé, feu,

Bleu-ci Jl et rose I

Notre poëme fanfaron, Qui dans le pays d'Obéron

Toujours s'égare, N'est pas plus compliqué vraiment Que ce que Ton songe en (umant

Un bon cigare.

Tu jugeras notre savoir

Tout à l'heure, quand tu vas voir

La pantomime.

Je suis sûr que l'Eldorado Où te conduira Durandeau

Sera sublime.

Car notre Thalie aux yeux verts, Qui ne se donne pas des airs

De pédagogue, A tout Golconde en ses écrins :

Seulement, cher public, je crains Pour son prologue I

Oui I moi qui rêve sous les cieux, Je fus sans doute audacieux

En mon délire, D'oser dire à l'ami Pierrot :

Tu seras valet de Marot,

Porte ma lyre I

Mais quoi! je suis bien accoté.

N'ai-je pas là, pour le côté

Métaphysique, Paul, Français vraiment né malin i Puis voici Kelm, et Trivelin

Fait la musique I

Berthe, Lebreton, Mélina, Avec Suzanne Senn, qui n'a

Rien de terrestre, Dansent au fond de mon jardin Parmi les fleurs, et Bernardin

Conduit l'orchestre !

Écouté Louisa Melvil f N'est-ce pas un ange en exil

Que Ton devine Sous les plis du crôpe flottant, Lorsqu'elle chante, et qu'on entend Sa voix divine?

Ravit-elle pas, front vermeil.

Avec ses cheveux de soleil

Lissés en onde, Le paysage triomphant.

Belle comme Diane enfant,

Et blanche I et blonde i

Pour €68 accords e) pour ces voix, Pour ces fiUettes que tu vois.

Foule choisie, Briller en leur verte saveur.

Daigne accueillir avec faveur

Ma poésie !

Car, sinon mes vers, peu vantés !

Du moins tous ces fronts inventés

Pour qu'Avril naisse.

Comme en un miroir vif et clair, Te feront entrevoir Téclair

De la jeunesse!

Octobre 1854.

La scène est au petit spectacle de mon ami Pierrot, .le jour d& l'ouverture. Le théâtre représente un décor : un jardin de Watean, peint par Cambon. Au lever du rideau, la scène est vide. On entend dans la coulisse le bmit d'un corps qui tombe par terre, puis des cris de détresse. Arrive un homme chiffonné, aveuglé, couvert de plâtre, avec un chapeau bossue : c'est le Bourgeois.

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