POUR LES TRIOLETS
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Néraut, Tassin et Grédelu , pages 21 1, 212, 2i3y 214 et 2i5, — C'étaient de fort honnêtes comédiens, qui jouaient des rôles secondaires à la Porte-Saint-Martin, du temps de la
féerie et des frères Cogniard. — Mais comme la liste des acteurs énumérés sur l'affiche se terminait tous les jours invariablement par leurs trois noms, toujours placés dans cet ordre, cette phrase vraiment musicale et naturellement si bien scandée : Néraut, Tassin et Grédelu, charma un beau jour les Parisiens ; on la récita, on la déclama on la chanta ; par extension, elle finit par exprimer le théâtre et les comédiens en général, y compris Mélingue, Frederick, Talma, Roscius et le vendangeur Thespis ! Et, comme le Triolet venait de renaître, on improvisa et j'improvisai moi-même, par jeu, des Triolets dont Néraut, Tassin et Grédelu étaient le texte et le prétexte, et qui s'envolaient avec la fumée des cigarettes. J'ai choisi ceux-là au hasard, comme j'en aurais choisi d'autres ; le seul objectif de leur innocente raillerie est l'enjouement français pour tout être qui porte un travestissement de couleurs bariolées, que ce soit Gengis-Khan ou Polichinelle.
Leçon de chant, page 216. — Ceci est une légende écrite pour un dessin original de Tony Johannot, et pas du tout, comme on pourrait le
craindre, un chapitre des mémoires de l'auteur, qui, même en 184.5, ns se fût pas permis ces allures de Chérubin !
ACADÉMIE ROYALE DE MUS , "page 2 I J .
Cette abréviation, alors en usage pour désigner l'Académie royale de Musique, dans les journaux qui donnaient le programme des spectacles, devait, par un jeu de mots qui s'imposait de lui-même, servir d'enseigne à la maison du fameux M. Guillaume ; car les seuls académiciens de sa bizarre Académie étaient en effet les plus petits Rats de l'Opéra. 11 les prenait en sevrage, les préparant à leurs hautes destinées, et, tout en complétant leur éducation chorégraphique, les renseignait sur la vie, leur procurait des amitiés utiles, les nourrissait de bisque et d'ortolans, et leur achetait des bijoux en topaze brûlée et des bas de fil d'Ecosse. Appelé chez M. Guillaume par quelque affaire, lors de son arrivée à Paris, Pierre Dupont, en entrant dans le salon, ne fut pas peu étonné d'y voir deux Rats, qui, nus comme les discours de deux académiciens, prenaient deux bains, dans deux baignoires !
DU TEMPS QUE LE MARÉCHAL BuGEAUD POUR- SUIVAIT vainement Abd-el-Kader, "page 218. ■ — Il faut avoir vécu sous Louis-Philippe pour se rappeler à quel point, chaque jour, le maréchal Bugeaud prenait peu Abd-el-Kader ! Cela avait fini par ressembler à une poursuite de féerie.
Age de M. Paulin Limayrac, page 21 g. — M. Paulin Limayrac avait beaucoup plus de huit ans, mais il semblait avoir huit ans à cause de sa petite taille, pareille à celle de M. Louis Blanc, et de son visage rasé. Je me souviens de l'avoir vu attaché à son cordon de commandeur de l'ordre des Saints Maurice et Lazare, certainement plus grand que lui.
Bilboquet, page 220. — Elève de Voltaire! page 221. — Dans la seule farce moderne, je veux dire dans Les Saltimbanques de Dumersan et Varin, Bilboquet et le jeune Sosthènes échangent le dialogue suivant : « Quel talent as-tu ?... — Je joue un peu du violon ! — Un peu, ce n'est guère. Es-tu de la force de Paganini ? — Je ne sais pas où il demeure. —
Ça suffit, je t'annoncerai comme son élève ! » (Acte I, scène vu.)
Plus loin, au moment où les saltimbanques déménagent à la hâte, Gringalet, avisant une malle, demande à son maître : « Cette malle est-elle à nous? » Et Bilboquet, sans la regarder, répond : « Elle doit être à nous! » (Acte I, scène xi.)
Ces phrases immortelles me sont revenues en mémoire lors de l'invasion des Normaliens dans la littérature. Ils avaient déménagé si vite qu'ils avaient pris la malle de Voltaire pour la leur, d'où les houppelandes bizarres dont ils se montrèrent affublés ; et plus d'un s'annonça comme l'élève du patriarche de Ferney, sans être encore de la force de Paganini.
Monsieur Homais, page 222. — C'est le Prudhomme étonnant et grandiose de Madame Bovary. Flaubert a amalgamé les créations de Monder et de Daumier, et il en a fait un bonhomme à la Michel-Ange. On pense bien que ce philosophe ne pouvait pas rester complètement étranger à la littérature de l'Ecole normale.
Polichinelle Vampire, page 223. — Ne les nommons pas, ils vivent encore, sa perruque et lui. — Comme on jugeait à PAcadémie le dernier concours poétique, et comme M. Ernest Legouvé recommandait un poème, l'académicien que j'ai vu si fougueux en 1846, s'éveilla comme Barberousse et murmura d'une voix qui semblait sortir des ruines de Ninive : « Non!... Il y a un rejet ï »
Opinion sur Henry de la Madelène, page 224. — Cette phrase sonore et insensée qui voltige sur l'harmonica, cette fantasque série de délirantes onomatopées, ne méritait pas sans doute d'être imprimée ; mais fallait-il imprimer les Odes fu n a m b u les que s?
Note rose, page 2 25. — 11 est trop vrai que la première apparition au bois d'une chevelure rose fut l'occasion d'un premier-Paris indigné et apocalyptique. J'aurais encore compris l'indignation d'un coloriste ! mais où la vertu va-t-elle se nicher?
Monsieur Jaspin, pages 226 et 2 27. — VEsta-
minet de l Europe était situé au coin du carrefour de l'Odéon et de la rue de l'Ecole-de-Médecine, dans un local où il vient d'être remplacé par les magasins de bonneterie de M. Poirier jeune. Le propriétaire faisait , dit -on, crédit aux fils de famille jusqu'à leur mariage, de sorte que lorsqu'ils étaient mariés, ils avaient à payer beaucoup de chopes. Monsieur Jaspin (dont le nom est ici fort peu changé, de deux lettres seulement) était un de nos amis, petit et trapu, aux larges épaules, dont nous admirions la longue barbe en éventail et les discours révolutionnaires. Devenu sous-préfet en 1848, je suppose qu'il doit être parvenu aujourd'hui aux plus grands honneurs.
Le divan Le Peletier, page 228. — Continuons la topographie des cafés. Celui-là, véritable cercle de la littérature française, était orné d'un joli petit jardin. Il était situé en face de l'Opéra, dans la maison qu'occupe l'hôtel Victoria, et c'est là que j'ai vu pour la première fois Alfred de Musset. On l'a démoli, on n'a pas semé de chanvre sur la place; mais, ce qui est plus fructueux, on a remplacé le jardin par des boutiques de bronzes et de
tableaux. Le divan Le Peletier ne ressemblait à rien autre chose au monde; on y causait quelquefois très-bien, mais il n'y a pas d'endroit où l'on ait causé plus et bu moins de breuvages. — Vieux et très-pauvre, Guichardet, qui avait été l'ami de Musset et des hommes illustres de 1830, était resté distingué, bien élevé et discret, en devenant bohème. Il a appartenu à l'absinthe; mais elle n'était pas parvenue à lui ôter ses allures de parfait gentleman.
Stadler, page 23o, Triolet 1, vers 1, poète raffiné et délicat, est l'auteur d'une comédie tout à fait exquise, intitulée Le Bois de Daphné. — Emmanuel, page 23o, Triolet 1, vers 3, a fait en astronomie des découvertes qui révolutionnent tout, et qui ont bien l'air d'avoir raison. Il a été question de le traiter comme Galilée et de lui faire faire amende honorable ; mais les changements de gouvernement qui, si rapidement, se sont succédé, n'ont pas permis d'en trouver le moment, et la chemise qui devait servir à la cérémonie est restée pour compte.
Variations lyriques.