‹ Odes funambulesques (volume 5)Chapitre 3 sur 75 · A. TH. DE BANVILLE · texte numérisé non relu

A. TH. DE BANVILLE

C'est insolent comme Panorge Et c'est charmant comme Ariel !

C'est Rosalinde qui s'enivre!

C'est la rue et c'est le château; Ah! Téniers disputée Wateau L'illustration de ton livre.

Derrière la strophe où tu ris De mêler l'ortie aux pervenches.

On voit, en écartant les branches, Régnier embrasser Lycoris.

C'est tous les jurons de l'auberge Et toutes les chansons du bois.

Un funambule par endroits Danse sur un fil de la Vierge.

Bottom, à vingt ânes pareil.

Tend son dos à Puck qui le monte, Et Scapin bâtonne Geronte Avec un rayon de soleil I

Auguste Vacquerie.

Guernesey, 27 mars 1857,

SUR L'AUTEUR DES ODBS FVSAMBVLBSQOES.

m^ammm.

Il n'est pas signé de votre nom, mon cher poëte, ce livre singulier et charmant, qui a déjà fait tant de scandale dans le touri)illon des profanes et dans la cohue des sots; il n'a pas de parents, il n'a pas d'état civil, cet enfant de l'amour et du hasard qui, pour tout cadeau de son père, a reçu un beau matin une chiquenaude de la main gauche; mais il saura bien se passer de toute autre impulsion, ce cadet aventureux et hardi, ce brillant officier bleu de la poésie, qui se moque en naissant de l'ancien régime poétique 1 Le voilà lancé, le voilà arrivé! A travers quelles témérités et quelles invraisemblances n'a-t-il pas poussé, du droit des conquérants, la bande indisciplinée de ses rêves et de ses fantaisies 1 On l'a vu partout, et partout au même instant, ce démon satirique et lyrique; 11 a mis son pied dans le ruisseau; il a balancé sa tête

dans la nue; il a tutoyé les dieux et les hommes, secouant lestement en plein Olympe la boue des ruisseaux de Paris comme si c'eût été du tabac d'Espagne émette sur la dentelle de son jabot, et versant à flots l'ambroisie céleste sur sa belle chevelure incandescente qui s'est trop approchée dusbleîl! Hâtez-vous, mon ami, hâtez-vous de reconnaître cet enfant de la balle; ne le repoussez plus par modestie, ne le désavouez plus par fierté; car voici que de tous côtés on le salue déjà de votre nom, par la ville. A sa mine empanachée, à sa démarche élégante et cavalière, à son geste héroï-comique, à sa gaieté ^ériemie, orépit^ate pt splendide, sa gaieté ie fusée qui monte en serpent de feu et qui .retomba ejt poussière d'étincelles, qui ne devinerait votre esprit^ yotre caractère, votre l^piration e( méqie votre physionpmie ? Oui, mqn cher ppëte, (^t heureux, bâtard vo^s^ rpssenible, à moQ ayis^ cent fois plus que ses frères. Les Odes funambulesques, c'e^lyons trait pour \T^îU c'pst vous tput entier, ^vec votre fpn^up sav^n^e de lyrisipQ excessif^ avep vos ^aflames Iqurpoyantes d'^lj^r PW?% a^ec eette 4Q^|)1^ force native p| ne 9'est révélée^ ga?| .demi, je le crcûs, ^ai^g I«^ V^riatid^ et da^s fifi^ O^l^t^.

^iss^z dpap oripr cq^\tq vous les frèr^^ lppraptin§ ie, la 4pç,tr|çe çl§s§iqqe ou ramptique : pes T^rtufe§ 4p gravité qiii yous r^pppjlpiit ^ux convenances de la fpuctipq ^e poct^ !

fiaissez }ps professeurs çle gaieté vous dem^dpr, çlan^

LETTRE k THÉODORE DE BANVILLE. li

les petits lournaux^ ({uel est votre but, quelles sont vos tendances ou vos convictions sociales; laisse^ les plumes blasées Aes grands journaux écrire en crachotant qu'il n'y ^ vrain^nt pas de qupi rire dans votre yolume. Ce n'est pas votre affaire de fépondrp» uif^i^ cher ami; les Odes fmumibule^qim répoadent ^'è^ haut pour vous. Je conseille aux petits plaisants miiussades qui yous somment d'expliquer votre but, je leur eofli^eille, s'ils savent épelef, de lire, en suivant du doi^t, les deux belles pièces qui ouvrent et formel^ Je livre : JÀ Corde roide, Le Tremglin.

Il me semjble que le but du livre est clairement ind^ que danç la prepiièfre. L'ouvejrture de votre ppéra l^ouJBfe ^Si peut lai$3er, je pense, aucune incertitude dans l'esprit des gens avisés qui entendent la musique. Est-ce, par hasaxd, que l'ouverture serait contrariée par le u^orceau iinal?

C'est la même pensée, c'est le même sentiment, c'est le même hut, puisqu'on tient à ce mot sans couleur.

Vous aviez donc un but, ô poëte, cela est clair, quand vous lyef éparpilla autrefois ce^ jolis pièces ailées que nous sommes hjejoreux de retrouver aujourd'hui! Vous aviez, sagement fait cette concession à l'antique préjugé du mathématicien : «Qu'est-ce que cela prouve ? > Oui, yous aviez prévu l'objection éterp^Ue de la foule, et la pierre brutale lancée de tout temps dans les jardins de la poésie I Cependant l'objection persiste, et

It LETTRE A THÉODORE DE BANVILLE.

la grosse pierre roule encore dans vos vallées. Une crainte me saisit, une crainte pédantesque, enfantine^ toujours à propos de ce maudit but que vous avez nettement indiqué, on ne peut le nier maintenant, mais que vous avez négligé de viser peut-être, et que peut-être aussi vous n'avez jamais atteint. Ah! mon cher poète, si vous avez réellement tourné le dos à votre but, je ne vous défends plus, je vous abandonne : car on ne me pardonnerait pas à iïioi*mème d'excuser à voix basse une distraction de poëte, cette distraction eût-elle été la cause de cent bonnes fortunes de style et d'inspiration. La logique!, la logique! Respectez la logique terrestre, fussiezvous emporté d'un coup d'aile au plus haut des cieux. J'aurais beau soutenir que la logique de la marche n'est pas la logique du vol, que les lois des régions aériennes diffèrent sensiblement du code physique des piétons. Mes meilleurs arguments seraient traités de billevesées et de paradoxes. La foule crierait : « Qu'il vole comme on marche, ou qu'il ne vole plus! >

Voler comme on marche, c'pst marcher au plafond, la tête en bas, coinme l'homme-mouche du Cirque. £h bien donc, le but est attemt : car les exercices de l'homme-mouche appartiennent au même grand art que les sauts de tremplin et la danse de corde. La logique du poëte rejoint à point nommé la logique du public. Hors de là, il n'y a que so-

phismes et querelles en l'air. Souhaitons donc la bienvenue à la poésie funambulesqu<et Et je te promets, ô parterre, que tu n'auras jamais assisté à des exercices poétiques plus variés, plus difficiles, plus invraisemblables, j'oserai même dire plus extravagants. Regarde avec moi l'affiché multicolore de ce spectacle imprévu : Occidentales^ triolets, rondeaux, vilUmelles, satires, virelais, chant royai... il y aura même un pantoum! Quel triomphe pour le poëte, et quelle apothéose pour la poésie !

Il y a quantité de myopes, mon cher Banville, qui affirment toujours en secouant le nez (limite suprême de leur horizon ! ) qae vous ravalez honteusement votre art, quand il est évident que vous le glorifiez et que vous le défendez par les malins tours et les coquettes surprises du métaphorisme le plus ingénieux et le plus raffiné. Oui, vous le défendez, je le maintiens; vous défendez la cause même de la poésie, quand vous faites le semblant de la trahir pour avoir l'oc-

casion de débiter aux niais mille gentillesses impertinentes dont ils ne comprendront jamais le premier mot. Aht clown admirable, cela vous amuse, convenez-en, de dire à cette société prosaïque et fina^cière, maussade et frivole tout à la fois, indifférente par sécheresse et dédaigneuse par myopie; cela vous amuse de lui dire, en tournant et virant, la batte à la main : < Vous avez raison, madame, de nier

la poésie et les poètes; il n'y % plus de poésiei il n'y a plus de poètes; venez voir un clown! > Elle vient^ elle vous suit, elle vous admire, et en fin de compte, elle copmepce à doiiter que Thabileté d'un dowD puisse le ravir aussi ha^t. Encore un instant d'admiration, encore un instant de réflexion, et vous l'entendrez s'écrier en riant que ce maudit clown Ta trompée; car le clown est un poëte! Hier eoicore elle eût hocbé la tête si on lui eût présenté la Poésie avec ses attributs ordinaires, comme une fille descendue du ciel, qui sait, quand il lui plaît, y ren^onter d'un élan par l'inspiration. Aujpurd'h^j, grâce aux fourberies ingénieuses d|a GirquB, voilà le public revenu, ne fût-ce qu'un instant, à la n^ythpli?fie antique, lumineuse et immortelle de la poésie.

— Il y a peut-être un Dieu, il y a peut-être une âii^el disait un sceptique grossier en sortant de chez Robert tioudin, qui, par sa pbysjque amusante et son innocente ,magie, v^ait de donner à ce butor la première idée d'un monde surnaturel.

Ne fallait-il pas yps Ode$ funambulesques, mon çber ami, pour ^éijE^oiitrer V jctprieuse^eiit à d'autres optiques l'existence du votes et du met}s divinior? La démonstratii^ est faite, bien faîte, n'en déplaise aux sourds qui n'entende^ rieU; et aux pires sourds qui entendent à merveille. A ce livrç si frivole ^ apparence, et dont l'étiquette est si f ésolûment légère, il faudrait restituer son titre véritable, qui serait une variante

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d'un titf^ fa^u^ de du Qellay : < Défense de la langue et dp lajpoésie françaises. »

Tous défendpï la poésie parfoul et toujours dans ce joyeux

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