‹ Odes funambulesquesChapitre 39 sur 42 · UN AMI POUR LUI RÉCLAMER LE PRIX · texte numérisé non relu

UN AMI POUR LUI RÉCLAMER LE PRIX

d'un travail littéraire, page 235.

— Cabochard, page 23?, strophe 3, vers 3. — C;est, dans Les Saltimbanques, l'ami et le rival de Bilboquet, dont on parle, mais qu'on ne voit pas. A un certain moment, comme on annonce qu'il a fait faillite, Atala demande : u De combien manque-t-il? » Et Bilboquet lui répond ce mot d'une incroyable profondeur : « 77 manque de tout! » (Acte II, scène m.)

Ecrit sur un exemplaire des Odelettes. — Page 241, strophe 1 :

Quand f ai fait ceci, Moi que nul souci

Ne ronge, La fièvre de Vor Nous tenait encor :

J1 y songe!

C'est le moment du grand remue-ménage financier, où on fit des fortunes si rapides, où l'on vit de si étranges transformations, et où de simples hommes de lettres (pas des poètes, bien entendu !) devinrent banquiers et millionnaires. Il y en eut qui se firent bâtir des hôtels en jade, et d'autres qui eurent des livres grecs tirés sur papier de Hollande, avec grandes marges. On dit même que l'un d'entre eux voulut acquérir en toute propriété une actrice vierge encore, et Tacheta à sa mère, pardevant notaire. Ce rapide ballet des hommes de lettres enrichis n'a pas été un des tableaux les moins curieux de l'immense féerie parisienne.

Couplet sur l'air des Hirondelles, de Félicien David. — Sans Geffroy, page 243, vers 5. — Au contraire, il faut, toutes les fois qu'on le peut, jouer Le Misanthrope, non pas sans, mais

IJG COMMENTAIRE.

avec Geffroy; ceci n'est qu'un jeu tout à fait frivole , et j'ai été séduit par l'exactitude avec , laquelle Sans Geffroy parodiait le Sans effroi du couplet des Hirondelles :

Voltige^, hirondelles, Voltige^ près de moi, Et repose^ vos ailes ■ ; Au faite des tourelles,

Sans effroi!

VlLLANELLE DES PAUVRES HOUSSEURS, page 244.

— Dans sa Ballade des povres hoiisseurs (édition Jannet, 1867, page 119,) Villon plaint de tout son cœur ces batteurs de tapis, On parle, dit-il,

De ceulx qui vont les bleds semer Et de ceiluy qui Vasne maine, Mais à très tout considérer, ]

Povres housseurs ont asse\ peine»

Les Normaliens m'ont fait penser à ces pauvres housseurs. Ils s'étaient presque aveuglés, à force de se faire voler de la poussière dans les yeux, et

les tapis qu'ils secouaient n'étaient pas beaucoup plus propres qu'auparavant.

Chanson sur l'air des Landriry, page 247. — La rime par à peu près y est de tradition ; voyez Voiture {Autre à Madame la Princesse, sur Vair des Landriry. — Edition de 1677, tome II, page $$.) Ici, le fin du fin et la suprême habileté, c'est d'imiter la négligence et le sans-façon de la rime populaire, de faire rimer les mots terminés par un S avec ceux qui sont terminés par un T, et d'éviter, au lieu de la rechercher, la conformité de la consonne d'appui. C'est ainsi que l'art lyrique a des lois d'une diversité infinie, qui varient avec chaque genre, et presque avec chaque poème ; le malheur, c'est que quand on commence à les apprendre, la vie est finie.

Ballade des célébrités du temts jadis, page 254. — C'est la parodie du poème de Villon, intitulé Ballade desdames du temps jadis. (hdition Pierre Jannet, 1867, page 34.) J'ai conservé tel qu'il est le célèbre refrain de Villon : Mais où sont les neiges d'antan! et j'ai tâché de

mettre mon art à amener ce refrain par un jeu de rimes tout différent de celui que le maître avait employé.

Du/aï , 'page 254, strophe i, vers 3. — Alexandre Dufaï, critique très-laid et très-sévère, est mort dans une misère qui aurait désarmé ses ennemis, s'il en avait eu; mais c'est lui qui était l'ennemi des autres.

Les plâtres de Dantan, page 2 54, strophe I, vers 6. — Dantan faisait en plâtre des caricatures d'hommes célèbres et de comédiens, dont il écrivait les noms en rébus sur le soc de la statuette. Exposée chez Susse, aux Panoramas, cette galerie de grotesques était, de 1830 à 18^0, la grande joie et la grande ressource des flâneurs parisiens.

Le Globe et La Caricature, page 254, strophe 1 , vers 7. — Littérairement, Le Globe était une sorte de moniteur du romantisme, et c'est là que Granier de Cassagnac fit ses premières armes. — La Caricature, où dessinaient Grandville, Daumier, Tra-

vies , Decamps lui-même , publiait de grandes planches lithographiées, dont la plus célèbre est La Rue Transnonain , ce chef-d'œuvre de Daumier.

Venet, page 254, strophe 2, vers i. — Avant d'écrire à l'Univers et d'y faire un feuilleton de théâtres pour dire qu'il ne faut pas aller au théâtre, M. Venet avait été le secrétaire de la rédaction du Paris, ce journal de M. de Villedeuil, rédigé par Alphonse Karr, Méry, Edmond et Jules de Goncourt, Murger, Xavier Aubryet, Gatayes, Dumas fils , Gozlan , pour lequel Gavarni dessinait tous les jours une lithographie, et où il publia toutes ses Œuvres nouvelles C'est là aussi que M. Venet a rédigé les Mémoires de Mllie Saqui , sous la direction de cette grande funambule.

Bataille, page 255, strophe 2, vers 2. — C'est Charles Bataille, l'ami et le collaborateur d'Amédée Rolland et de Jean du Boys. — Ces trois enfants, enfermés à Batignolles dans une maisonnette à jardin, avaient rêvé de mettre la

poésie en coupe réglée et de s'en faire des rentes. Ils composaient et faisaient représenter des pièces en cinq actes, chacun d'eux écrivant son acte en vers le matin avant déjeuner. Après avoir fait d'extraordinaires dépenses de talent et d'invention, tous les trois sont morts à la peine, car les poètes ne doivent pas gagner de V argent.

Ballade des travers de ce temps. — Le docteur, page 260, strophe 1, vers 5. — C'est le docteur Louis Véron. — Montjoye, page 260 , strophe 1, vers 6. — Peintre et auteur dramatique d'un très-grand talent, Montjoye avait reçu tous les dons, sans en excepter l'esprit et même la beauté. — Mais il ignorait que l'artiste n'a pas le temps de vivre, et doit se cloîtrer comme un cénobite. Il se jeta à cœur perdu dans des amours romanesques et, quand vinrent les désillusions, se consola avec l'absinthe : on devine le reste! — Machin [du Tarn,) page 26 1, strophe 2, vers 7. — Je crois bien que c'était M. Pages (du Tarn.) On le trouvait excentrique, parce qu'il refaisait à la moderne les tragédies de Racine et les costumait en habit noir; on ne devi-

nait pas alors que plus tard nous devions revoir cela couramment, avec M. Touroude. — Champjleury, page 261, strophe 2, vers p. — Nous avons été, Champfleury et moi, des adversaires littéraires; mais, lui et moi, nous aimions l'art trop sincèrement pour ne pas nous trouver d'accord lorsque les querelles d'école se sont effacées devant la préoccupation unique de sauver la maison qui brûle !

Monsieur Coquardeau, page 2 63. — J'ai osé m'emparer d'un type créé par Gavarni, et le transporter dans la poésie; mais, voulant composer un Chant-Royal, j'avais besoin d'un roi incontesté, et le choix n'était pas facile.

Page 265, strophe 1 , vers 2.

Dans ton salon, qu'ornent des Mazeppas.

Il serait bien malaisé de se figurer Coquardeau n'ayant pas dans son salon des Mazeppas à la manière noire. S'il ne prenait le soin d'acheter ces gravures, de les faire encadrer et de les clouer sur

son mur, elles y éclôraient d'elles-mêmes, comme les violettes dans les bois. — Arpin. page 26 5, strophe 2, vers 3. — C'est un lutteur de la troupe de Rossignol-Rollin, qui, en d'autres âges, aurait combattu les Dieux, ou, comme dit Racine, purgé la terre de ses monstres. De nos jours, il a dû se contenter de terrasser, à la salle Montesquieu, des athlètes en caleçon. Avec un biceps terrible, il est infiniment doux, et sa voix est caressante comme un chant de flûte.

Monselet d'automne, Pantoum, page 26 y.

— La première révélation du Pantoum nous fut donnée, en France, parles traductions de pantoums malais que Victor Hugo a publiées dans les notes des Orientales. D'après ces modèles, M. Charles Asselineau écrivit un pantoum qu'il publia dans une Revue belge, et celui-ci est le second qui ait été écrit en français. Ces deux chants divers, qui sont tressés ensemble par le lien d'or de la rime, formeraient, sous la main d'un grand artiste, un poème original et d'une nouveauté délicieuse.

Réalisme. — Page 2-J2, vers 23 et suivants :

Puisque je ne suis pas, moi charmé dans vos fêtes, De l'avis de Go\lan, sur ce que les poètes Durent un demi-siècle à peine.,.

C'est dans un article de Revue que Gozlan avait écrit, à propos des poètes modernes, la funeste prédiction que je lui reproche plusieurs fois dans le cours de ce livre. Peut-être était-ce moi qui avais tort, car c'est déjà bien joli de durer cinquante ans; « il y a cependant à Paris, comme dit Fortunio à la fin de sa lettre à Radin-Mantri, un poète dont le nom finit en go, qui m'a paru faire des choses assez congruement troussées ».

MÉDITATION POÉTIQUE ET LITTERAIRE, page 2 J4.

— C'est la parodie du poème de Victor Hugo (les Rayons et les Ombres, v,) qui commence par ce vers :

On croyait dans ces temps où le pâtre nocturne...

Fournier, page 2 7 5, strophe 2, vers 4. — C'est Marc Fournier, qui alors dirigeait la Porte- Saint-Martin, et équipait le brick du Fils de la Nuit.

Page 2j5, strophe 2, vers 5 :

Henri La Madelène a fait du carton-pâte :

Ce charmant écrivain s'était, en effet, rendu acquéreur d'une fabrique de carton-pâte ou pierre, comme on voudra, qu'il dirigea lui-même pendant quelque temps. Comme Balzac, il a toujours été féru de l'idée de réaliser une fortune rapide, en trouvant des trésors cachés, en fondant des casinos dans les déserts, ou en cultivant des ananas à la barrière Montparnasse ; et, comme Balzac aussi, il n'a jamais gagné d'argent qu'en écrivant sur du papier. On part comme cela avec confiance pour le pays des Philistins; mais les poètes français n'y arrivent jamais, parce qu'ils ignorent trop consciencieusement la géographie.

La Sainte Bohème, page 2jg. — En composant cette chanson, je me suis armé de tout mon courage pour écrire le mot : Bohème, que j'exècre ; cependant j'ai voulu le délivrer des haillons et des viles guenilles dont on l'avait affublé, et le débarbouiller avec l'ambroisie à laquelle il a

droit. — Mais qu'il faut d'humilité et de résignation pour toucher à des sujets où les poncifs abondent, comme les grandes herbes dans les eaux de la Seine !

Le Saut du Tremplin, page 28 7. — Dans ce poème final, j'ai essayé d'exprimer ce que je sens le mieux : l'attrait du gouffre d'en haut. Et puis une des superstitions que je chéris le plus est celle qui me pousse à terminer un livre, quand je le puis, par le mot qui termine La Divine Comédie du Dante, par le divin mol, écrit ainsi au pluriel : Étoiles.

Paris, août 1873.

IE F^O^CTISTICE

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