ODES FVNAMBVLESÇ^VES. IO
Moi.
Tiens ! je n'en savais rien.
Évohé.
Lamartine non plus.
Bois, ô mon jeune amant ! les larmes que je pleure. Si Némésis renaît, il faut donc que je meure?
Moi.
Ta lèvre a le parfum du rosier d'Orient Où l'Aurore a caché ses perles en riant ; Cette bouche folâtre est pleine de féeries, Et, comme un voyageur dans des plaines fleuries, Mon cœur s'est égaré parmi ses purs contours.
Evohé.
Si je chantais encor, m'aimeriez-vous toujours?
Moi.
Eh! que nous fait à nous Némésis-Astronome? Nous, et Barthélémy que le siècle renomme, Nous avons deux tréteaux dressés sous le ciel bleu, Deux magasins d'esprit : le sien ressemble à feu Le Théâtre-Français ; une loque de toile Y représente Rome ou bien l'Arc-de-1'Étoile,
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Au choix. Sur le devant, de lourds alexandrins,
Portant tout le harnois classique sur les reins, Casaques abricot, casques de tragédie, Déclament, et s'en vont quand on les congédie : Ce genre sérieux n'a pas un grand succès ; On y bâille parfois, mais c'est l'esprit français ; Cela craque partout, mais c'est la bonne école, Et cela tient toujours avec un peu de colle. Si quelque spectateur pourtant semble fâché, On lui répond : Voltaire ! et le mot est lâché.
Mais nous, nous travaillons pour un peuple folâtre. En haillons ! En plein vent ! Nous sommes le théâtre A quatre sous, un bouge. Aux regards des titis Nous offrons éléphants, diables et ouistitis : Dans notre drame bleu, la svelte Colombine A cent mille oripeaux pour cacher sa débine. Ses paillettes d'argent et son vieux casaquin Eblouissent encor ce filou d'Arlequin ; On y mord, et parfois la gorge peu sévère Sort de la robe, et luit sous les colliers de verre.
Sur ce petit théâtre où le bon goût n'est pas, L'invincible Pierrot se démène à grands pas ; Et quand le vieux Cassandre y passe à l'étourdie,. Au lieu de feindre un peu, comme la Tragédie.