‹ Odes funambulesques (volume 5)Chapitre 8 sur 75 · LA CORDE ROIDE · texte numérisé non relu

LA CORDE ROIDE

Du temps que j'en étais épris, Les lauriers valaient bien leur prix .

A coup sûr on n'est pas un rustre Le jour où Ton voit imprimés Les poëmes qu'on a rimes :

Heureux qui peut se dire illustre !

Moi-môme un instant je le fus.

J'ai conmie un souvenir confus D'avoir embrassé la Chimère.

J'ai mang^ du suci;e ca'ndi

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Dans les feuilletons du lundi :

Ma bouche en est encor amëre.

Quittons nos lyres, Ëralp ) ,Qn n'entend plus que le râteau De la roulette et de la banque ; Viens devant ce peuple qui bout Jouer du violon debeut Sur l'échelle da saltimbanque !

Car, si jamais ses yeux vermeil^ Ne sont las de voir les apleils Sans baisser leurs fauves paupières, Le poète n'est pas toujours En train de réjouir les ours Et de civiliser les pierres.

En vain les accords de sa voix Ont charmé les monstres; parfoi; Loin des flots sacrés il émigré, las, sinon guéri de prêcher

L'amour aux côtés du rcKsher Et la douceur aux dents da tigre.

Il se demande s'il n'est plus.

Sous les vieux arbreé chevelus De cette France que nous sommes, De l'Océan an pont de Kehl, 'Un déguisement sbus lequel On puisse parier k des hommes;

Et, voulant protester du moins Devant les immortels témoins En faveur des dieux qu'on rente.

Quoique son âme soit ailleurs, 11 te prend tes masques railleurs Et ton rire, A sdinte Ironie I

Alors, sur son triste haillon Il coud des morceaux de paillon, Pour que dans ce siècle profane.

Fût-ce en manière de joupi.

On lui permette encor le fouet De son aïeul Aristophane.

Et d'une lieue on l'aperçoit En souliers rouges I Hais qu'il soit ' (Jn héros sublime ou grotesque ; Muse ! qu'il chasse aux vautours, Ou qu'il daigne faire des tours Sur la corde funambulesque.

Tribun, prophète ou baladin.

Toujours fuyant avec dédain Ces pavés que le passant foule.

Il marche sur les fiers sommets Ou sur la corde ignoble, mais Au-dessus des fronts de la foule.

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