LE BOURGEOIS, PIERROT, LE LUTIN, L'ANCIEÇINE SALLE
CHANSON
L'ANCIENNE SALLE
Non, messieurs, sur ma parole,
Je n'étais pas belle, mais Aussi comme j'étais folle I Le jupon troussé, j'aimais Le rire et la gaudriole f Je chantais Sancho Pança i
LE BOURGEOIS
Oui, je me souviens de ça f
L'ANCI|:NE SALLE.
Avec une gaîté rare Alors je vous amusais.
Puis je grattais ma guitare Et je disais... je disais. ..
Digue, digue, don.
Refrain dont l'acteur Kelm a le secret.
L'ANCIENNE SALLE
J'avais encor la voix nette, Les yeux d'étincelles pleins; Et je jetais ma cornette Par-dessus tous les moulins, Et jamais marionnette Plus haut ne se trémoussa !
LE BOURGEOIS
Oui, je me souviens de ça!
L'ANCIENNE SALLE
Avec une gaîté rare ^ Alors je vous amusais, Puis je grattais ma guitare.
Et je disais... je disais :
Digue, digue, don.
Refrain de Eelm.
Lf: LUTIN, aa Bourgeois.
Eh bien, que dites-vous de sa voix?
LE BOURGEOIS
Fort touchante.
Pour moi, sac à papier! j'aime ce qu'elle chante! Oui; cette ancienne salle a vraiment Tair ouvert! Hais, ma foit son costume est trop jaune et trop vert!
ÂTec galanterie au Lntin.
Quoiqu'elle vaille moins que ce qu'elle dérobe. Mon cher petit démon, j'aime mieux votre robe!
LE LUTIN, montrant l'Ancienne Salle.
Eh! qu'importe! elle a su venir au bon moment! Mais je ps^rais, et d'elle il reste seulement. Voyez! cet art bouffon qui fit sa jeune gloire!
Sar le mot yotez, un changement de costume s'exécute à vue. Le personnage représentant l'ancienne salle des Folies Concertantes disparaît et laisse voir à sa place im comédien vêtu d'un splendide costume bouffon.
LE COMÉDIEN BOUFFON
Oui, c'est moi, me voilà ! Vous savez mon histoire. Je naquis près des dieux antiques, mes voisins. Sur un lourd chariot couronné de raisins !
Puis, sur tous les tréteaux et sur toutes les planches J'ai fustigé le vent de mon rire aux dents blanches ! En lançant, comme dit Hamlet : c des mots, des mots ! » J'ai distrait quelquefois le passant de ses maux ! Polichinelle et clown, j.'ai su, qu'on s'en souvienne,
Joindre à Thumour anglais la venre italienne i
J'aurai fini ma tâche et rempli mon devoir.
Si vous voulez aussi vous égayer à voir.
Au brutt de la crécelle et du tambour de basque.
Frissonner ma crinière et grimacer mon masque !
Cherchez-vous la maison de Scapin? c'est ici f
Et les enfants seront les bienvenus aussi I
galté I dans ce temple heureux où tu t'installes,
Nous avons peint des fleurs et rembourré des stalles I
An pabllc, avec coiiTictioii.
Messieurs, sur ces dossiers vraiment miraculeux, Vous pourrez à loisir rêver des pays bleus I Ces frêles ornements, ces riches arabesques.
Où court la fantaisie en dessins pittoresques. Trahissent le cachet de leur peintre, qu'en bon Français il faut nommer...
LE 130URGE0IS
Il faut nommer...
LE COMÉDIEN BOUFFON
Gambon!
Craignez- vous que jamais le bon goût ne rature Ces chefs-d'œuvre?
ODES FUNAMBULESQUES. m
LE BOURGEOIS
Parlons un peu littérature.
LE COMÉDIEN BOUFFON
Nos acteurs?
Ghaenn des personnages qn'il nomme toar à tonr entre en scène à mesure qne son nom est prononcé ; puis tons finissent par former nn tableau d'un aspect boaffon et poétique.
Us mettront la critique aux abois. Quoiqulls soient si jolis, ils ne sont pas de bois I Voyez ! c'est Arlequin avec sa Colombine, Ce joli couple en qui le poëte combine L'âme avec le' bonheur se cherchant tour à tour, Et ridéal avide, en quête de Tamour I Voici Léandre encor, voici Polichinelle, Un gaillard vicieux comme la Tour de Nesle!
Et le plus grand de tous, calme comme un Romain Le plus spiriluel, le plus vraiment humain, Formidable, et toujours plus grand que sa fortune, Hôn cher ami Pierrot,^ le cousin de la lune I Isabelle t oiseau bleu qui chante en sa prison I Et Cassandre tremblant, sot comme la raison I
LE BOURGEOIS
Et que racontent-ils?
LE LUTIN
Une histoire profonde,
Toujours vieille et toujours jeune, comme le monde! Colombine, cet ange au souple casaquin, A laissé ramasser son cœur jpar Arlequin, Un don Juan de hasard, qui, gracieux et leste, Fait chatoyer sur lui tout l'arc-en-ciel céleste f Restez, dit la Raison ; fuyez, leur dit l'Amour ! Par les champs d'épis mûrs, baignés des feux du jour, Par les noires forêts, par Tazur des grands IBieures, Ils vont ! Mais soutenus dans toutes ces épreuves. Le feuillage s'éclaire au bruit de leurs chansons; * Un xepas sort pour eux du milieu des buissons ; Sur leurs pas, que dans l'air suivent des harmonies, Des barques et des chars, poussés par les génies, Leur offrent un abri sous des voiles flottants. Et tout leur réussit, parce qu'ils ont vingt ans !
CHANSON
Ce roman-là, c'est la vie !
Que, sous le manteau des bois.
L'âme et la lèvre ravie
Vont épelerà la fois!
Dans leur humeur vagabonde.
Barbe grise et tête blonde
Le poursuivent tojir à tour !
Il n'est qu'une histoire au monde,
C'est l'histoire de l'amour.
Beau pays de la féerie, Que nul encor n'a trouvé.
Doux Éden, terre fleurie.
Au moins nous t'avons rêvé !
mes sœurs, ô filles d'Eve, Lorsqu'en mai frémit la sève. Quand le ciel sourit au jour.
Pour nous il n'est qu'un beau rêve.
C'est le rêve de l'amour !
L'un sur sa lyre d'ivoire, Sous les feux de l'Orient, Dit en vers sacrés la gloire Et son laurier verdoyant.
Sous la pourpre ou la dentelle.
L'autre chante, ô Praxitèle, Ta déesse au fier contour :
Mais la chanson immortelle C'est la chanson de l'amour.
• LE BOURGEOIS
C'est parfait !
LE COMÉDIEN POUFFON.
Cependant Cassandre avec Léandre Les poursuivent. Mais quoi I le beau-père et le gendre • Se déchirent la jambe à tous les traquenards ! Tantôt on les fusille ainsi que des renards : Ils se battent entre eux. L'un crie : On m'assassine!
Pour Tautre, le bon vin se change en médecine. Cent mille soufflets, l'un sur l'autre copiés, Alternent sans relftche avec les coups de pieds. Veulentpils lire? on voit se hausser la chandelle. Qui revient, si plus tard on n'a plus besoin d'elle. Et, tandis que Léandre a gâté son pourpoint. Et que le vieux barbon, toujours plus mal en point, Est rossé par le diable et par son domestique. Les amoureux, ravis au pays fantastique.
S'enivrent dans les bois des senteurs du printemps. Et tout leur réussit, parce qu'ils ont vingt ans i
LE LUTIN
Grâce à la Fée, un jour, après tous ces longs jeûnes, Les voilà mariés t ils sont beaux, ils sont jeunes i Sous un soleil tournant qui brille à ciel ouvert. Dans un palais orné de paillon rouge et vert. On les unit, et l'air, rempli d'apothéoses, Se teint de fleur de soufre, et d'azur et de roses i
te
LE COMÉDIEN BOUFFON
Pendant tout ce temps-là, doux, pensif et railleur. Dérobant tout, mangeant et buvant du meilleur.
Et ne s'iûtéressant à rien, comme les sages, Pierrot s'est promené parmi les paysages.
Sans même seulement vouloir toufner les yeux Vers la fée au char d'or, qui s'enfuit dans les cietix ! Paresseux et gourmand, Toilà dans quelle étoffe Le gaillard est taillé I
Lt: BOURGEOIS.
C'est un grand philosophe f Et j'aime le roman que vous m'avez conté.
LE COMÉDIEN BOUFFON, an Lutin.
C'est le plus beau d^ tous, il n'est pas dégoûté !
An Boargeois, en lui montrant le groupe des danseuses.
Voulez-vous voir aussi nos nymphes bocagères Et le chœur bondissant de nos danses légères? Vous avouerez qu'auprès de nous Vestris marchait î
Aux daiueiises, aTec Tistoiiatioii coosactée.
Que la tète commence !
Ans musiciens de Torehestrc.
Hé t messieurs de Tarchet t Ce petit monde-là n'attend qu'une cadence ;
Ah Bourgeois et an publie.
Car pour vous réjouir tout cela chante et danse. Nous possédons au moins soixante-treize Ellsler.
LE BOURGEOIS
Soixante-treize I
LE COMÉDIEN BOUFFON
Au moins I vous les verrez en Taîr.
LE BOURGEOIS
Devant mes yeux charmés quai^d vont-elles s'ébattre?
LE COMÉDIEN BOUFFON
Demain ! En attendant, en voici toujours quatre !
LE BOURGEOIS
Voyons.
Les danseuses exécutent un pas éblouissaot de délire et de « réalisme. « LE BOURGEOIS, au Comédien bouffon.
Sac à papier ! je crois qu'une Péri, A vouloir devancer leurs ailes, eût péri I C'est divin I fougue ardente et grâce printanière f
A Pierrot.
Mais que faisiez- vous donc à la saison deniièrê, Mon ami? Tâchiez-vous d'instruire en badinant?
Pierrot exprime qu'il n'a jamais songé à cela. Ci ocx nous paisionç, dit-il,
MOUS DAMSIOMS.
LE BOURGEOIS
J'en sois bien aise t Eh bien, chantez donc, maintenant i
LE COMÉDIEN BOUFFON
Demandez, faites-vous servir t musette ou lyre i Romance tendre ou bien séguidille en délire t La ballade allemande ou les airs espagnols, A votre choix !
Montrant le Lutin.
Voilà le nid des rossignols I
Le Bourgeois emprunte à son tonr le langage de la mimique, et exprime que, comme toujours, il sera fort heureux de se contenter arec ce qu'on lai donnera.
CHANSON
LE LUTIN
C'est ici que Ton oublie La pâle Mélancolie :
Nous nous appelons Folie, C'est ici qu'on rit encor I Accueillez nos babioles, Laissez nos danses frivoles
Éveiller les chansons folles Avec leurs clochettes d'or f
LE COMÉDIEN BOUFFON
Ah f souriez-nous ! Le cuivre N'empêchera pas de suivre Notre chant de bonheur ivre !
Nos habits sont tout luisants; Suivant la façon commune, Nos poëtes sans fortune.
Rêvent au clair de la lune, Nos danseuses ont seize ans !
Tons les personnages et funambules forment des groupes autour desquels court une danse itre de joie. La farce est jouée.