LE BOURGEOIS, PIERROT, LE LUTIN
LE LUTIN
Moi? Je suis le Lutin des nouvelles Folies!
Chantons, rions, dansons, tâchons de vivre encor f Voyez mes grands cheveux faits de lumière et d'or! I Et mes yeux ! des tisons d'enfer ! Voyez mes lèvres Où Tamour et la lyre ont mis toutes leurs fièvres ! Mes joyaux ! mes habits où ruissellent des fleurs ! Pleurez-vous, cher monsieur ? Je viens sécher les pleurs ! Écoutez mes chansons de danseuse bohème !
Et surtout, aimez-moi d'abord : je veux qu'on m'aime ! Laissez-moi folâtrer, bacchante, avec mes sœurs, Et je vous verserai ce vin, cher aux penseurs Saintement couronnés de raisins et de lierre. Dont s'enivrait Lesage et que goûtait Molière!
134 ODES^ funambulesque;s.
C'est une idée, dit Pierrot. Et il va chercher an fond dn théâtre nne table snr laquelle sont placés on broc et des verres.
LE BOURGEOIS
Buvons-en ! buvons-en beaucoup f
LE LUTIN, élevant son Terre plein de vin.
A ta santé, bourgeois, cher public, d'un sourire enchanté ! Toi qui de me comprendre es encore seul digne I Toi qui rêves, poëte, accoudé sous ma vigne ! Préfère mes rosiers à la blancheur des lys I J'ai réjoui ton père et je berce ton IBlst Aime-moi chancelante, et pourtant sérieuse !
Je suis la Farce antique, immortelle et joyeuse, . Et tous mes serviteurs furent tes échansons.
Trinquons î Au vin de France f
LE BOURGEOIS
Au franc rire !
LE LUTm.
Aux chansons !
Elle chante, en tendant son verre à Pierrot qui lui verse dn vin.
CHANSON
Au fond du vin se cache une âme !
Pierrot, dans le cristal vermeil ' Verse-moi la liqueur de flamme :
C'est le printemps, c'est le soleil !
Elle enivre notre souffrance Sur cette terre où nous passons !
Amis ! vivent les vins de France Et le délire des chansons!
Avec leur parure choisie, Avec leurs beaux fronts empourprés, La Musique et la Poésie Sortiront de ce3 flots sacrés.
La Joie et la blonde Espérance Les versent à leurs nourrissons î Amis f vivent les vins de France Et le délire des chansons I
Après le premier couplet, le Bourgeois transporté a tendu son verre à Pierrot, mais celui-ci, trop occupé à écouter, a oublié d'y rien verser. Après le second couplet, le Bourgeois tend encore son Terre. Cette fois Pierrot le remplit de viq avec empressement ; mais, dans son enthousiasme, il le vide loimême an grand désappointement du Bourgeois.
LE BOURGEOIS, an LnUn.
Lutin, je vous adore ! •
 Pierrot.
Allons, je suis fou d'elle!
Cherchant à rassembler ses souvenirs, an Lutin.
Pourtant si ma mémoire est encore fidèle,
Vous n'aviez pas jadis cet habit provoquant !
Je vous voyais, c'était... non, je né sais plus quand,
Dans de grands corridors, mais longs de plusieurs aunes t Votre robe était verte, avec des rubans jaunes! Et puis, vos matelas n'étaient pas bien cardes!
LE LUTIN, souriant.
AH! ma mère! la salle ancienne! Regardez.
On voit entrer une grande femme, dont le costume de Folie, vert et janoe, rappeUe l'ancienne décoration des Folies Concertantes.