‹ Odes funambulesques (volume 5)Chapitre 65 sur 75 · DE LA VRAIE SAGESSE · texte numérisé non relu

DE LA VRAIE SAGESSE

Mon bon ami, poëte aux longs chaveux, Joueur de flûte à Thumeur vagabonde, Pour Tan qui vient je t'adresse mes vœux :

Enivre-toi, dans une paix profonde, Du vin sanglant et de la beauté blonde.

Comme à Noël, pour faire réveillon Près du foyer en flamme, où le grillon Chante à mi-voix pour charmer ta paresse, Toi, vieux Gaulois et fils du bon Villon, Vide ton verre et baise ta maîtresse.

Chante, rimeur, ta Jeanne et ses grands yeux Et cette lèvre où le sourire abonde; Et que tes vers à nos derniers neveux, Sous la toison dont l'or sacré Tinonde, La fassent voir plus belle que Joconde.

Les Amours nus, pressés en bataillon, Ont des rosiers broyés le vermillon Sur le beau sein de cette enchanteresse.

Ivre déjà de voir son cotillon.

Vide ton verre et baise ta maîtresse.

Une bacchante, aux bras fins et nerveux, Sur les coteaux de la chaude Gironde, Avec ses sœurs^ dans Tardeur de ses jeux, Pressa les flancs de sa grappe féconde D'où ce vin clair a coulé comme une onde.

Si le Désir, aux yeux d'émerillon.

T'enfonce au cœur son divin aiguillon, Profites-en ; l'Ame, disait la Grèce, A pour nous fuir l'aile d'un papillon :

Vide ton verre et baise ta maîtresse.

ENVOI

Ma muse, ami, garde le pavillon.

SSl est de pourpre, elle aime son haillon. Et me répète à travers son ivresse.

En secouant son léger carillon :

Vide ton verre et baise ta maîtresse.

Décembre 1856.

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