V ...., tout plein d'insolence
Se balance.
Aussi ventru qu'un tonneau, Au-dessus d'un bain de siège,
O Barège, Plein jusqu'au bord de ton eau !
Et comme Io, pâle et nue
Sous la nue, Fuyait un époux vanté, Le flot réfléchit sa face,
Puis l'efface Et recule, épouvanté.
ODES FVNAMBVLESQ^VES. 14$
Chaque fois que la courroie,
Qui poudroie, Passe à fleur d'eau dans son vol, On voit de l'eau qui l'évite
Sortir vite Son pied-bot et son faux col.
Reste ici caché, demeure!
Dans une heure, Comme le chasseur cornu En écartant la liane
Vit Diane, Tu verras V... tout nu!
On voit tout ce que calfate
La cravate, Et son regard libertin Appelle comme remède
A son aide Héloïse Florentin!
I46 ODES FVNAMBVLESÇ^VES
Mais un songe le visite!
Il hésite A finir ses doux ébats ; Toujours V.... se balance
En silence, Et va murmurant tout bas:
« Ah! si j'étais en décembre
A la Chambre, Je grandirais d'un bon tiers.
Et je pourrais de mon ombre
Faire nombre A côté de monsieur Thiers !
Je pourrais sur mon pupitre
Faire, en pitre, Le bruit traditionnel, Et, commençant une autre ère,
Ne plus traire Le Constitutionnel!
ODES FVNAMBVLESÇ^VES. I47
A mes festins que le Scythe
Même cite, On boirait de i'hypocras !
J'obtiendrais des croix valaques
Et des plaques :
Je les ferais faire en strass ! »
Plus brillant qu'une cymbale ,
Tel s'emballe Et se voit légiférant.
Ce matassin crucifère
Qui sut faire É clore Le Juif errant !
Et cependant des coulisses
Ses complices Vont tous prenant le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s'envole, Cigare aux dents, stick en main.
ODES FVNAMB VLESQ^VES.
En passant chacun s'étonne
Et chantonne, Et lui dit sur l'air du Tra :
u Oh ! la vilaine chenille
Qui s'habille Si tard un soir d'Opéra! i
Avril 1846.
ODES F VNAMB VLESQVES- I4.9
La Tristesse d'Oscar,
Jadis le bel Oscar, ce rival de Lauzun,
Du temps que son habit vert-pomme était dans un
Etat difficile à décrire, Et qu'enfin ses souliers, vainqueurs du pantalon, Laissant à chaque pas des morceaux de talon,
Poussaient de grands éclats de rire ;
Du temps que son coachman, pâle comme un navet, Se recourbait en plis tortueux, et n'avait
Plus de collet d'aucune sorte, Aucun collet, pas même un collet... né Révoil, Et que son vieux chapeau, tout dépourvu de poil,
Prenait des tons de colle-forte ;
I5O ODES FVNAMBVLESQJVES.
O misère ! du temps que, tournant au lasting, Son pantalon, pareil aux tableaux de Drolling,
Avait ce vernis dont tu lustres Le gilet fabuleux de Fontbonne et son frac, Le bel Oscar disait à Paulin Limayrac,
Publiciste âgé de deux lustres :
a Dieu ! que ne suis-je assis dans le Palais-Bourbon ! Quand pourrai-je appeler Ledru-Rollin : Mon bon !
Et dire en voyant Buloz : Qu'est-ce ?
Et puis n'entendre plus dans quelque affreux recoin Ce monstre me crier : Tu n'iras pas plus loin !
Quand je veux passer à la caisse.
Paulin ! si je payais le cens, ah ! tu le sens, Je connaîtrais aussi ces billets de cinq cents
Qui sont les pommes de nos Èves, J'aurais le rameau d'or qui dompte les tailleurs, Et je verrais enfin des chemises ailleurs
Que parmi l'azur de mes rêves !
ODES FVNAMBVLESQ^VES, I 5 I
Oui ! je ferais remettre un verre à mon lorgnon ! Paulin, j'échangerais ma, panne et mon guignon
Contre l'aisance fantastique Du baron de Rothschild, et, gagnant à ce troc, 3e peignerais alors mes moustaches en croc
Et j'y mettrais du cosmétique !
Je dînerais chez Douix! J'aurais des gants serins Pour poser au balcon des théâtres forains,
Et, profitant de son extase, J;abreuverais de luxe et de verres de rhum Une divinité, reine des Dèlass-Com,
De Montmartre ou du Petit-La\e ! »
Ainsi parlait Oscar, l'âme et les sens aigris, Du temps qu'il arborait ces vastes chapeaux gris
Empruntés à d'anciens fumistes, Et que, plein d'amertume, il nettoyait ses gants Avec ces procédés beaux, mais extravagants,
Qui sont la gloire des chimistes.
I$2 ODES FVNAMBVLESQ^VES.
Il parlait, et ses yeux imitaient des poignards. Aujourd'hui, grâce aux voix de cinq cents montagnards,.
Le voilà sorti de l'ornière Et Bignan le célèbre en d'officiels chants ; C'est la rosette rouge et non la fleur des champs
Qui fleurit à sa boutonnière.
Il rayonne, il est mis comme un notaire en deuil. Et cependant toujours parmi l'or de son œil
Brille une perle lacrymale ; Il erre, les regards cloués sur les frontons, Triste comme un bonnet, ou comme ces croûtons
De pain que nous cache une malle !
Quel rêve peut troubler ce moderne Samson, Qui sur le nez des siens pose, comme l'ourson,
Des discours carrés par la base, Qui d'un pantalon vert couvre ses tibias, Et qui dans les divers patois charabias
Eclipse Charamaule et Baze?
ODES FVNAMBVLESQ^VES. 153
Ah ! quelque fiel toujours gâte notre hydromel ! Oui, quelque chose encore attriste ce Brummel
Qui, mettant chaque Amour en cage, Effaçait les exploits du chevalier d'Éon ! Voilà ce qui l'agace : hier à l'Odéon
Un voyou l'a pris pour Bocage !
Juin 1848.
I5± ODES FVNAMBV1ESQVES,
Le Flan dans TOdéon.
Avant que la brise adultère Qui fait le charme des hivers.
N'emaille de recueils de vers Les parapets du quai Voltaire; Avant que Chaumier Siméon N'ait publié ses hexamètres, Allez, allez, ô gens de lettres, Manger du Mau dans TOdéonî
Des journaux qui mettent leur liste Dans l'Annuaire officiel, Il n:en est pas qui sous le ciel Soit plus mordoré que L'Artiste.
ODES FVNAMBVIESQ^VES. I$5
Messieurs Paul, Arthur et Léon En sont les rédacteurs champêtres...
Allez, allez, ô gens de lettres.
Manger du flan dans POdéon !
Il n'est pas de revue alpestre, Pas de recueil ni de journal, Soit chez Bertin ou Jubinal, Où viennent, vers la Saint-Sylvestre, Plus de ces chevaliers d'Eon, Moitié lorettes, moitié reîtres...
Allez, allez, ô gens de lettres, Manger du flan dans l'Odéon !
Nulle part, dans le ciel sans brise, Les jeunes gens au cœur de feu Ne regardent d'un œil plus bleu La lune changer de chemise.
Ainsi la voyait Actéon Faire la planche sous les hêtres...
Allez, allez, ô gens de lettres, Manger du flan dans l'Odéon !