AUTRES GUITARES
L'Ombre d'Éric.
Si Limayrac devenait fleur, Il boirait les pleurs de l'Aurore, Et, penché sur le sein de Flore, Il renaîtrait à ce doux pleur.
Son faux-col serait sa corolle, Et d'un lys aurait la couleur; J'en ferais des bouquets à Rolle, Si Limayrac devenait fleur.
ODES FVNAMBVLESQ^VES. 1 3 9
Si Limayrac devenait fleur, Ducuing pourrait, à la Chaumière, L'attacher à sa boutonnière Et s'en faire une croix d'honneur.
Sur les coteaux et dans les landes, Voltigeant comme un oiseleur, Buloz en ferait des guirlandes, Si Limayrac devenait fleur.
Si Limayrac devenait fleur, J'en ornerais, près d'une haie, La houlette d'Arsène Houssaye Je l'arracherais sans douleur.
A côté d'une cucurbite, Il sourirait, en sa pâleur, A l'éditeur Jules Labitte, Si Limayrac devenait fleur.
Si Limayrac devenait fleur, Je le mettrais dedans un vase, Et quelquefois avec extase Je l'aplatirais sur mon cœur.
I4.O ODES FVNAMBVLESQ.VES.
Séduit par son pistil attique, Peut-être un jeune parfumeur Nous en ferait de l'huile antique, Si Limavrac devenait fleur.
Hélas ! Limayrac n'est pas fleur Et ne peut de parfums de menthe Enivrer un corset d'amante Ni l'habit noir d'un enjôleur.
Quoique sa voix, flûte en démence.
Ait charmé le merle siffleur, Jetons au feu cette romance, Hélas ! Limayrac n'est pas fleur!
Novembre 1845.
ODES FVN AMBVLESQVES. I4.I
Le Mirecourt.
U n jour Dumas passait : les divers gens de lettres Devant son gousset plein s'inclinaient à deux mètres,
En murmurant : « Ils sont trop verts ! » Un Mirecourt soadain, fait comme un vilain masque. Fendit la foule, prit son twine par la basque,
Et lui fit ce discours en vers :
« Alexandre Dumas, compresse de la presse, Emplâtre qui toujours guéris cette Lucrèce,
Moxa qu'elle se met partout, Écoute-moi, pacha de ces Maquets sans nombre, Ombre de Scudéry, qui de Gigogne est l'ombre, Tu n'es qu'un Pitre et qu'un BerthoudI
I42 ODES FVNAMBVLESQ^VES.
Tu gâtes le papier de quatre Lamartines. Comme un Augu trop plein tu répands tes tartines
Sur Carpentras et Draguignan; Ta machine à vapeur fait marcher trois cents plumes, Et tu fais un gâchis en trente-deux volumes
Des mémoires de d'Artagnan.
Mais ton jour vient. Il faut dans Le Siècle, qui tombe, Que le premier-Paris sous lui creuse ta tombe !
Dieu te garde un carcan de bois Dans La Démocratie, un journal de dentiste, Dans les entre-filets du Globe, et dans L'Artiste,
Feuille qui paraît quelquefois !
Porcher te dira : Baste ! en des recueils intimes, Tes vieux ours écriront les noms de tes victimes ;
Tu les entendras te crier :
Mort et damnation ! et te traiter de cancre, Tous ces fœtus caducs, ces vieux ours teints de l'encre
Qui n'est plus dans ton encrier !
ODES FVNAMBVLESOJES. 1^3
Ceci t'arrivera, Yacoub, sans que Chambolle, Solar ni Girardin te soldent une obole
Sur le dernier trimestre échu ; Lors même que Dumas, ainsi qu'Abdolonyme, Vieux et plantant ses choux, prendrait le pseudonyme
D'Almanzor ou de Barbanchu ! »
Dumas avait un jonc en bois de sycomore, Et ce poing de Titan qui sur la tête more
Fait cinq cent vingt pour son écot :
Docile au Mirecourt, il lui laissa tout dire, Pencha son front rêveur, puis avec un sourire
Fit : « As-tu déjeuné, Jacquot? >
Octobre 1846.
-NÉV